Les conseillers en services financiers canadiens sont trois fois plus nombreux que leurs homologues américains à craindre que l’intelligence artificielle (IA) ne menace leur activité, selon un sondage international réalisé par le Natixis Center for Investor Insight.
Plus du tiers (36 %) des conseillers canadiens estiment que l’IA pourrait finir par les remplacer, une opinion partagée par seulement 12 % des conseillers américains et 18 % des répondants à l’échelle mondiale.
L’étude, menée par CoreData Research entre mars et mai de cette année, a interrogé 2 950 professionnels des services financiers dans 23 pays, dont 400 conseillers en services financiers nord-américains, parmi lesquels 100 Canadiens.
Même si tous les conseillers ne considèrent pas encore l’IA comme une menace immédiate, plusieurs s’attendent à ce que la situation change au cours des cinq prochaines années. Ainsi, 43 % prévoient que les outils d’investissement autonomes alimentés par l’IA deviendront leur principal concurrent, contre seulement 7 % aujourd’hui. À l’inverse, la proportion de conseillers qui considèrent leurs principaux rivaux comme étant d’autres professionnels du secteur devrait passer de 54 % à 11 %.
Plus du quart (26 %) des conseillers canadiens interrogés identifient déjà les plateformes de conseils automatisés comme leur principal concurrent, contre seulement 5 % aux États-Unis.
Les conseillers canadiens sont également les plus nombreux à se dire préoccupés par les répercussions sociales de l’IA : 61 % expriment cette inquiétude, comparativement à 56 % de l’ensemble des répondants.
Une adoption croissante malgré des défis
Si les conseillers perçoivent l’IA comme un concurrent grandissant, ils cherchent aussi à tirer parti des gains d’efficacité qu’elle procure. Ainsi, 71 % disent déjà utiliser cette technologie dans leur pratique.
Ils s’en servent notamment pour rédiger des courriels et prendre des notes (61 %), pour des tâches administratives (48 %), ainsi que dans leur processus de décision en matière de placement, par exemple pour résumer les commentaires de marché et les données économiques (56 %) ou encore pour effectuer des analyses de portefeuille et de risque (40 %).
L’intégration de l’IA ne s’est toutefois pas faite sans difficulté. Près des deux tiers (61 %) des répondants affirment que son intégration à leurs processus de travail s’est révélée plus complexe que prévu. Par ailleurs, 69 % estiment que les investisseurs qui utilisent l’IA pour obtenir des conseils prennent des risques inutiles.
Les conseillers demeurent néanmoins optimistes quant au potentiel du secteur. Quelque 76 % jugent que le cycle de croissance lié à l’IA est loin d’être terminé, tandis que 69 % croient que cette technologie stimulera la croissance des marchés au cours des vingt prochaines années. Seuls 21 % anticipent l’éclatement de la « bulle » de l’IA dès cette année.
Le transfert de patrimoine, une menace existentielle
Le rapport souligne que l’industrie du conseil financier repose encore largement sur une clientèle aisée issue de la génération des baby-boomers, les clients âgés de 62 ans et plus représentant 30 % de la clientèle.
Le vieillissement de cette clientèle laisse toutefois présager un manque de nouveaux clients plus jeunes pour alimenter le développement des affaires, ainsi qu’un risque de diminution progressive des actifs sous gestion à mesure que les retraités décaisseront leur patrimoine. Cette évolution pourrait néanmoins créer de nouvelles occasions d’affaires, notamment en planification successorale et en stratégies d’optimisation fiscale comme l’indexation directe.
Les premiers baby-boomers ayant désormais atteint 80 ans, le transfert intergénérationnel de patrimoine est devenu une priorité pour le secteur. Selon le rapport, 53 % des conseillers dans le monde considèrent même qu’il s’agit d’une menace existentielle pour leur pratique.
En Amérique du Nord, plus de quatre conseillers sur dix disent craindre de ne pas réussir à conserver les actifs de leurs clients au moment du transfert de patrimoine entre les générations. Cette inquiétude est particulièrement marquée chez les conseillers canadiens (63 %), comparativement à leurs homologues américains (39 %).
Parallèlement, les jeunes investisseurs se montrent de plus en plus ouverts aux conseils automatisés. Selon le sondage 2025 de Natixis auprès des investisseurs, 57 % des millénariaux et 49 % des membres de la génération X affirment être plus enclins à utiliser des services de conseils automatisés. Plus de la moitié des millénariaux (56 %) et près de la moitié des répondants de la génération X (48 %) estiment que les conseils alimentés par l’IA peuvent générer de meilleurs rendements.
Pour attirer cette clientèle plus jeune, les conseillers jugent essentiel d’offrir des services spécialisés en planification financière (44 %), d’élargir leurs outils numériques (43 %) et d’intégrer davantage de fonctionnalités d’IA (42 %).
Ces services spécialisés pourraient notamment porter sur l’éducation financière, les stratégies d’achat d’une première propriété, la planification des revenus de retraite, la gestion des dettes d’études, la gestion des revenus des entrepreneurs ou encore la formation sur des catégories d’actifs comme les placements privés.
Enfin, le sondage révèle que les conseillers s’inquiètent également de l’incertitude géopolitique grandissante et de la volatilité des marchés, qui incitent les clients à conserver davantage de liquidités, ainsi que des enjeux de relève dans la profession, alors que l’âge moyen des conseillers continue d’augmenter.
Les répondants nord-américains au sondage de Natixis géraient des actifs sous gestion médians de 200 millions de dollars et des actifs moyens de 4,8 milliards de dollars.