Homme montant un escalier vers la lumière avec des graphiques financiers en surimpression, symbolisant la croissance et le succès.
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Après plusieurs années de forte croissance, les marchés privés sont à l’aube d’une transformation, alors que les investisseurs réclament une plus grande transparence à l’égard de placements longtemps considérés comme opaques par nature, selon un nouveau rapport de MSCI.

Le fournisseur de données de marché et d’indices a publié son tout premier rapport intitulé The State of Private Markets 2026, qui met en lumière plusieurs tendances majeures du secteur, notamment les tensions qui s’accumulent dans le crédit privé sous l’effet des taux d’intérêt élevés, le rôle du crédit privé dans le développement de l’intelligence artificielle, l’allongement des délais de sortie dans le capital-investissement ainsi que la montée des fonds à capital permanent (« evergreen funds »).

Cependant, l’un des principaux constats du rapport — fondé sur des données américaines et mondiales — concerne l’augmentation des exigences en matière de transparence, tant de la part des nouveaux entrants sur le marché, notamment les investisseurs fortunés et les investisseurs de détail, que des investisseurs institutionnels sophistiqués.

« La croissance rapide observée ces dernières années s’est accompagnée d’une hausse équivalente des attentes en matière de transparence, de qualité des données et d’analyses rigoureuses et rapides des portefeuilles et des expositions, comparables à celles que les investisseurs sophistiqués appliquent désormais à l’ensemble de leurs portefeuilles, écrit Luke Flemmer, responsable des actifs privés chez MSCI, dans la préface du rapport. Or, les marchés privés n’ont pas été conçus historiquement pour répondre à ces attentes. »

Le rapport souligne que les commanditaires de fonds (« limited partners » ou LP) réclament des renseignements plus détaillés et plus rapides sur les actifs détenus par les fonds afin de pouvoir « évaluer eux-mêmes la qualité du crédit, le risque de concentration ou les tensions émergentes au sein de leurs portefeuilles », sans devoir se fier à des indices des marchés publics comme points de comparaison pour la performance des actifs privés.

« Les commanditaires souhaitent disposer de moyens plus clairs et fondés sur les données pour comparer le risque et le rendement des actifs cotés et non cotés, appuyés par de nouveaux cadres d’analyse, indices et outils leur permettant d’avoir une vision globale de leur portefeuille », indique le rapport.

Les fonds permanents sous les projecteurs

Du côté des investisseurs de détail, les pratiques d’évaluation des actifs attirent de plus en plus l’attention à mesure que les capitaux affluent vers des structures permanentes semi-liquides.

Autrefois considérés comme un créneau spécialisé, les fonds à capital permanent ont connu une croissance de plus de 30 % au cours de l’année terminée le 30 septembre 2025 et totalisent désormais 500 milliards de dollars américains (G$ US) d’actifs.

Les flux annuels vers ces fonds ont été multipliés par dix entre 2020 et 2025, passant de 10 G$ US à environ 100 G$ US.

Cette croissance s’explique notamment par un changement dans la composition du type d’investisseurs, alors que les particuliers fortunés et les plus petites institutions ont pris le relais des grands investisseurs institutionnels, qui ont réduit leur présence dans ce marché. Selon le rapport, les investisseurs de détail représentent maintenant environ le cinquième des actifs sous gestion des fonds à capital permanent.

Toutefois, l’augmentation des demandes de rachat et les tensions émergentes sur la liquidité au cours des derniers mois ont conduit certains fonds semi-liquides de crédit privé à suspendre temporairement les rachats.

« Les investisseurs de détail ont désormais accès à un nouvel ensemble d’outils de placement dont ils ne mesurent peut-être pas pleinement les risques, souligne le rapport. Et, comme cela s’est produit au début de 2026, leurs attentes façonnées par la liquidité quotidienne des placements cotés entreront inévitablement en collision avec les mécanismes de suspension des rachats. »

Au Canada, ces restrictions de rachat ont principalement touché des fonds immobiliers.

Dans les fonds semi-liquides, les rachats sont généralement offerts chaque trimestre, sous réserve de certaines limites, et une hausse importante des demandes peut pousser les gestionnaires à suspendre temporairement les retraits.

Selon MSCI, l’essor des fonds semi-liquides a « rendu les flux d’investissement plus réactifs » et introduit davantage de volatilité dans « un segment historiquement plutôt stable des marchés privés ».

Évaluation des actifs et liquidité

Le rapport précise toutefois que le problème ne se limite pas à un décalage entre les attentes des investisseurs et celles des gestionnaires en matière de liquidité.

Des préoccupations réelles ont également émergé quant « à l’intégrité des évaluations, à l’écart entre la liquidité attendue et la liquidité réellement disponible dans les structures semi-liquides, ainsi qu’aux concentrations d’exposition qui sont largement passées inaperçues jusqu’à ce que les perturbations sur les marchés publics les rendent impossibles à ignorer ».

« Comme le démontrent ces réalités, l’infrastructure soutenant les marchés privés n’a pas évolué au même rythme que l’ampleur des capitaux qui y affluent », poursuit le rapport.

Les pratiques d’évaluation, qui varient d’un gestionnaire à l’autre, préoccupaient moins les investisseurs traditionnels des marchés privés, observe MSCI.

« Une valeur liquidative biaisée peut surprendre les commanditaires, mais elle n’a pas d’incidence sur le profit ou la perte qu’ils réalisent sur leur investissement », selon le rapport.

En revanche, pour les investisseurs des fonds semi-liquides, les évaluations peuvent entraîner des conséquences beaucoup plus importantes.

« Les investisseurs peuvent — et le font effectivement — transiger aux évaluations fournies par les gestionnaires. Avec l’augmentation des demandes de rachat dans les fonds semi-liquides, la crédibilité et la rapidité de ces évaluations sont devenues essentielles », ajoute MSCI.

Le rapport conclut que les données, les normes, les méthodologies et les technologies nécessaires à une « révolution de la transparence dans les marchés privés » commencent à être mises en place, mais que cette évolution nécessitera une pression continue de la part des investisseurs ainsi qu’un engagement réel des gestionnaires envers davantage d’ouverture.