Paiement par carte bancaire sur terminal électronique, représentant les transactions modernes et la consommation.
mediaphotos / iStock

Le 1er juillet, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a confirmé que Washington avait choisi de ne pas renouveler l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) « dans sa forme actuelle ».

Conformément aux dispositions de l’ACEUM, entrées en vigueur en 2020, les dirigeants des trois pays se sont réunis au début du mois de juillet dans le cadre de l’examen conjoint obligatoire visant à déterminer si l’accord commercial trilatéral serait officiellement prolongé pour une nouvelle période de 16 ans. L’annonce faite aujourd’hui déclenche plutôt une série d’examens annuels pouvant s’échelonner sur une période maximale de dix ans.

Cette décision était largement anticipée, mais elle ouvre la porte à une décennie de révisions annuelles qui pourrait prolonger l’incertitude entourant le commerce nord-américain. Combinée aux conflits au Moyen-Orient et en Europe, elle s’ajoute à un contexte géopolitique déjà tendu qui préoccupe certains investisseurs, malgré les nouveaux sommets atteints par les marchés boursiers.

Les conseillers en services financiers sont obligés de redoubler d’efforts pour aider leurs clients à distinguer le bruit de l’actualité des stratégies à long terme, selon leurs témoignages.

« Cela augmente la pression sur le gestionnaire de portefeuille ou le conseiller pour maintenir une communication constante avec les clients, afin de bien expliquer ce qui se passe », souligne Michael Zagari, gestionnaire de portefeuille chez Wellington-Altus Gestion privée à Montréal.

« Il se passe énormément de choses, il y a beaucoup de bruit, et les clients ne parviennent pas nécessairement à relier tous les éléments entre eux. »

Un récent sondage réalisé par Fidelity Investments Canada révèle que 47 % des conseillers disent que leurs clients soulèvent des inquiétudes concernant les politiques commerciales, les droits de douane et leurs répercussions possibles sur les finances des ménages, les placements et la sécurité d’emploi. Ce sondage a été réalisé dans le cadre d’un webinaire tenu le 11 juin auprès de 360 à 642 conseillers, selon les questions.

Wes Ashton, gestionnaire principal de portefeuille chez Harbourfront Wealth Management, à Vancouver, rapporte que l’examen de l’ACEUM n’a pas encore suscité beaucoup de discussions avec ses clients, en raison de la multitude d’autres nouvelles qui occupent l’actualité. Il s’attend toutefois à ce que davantage de clients cherchent bientôt à comprendre les conséquences possibles de l’évolution des relations commerciales sur leur plan financier.

« Au cours des 18 derniers mois, les investisseurs et les clients ont dû composer avec de nombreux événements majeurs : les enjeux commerciaux et tarifaires l’an dernier, les risques géopolitiques, puis, plus récemment, la remontée de l’inflation », rappelle-t-il.

Michael Zagari observe la même tendance. Cette année, ses clients se sont davantage préoccupés des événements au Moyen-Orient, notamment de leurs effets potentiels sur l’inflation et les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Ses clients ontariens se montrent toutefois plus inquiets de l’ACEUM que ceux d’autres régions du pays, en raison de leur plus grande exposition au secteur automobile ontarien, fortement dépendant des échanges avec les États-Unis et le Mexique.

Malgré cela, Michael Zagari constate que les clients communiquent moins souvent avec lui au sujet des perturbations commerciales.

« Ils sont devenus insensibles aux discussions sur les tarifs douaniers et à l’incertitude. Ils ne sont plus habitués à vivre dans un contexte de certitude », affirme-t-il.

Faire abstraction du bruit

Sept conseillers sur dix ayant participé au sondage de Fidelity affirment aider leurs clients à distinguer les manchettes à court terme de leurs objectifs à long terme. Plus de la moitié (60 %) disent réitérer l’importance de la diversification entre les secteurs et les régions, tandis que 40 % révisent les plans de retraite et les stratégies de revenu.

Une plus faible proportion procède à des simulations de portefeuille selon différents scénarios commerciaux (18 %) ou met davantage l’accent sur les liquidités et l’épargne d’urgence (12 %).

Wes Ashton et Michael Zagari disent combiner plusieurs de ces approches.

Tous deux insistent sur l’importance d’une communication proactive et régulière afin que les clients demeurent concentrés sur leurs objectifs de long terme.

« Nous croyons fermement à l’importance de communiquer régulièrement », affirme Wes Ashton.

Il transmet chaque semaine un commentaire sur les marchés, publie un bulletin trimestriel et son cabinet organise des séances d’information mensuelles afin de faire le point sur les marchés et de rappeler que la volatilité fait naturellement partie de l’investissement. Son équipe demeure également disponible pour répondre rapidement aux questions des clients.

« Il faut parler de ce qui se passe réellement, plutôt que de ce qui pourrait arriver, parce que les investisseurs imaginent toujours le pire scénario. Or, dans la plupart des cas, ce pire scénario ne se concrétise jamais. »

Michael Zagari a, pour sa part, conservé le même rythme de communication malgré la récente volatilité des marchés. Chaque vendredi à 13 h, il envoie à ses clients un commentaire sur les marchés, auquel s’ajoutent des communications lors d’événements importants ou à l’occasion de conférences sectorielles. Son équipe répond également rapidement aux demandes des clients.

Tous deux reconnaissent toutefois qu’il faut trouver un juste équilibre afin que les communications avec les clients ne deviennent pas elles-mêmes une nouvelle source d’inquiétude.

Selon Wes Ashton, il est également utile de replacer les événements actuels dans leur contexte historique.

« Nous leur rappelons que ce genre de situation n’a rien de nouveau. »

Les simulations financières constituent aussi un outil précieux.

À l’aide de projections intégrant différents scénarios d’inflation, de prix du pétrole et de consommation, Michael Zagari montre à ses clients les conséquences qu’un « monde plus volatil » pourrait avoir sur leur propre plan financier.

« Les clients sont beaucoup plus réceptifs. Leur niveau d’engagement est exceptionnel, parce qu’on parle de leur situation à eux et qu’on répond directement à leurs préoccupations », explique-t-il.

Aux conseillers qui débutent en planification financière, Wes Ashton et Michael Zagari recommandent d’adopter une approche pragmatique.

« Notre travail n’est pas de prédire le prochain grand titre, mais de préparer les portefeuilles à faire face au prochain grand titre, quel qu’il soit », résume Wes Ashton.

Ils invitent également les conseillers à rappeler aux clients que les stratégies de placement diversifiées à long terme ont traversé avec succès de nombreux cycles de marché.

« Il est très important d’offrir une bonne expérience client en adoptant cette approche plus pragmatique. »

Enfin, ils recommandent de maintenir des communications fréquentes, d’être disponibles pour répondre aux questions et de jouer un rôle d’accompagnement comportemental afin d’aider les clients à garder le cap.

« Soyez cette personne-ressource. Et si vous avez un processus lorsque les marchés vont bien, je vous suggère de conserver exactement le même lorsque les marchés traversent une période plus difficile », conclut Wes Ashton.