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Le régulateur fédéral des institutions financières tire la sonnette d’alarme sur la fragilité du marché hypothécaire, l’opacité croissante des acteurs financiers non bancaires et les tensions potentielles sur la liquidité. Dans son Regard annuel sur le risque (RAR) pour l’exercice 2026-2027, le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) brosse un tableau préoccupant d’un système financier soumis à de multiples pressions simultanées.

« La population canadienne peut être convaincue que le BSIF intervient tôt, […] et qu’il prend des mesures décisives pour renforcer la résilience du système financier dans un contexte économique et géopolitique incertain », promet Peter Routledge, surintendant des institutions financières.

Le RAR, qui paraît chaque printemps, recense les risques prépondérants pesant sur les banques, les assureurs et les régimes de retraite sous réglementation fédérale. Cette année, il en retient quatre par ordre d’importance :

  • les risques liés aux prêts hypothécaires et aux prêts garantis par un bien immobilier (prêts RESL),
  • les risques liés aux intermédiaires financiers non bancaires (IFNB),
  • les risques de financement et de liquidité,
  • un ensemble de risques connexes incluant la cybersécurité, l’intelligence artificielle et l’intégrité des institutions.

Immobilier : une pression accrue

Le marché résidentiel canadien continue de s’essouffler sous le poids des incertitudes commerciales, de la volatilité des matières premières, des pressions sur l’emploi et d’une confiance chancelante des consommateurs. Le recul est particulièrement marqué dans les grands marchés urbains, notamment Toronto et Vancouver, où le segment des copropriétés affiche des ventes à des niveaux inégalés depuis les années 1990. De nombreux acheteurs sur plans se retrouvent aujourd’hui propriétaires de logements dont la valeur est inférieure au prix payé avant la construction, ce qui fragilise leur situation financière au moment de la clôture de la transaction.

Le mur des renouvellements hypothécaires est une autre source d’inquiétude. En janvier 2026, 3,1 millions de prêts hypothécaires, soit 52 % du total, devaient être renouvelés avant la fin de 2027. Parmi ceux-ci, 1,3 million ont été contractés en 2021 et 2022, période de taux historiquement bas. Les emprunteurs concernés devront absorber des hausses de mensualités potentiellement importantes, et certains pourraient se trouver dans l’incapacité de refinancer leur prêt ou d’honorer leurs nouveaux versements.

Le BSIF note également la montée en puissance des prêts hypothécaires à taux variable et à versements fixes (PHTVVF), dont la part dans les nouveaux montages atteignait 36 % en décembre 2025, une proportion qui se rapproche rapidement du sommet de 41 % enregistré en mars 2022.

Malgré ces tensions, le régulateur estime que les institutions financières disposent encore de marges de manœuvre grâce à leurs niveaux de capital et à leurs provisions pour pertes. Des examens de surveillance ciblés auprès des prêteurs exposés aux prêts RESL sont néanmoins prévus dans la prochaine année.

Finance non bancaire : un risque en expansion

Autre évolution marquante cette année : le retour au premier plan des risques liés aux institutions financières non bancaires (IFNB), un secteur en forte croissance qui regroupe notamment les fonds de couverture et les sociétés de capital-investissement.

Ces acteurs jouent un rôle de plus en plus important dans le financement de l’économie, mais leur expansion soulève des enjeux de stabilité. Leur recours fréquent à l’effet de levier et à des instruments financiers complexes peut amplifier les chocs en période de stress.

En cas de tensions sur les marchés, des ventes rapides d’actifs pourraient accentuer la volatilité et se répercuter sur l’ensemble du système financier. Les institutions traditionnelles ne sont pas à l’abri : elles financent souvent ces acteurs ou sont exposées à leurs activités, ce qui augmente les risques de contagion.

Le développement du crédit privé constitue un autre point de vigilance. La croissance rapide de ce marché, combinée à un manque de transparence, pourrait masquer des fragilités structurelles, selon le BSIF.

Liquidité : un équilibre fragile

La troisième zone de risque concerne la liquidité et le financement. Pour l’instant, les conditions demeurent relativement favorables : les banques canadiennes continuent d’avoir accès à des sources de financement stables et à faible coût.

Mais cet équilibre pourrait être remis en cause rapidement. Le BSIF souligne que la confiance des marchés et des déposants peut se détériorer brusquement en cas de choc économique ou géopolitique.

La dépendance au financement international, notamment en devises étrangères, constitue une source de vulnérabilité supplémentaire. Une perturbation des marchés mondiaux pourrait se traduire par une hausse des coûts de financement ou une réduction de l’accès aux liquidités.

Dans ce contexte, la capacité des institutions à gérer activement leur bilan et à se préparer à des scénarios de crise devient déterminante.

En 2026, le régulateur concentrera ses examens de surveillance sur les plans de financement d’urgence et la capacité des institutions à rendre compte de leurs positions de liquidité dans des délais très courts, y compris leurs expositions transfrontalières.

Des révisions aux normes de liquidité entreront en vigueur le 1er mai 2026 pour certaines catégories de dépôts de détail. D’autres modifications, qui tiendront compte des commentaires de l’industrie, seront soumises à consultation le 21 mai 2026.

IA, cybersécurité et intégrité

Le BSIF maintient également une surveillance active sur plusieurs fronts. L’essor rapide de l’intelligence artificielle (IA) dans le secteur financier est salué pour ses gains d’efficacité potentiels, mais il multiplie également les points de vulnérabilité. Les cybermenaces gagnent en complexité, les acteurs malveillants utilisant eux-mêmes des outils propulsés par l’IA.

La concentration dans les tiers fournisseurs de services technologiques continue d’inquiéter. Des activités comme le blanchiment d’argent, l’extorsion et l’ingérence étrangère, qui compromettent l’intégrité des institutions financières, font l’objet d’une surveillance accrue en partenariat avec le Centre d’analyse des opérations et déclarations financières du Canada (CANAFE).

Sur le plan réglementaire, le BSIF travaille à l’élaboration d’une ligne directrice exhaustive sur la gestion du risque de crédit, dont un document consultatif a été publié en janvier 2026. Les commentaires du secteur sont attendus jusqu’au 29 juillet 2026.