Nouvellement nommée à la tête des activités canadiennes de l’Alternative Investment Management Association (AIMA), Lauren Cooper souhaite mettre à profit le vaste réseau international de l’organisation afin de renforcer le rayonnement du Canada sur la scène mondiale des placements alternatifs.
Avant de se joindre à l’AIMA, Lauren Cooper a occupé des postes de direction chez Romspen Investment Corporation, Deloitte, Waratah Capital Advisors et Star Mountain Capital, où elle a développé une expertise auprès de gestionnaires spécialisés en crédit privé, fonds de couverture, capital-investissement et autres stratégies alternatives.
Finance et Investissement s’est entretenu avec elle afin de discuter de ses priorités, de l’évolution de l’industrie et des principaux défis qui attendent les gestionnaires alternatifs canadiens.
Finance et Investissement (FI) : Quels enseignements retenez-vous de votre parcours professionnel ?
Lauren Cooper (LC) : Trois enseignements ressortent particulièrement de mon cheminement en entreprises privées et, maintenant, à la tête d’une association sectorielle.
Le premier est que les relations humaines demeurent essentielles. Tout au long de ma carrière, que ce soit auprès d’investisseurs, de gestionnaires d’actifs, de conseillers, d’organismes de réglementation ou de fournisseurs de services, j’ai constaté que la confiance et les relations à long terme sont au cœur de notre industrie.
Le deuxième est que la communication crée de la valeur. L’industrie des placements est complexe, mais cette complexité ne devrait jamais constituer un obstacle à la compréhension.
Enfin, l’adaptabilité est indispensable. Les marchés évoluent, la réglementation change et les attentes des investisseurs continuent de se transformer. Les organisations et les professionnels qui réussissent sur le long terme sont ceux qui demeurent concentrés sur leurs objectifs tout en continuant d’apprendre et d’évoluer.
FI : Comment vos expériences professionnelles ont-elles façonné votre compréhension du secteur des investissements alternatifs ?
LC : L’un des grands avantages de mon parcours est d’avoir pu découvrir l’industrie des placements alternatifs sous plusieurs angles.
En travaillant auprès d’entreprises de tailles différentes, ayant des stratégies variées et se trouvant à divers stades de leur développement, j’ai pu constater à quel point l’industrie des investissements alternatifs est diversifiée et dynamique.
Ces expériences m’ont également permis d’apprécier le niveau d’expertise, la discipline et la vision à long terme nécessaires pour réussir dans la gestion d’actifs alternatifs. Qu’il s’agisse de fonds de couverture, de gestionnaires de crédit privé, de sociétés de capital-investissement, d’investisseurs immobiliers ou d’investisseurs institutionnels, j’ai toujours observé une forte culture d’innovation, une attention soutenue à la gestion des risques et une expertise très spécialisée.
Plus important encore, j’ai compris à quel point cette industrie est devenue interconnectée. Les flux de capitaux, les développements réglementaires et les attentes des investisseurs dépassent désormais largement les frontières nationales. Cette perspective continue d’orienter mon travail à l’AIMA.
FI : Après plus d’une décennie dans l’industrie, comment les attentes des investisseurs à l’égard des gestionnaires de placements privés et alternatifs ont-elles évolué ?
LC : Les investisseurs posent davantage de questions et approfondissent beaucoup plus leur analyse.
Au début de ma carrière, les discussions portaient principalement sur le rendement. Aujourd’hui, les investisseurs souhaitent obtenir un portrait beaucoup plus complet. Ils veulent comprendre la philosophie d’investissement du gestionnaire, son approche en matière de gestion des risques, ses capacités opérationnelles, sa structure de gouvernance ainsi que sa capacité à créer de la valeur à long terme.
Il est également évident que les investisseurs sont devenus beaucoup plus sophistiqués dans leur façon d’évaluer les placements alternatifs. Ils ne s’intéressent plus uniquement à une stratégie en particulier, mais davantage au rôle que peuvent jouer les investissements alternatifs dans l’atteinte des objectifs globaux de leur portefeuille.
FI : Vous avez pris la direction des activités canadiennes de l’AIMA en mars dernier. Quelles seront vos principales priorités au cours des 12 à 24 prochains mois ?
LC : L’AIMA est la plus importante association mondiale représentant les gestionnaires de placements alternatifs. Elle possède un mandat international et un réseau qui s’étend à plus de 60 pays. Ma priorité consiste à faire en sorte que les membres canadiens tirent pleinement parti de cette portée internationale, tout en renforçant le rôle de l’AIMA comme porte-parole de confiance de l’industrie au Canada.
Le Canada est déjà reconnu à l’échelle mondiale pour la sophistication de ses investisseurs institutionnels ainsi que pour son leadership dans le domaine des placements alternatifs. Grâce à sa plateforme internationale, l’AIMA est en mesure de mettre en valeur cette expertise, de faire entendre le point de vue canadien dans les discussions internationales, et de créer des liens entre notre marché, les investisseurs, les gestionnaires, les décideurs publics et les leaders de partout dans le monde.
Au cours des 12 à 24 prochains mois, je souhaite concentrer nos efforts sur quatre grands axes : la représentation des intérêts de l’industrie, l’éducation, le leadership intellectuel et l’engagement auprès de nos membres. Nous voulons également approfondir nos relations avec les décideurs publics, les organismes de réglementation ainsi que nos partenaires régionaux partout au pays.
Des événements comme le Global Investor Forum de l’AIMA illustrent bien cette mission. L’an dernier, le Forum a accueilli plus de 600 participants provenant de 19 pays, dont près de 40 % venaient de l’extérieur du Canada.
En définitive, mon objectif est de contribuer au renforcement de l’écosystème canadien des placements alternatifs tout en veillant à ce qu’il demeure visible, influent et pleinement connecté aux marchés mondiaux.
FI : Qu’est-ce qui vous enthousiasme le plus dans ce nouveau rôle ?
LC : La possibilité de contribuer à maintenir l’industrie canadienne des placements alternatifs étroitement liée aux marchés internationaux.
L’AIMA se trouve au carrefour de l’industrie, des politiques publiques et des marchés mondiaux.
FI : Quels sont aujourd’hui les principaux défis associés au développement du marché canadien des investissements alternatifs ?
LC : L’un des principaux défis consiste à faire en sorte que le Canada demeure concurrentiel à l’échelle mondiale pour attirer les talents, favoriser l’entrepreneuriat, stimuler l’innovation et soutenir la formation de capital.
Il demeure donc essentiel de soutenir l’innovation, d’encourager l’arrivée de nouveaux gestionnaires et de continuer à mettre en valeur, à l’échelle internationale, la profondeur et la sophistication de l’écosystème canadien des placements alternatifs afin d’assurer sa compétitivité et sa croissance à long terme.
FI : Quels segments du marché canadien sont actuellement les plus réceptifs aux stratégies de placements alternatifs ?
LC : Le Canada possède l’une des communautés d’investisseurs institutionnels les plus sophistiquées au monde. Les régimes de retraite, les fonds de dotation, les fondations, les bureaux de gestion de patrimoine familial ainsi que les compagnies d’assurance utilisent depuis longtemps des stratégies de placements alternatifs.
Parallèlement, nous observons un intérêt grandissant de la part des gestionnaires de patrimoine, des conseillers en services financiers et des investisseurs individuels. Bien que l’adoption varie selon le profil des investisseurs et leurs objectifs de placement, les investissements alternatifs sont désormais largement reconnus comme pouvant jouer un rôle important dans la construction de portefeuilles modernes.
FI : Quels sont aujourd’hui les principaux enjeux réglementaires auxquels est confrontée l’industrie de l’investissement alternatif au Canada ?
LC : L’industrie évolue dans un environnement réglementaire de plus en plus complexe. L’un des principaux défis consiste à faire en sorte que les cadres réglementaires continuent d’évoluer au même rythme que l’innovation, tout en maintenant un niveau adéquat de protection des investisseurs.
L’AIMA appuie une réglementation qui protège les investisseurs, favorise l’intégrité des marchés et soutient une saine concurrence ainsi que l’innovation au sein de l’industrie.
FI : Le cadre réglementaire canadien favorise-t-il suffisamment l’innovation dans les investissements alternatifs ?
LC : Le Canada dispose d’un cadre réglementaire solide et reconnu.
Cela dit, il est toujours possible de poursuivre la réflexion afin de déterminer comment la réglementation peut continuer de soutenir l’innovation, la concurrence et le choix offert aux investisseurs, tout en maintenant des mécanismes robustes de surveillance et de protection.
FI : Selon vous, quel sera le principal défi auquel sera confrontée l’industrie canadienne des investissements alternatifs au cours des cinq prochaines années ?
LC : L’un des principaux défis sera de préserver la compétitivité du Canada à l’échelle mondiale en matière d’attraction des talents, d’innovation, d’entrepreneuriat et de formation de capital.
Le Canada dispose d’assises solides, mais nous devons continuer de créer un environnement favorable à l’émergence de nouveaux gestionnaires, encourager l’innovation et faciliter l’accès au capital, tout en maintenant des normes élevées de gouvernance et de protection des investisseurs.
C’est notamment pourquoi des initiatives comme la Canadian Asset Management Entrepreneurship Alliance (CAMEA) revêtent une importance particulière. En renforçant l’écosystème des gestionnaires émergents, en améliorant leur accès au capital et en accroissant leur visibilité, elles contribueront directement à la compétitivité à long terme de l’industrie.
Le Canada possède l’expertise et le leadership institutionnel nécessaires pour rivaliser sur la scène internationale. Le véritable défi consiste maintenant à faire en sorte que la prochaine génération de gestionnaires dispose des ressources et de l’accès au capital nécessaires pour poursuivre sa croissance.
FI : Quelle est, selon vous, la qualité la plus importante qu’un dirigeant de l’industrie des investissements alternatifs doit posséder aujourd’hui ?
LC: Écouter et comprendre des points de vue différents.
L’industrie des placements alternatifs réunit des investisseurs, des gestionnaires, des organismes de réglementation, des décideurs publics, des fournisseurs de services et des conseillers, chacun ayant ses propres priorités et objectifs. Exercer un leadership efficace exige de comprendre ces perspectives, d’identifier les intérêts communs et de favoriser des échanges constructifs.
Les dirigeants qui réussissent le mieux sont souvent ceux qui savent rassembler des points de vue variés et créer un environnement propice au dialogue et à la collaboration.