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L’appétit des investisseurs pour les fonds négociés en Bourse (FNB) ne montre aucun signe d’essoufflement. Après avoir attiré un montant record de 75 milliards de dollars (G$) en nouveaux capitaux en 2024, l’industrie canadienne a franchi un nouveau jalon en 2025 avec des ventes nettes de 125,8 G$, soit près du double du niveau observé un an plus tôt, selon les données de l’Association des marchés de valeur et des investissements (AMVI).

Les FNB d’actions demeurent le principal moteur de cette croissance, avec 65,5 G$ de créations nettes en 2025. À titre de comparaison, les ventes nettes de FNB d’actions s’établissaient à 37,2 G$ en 2023 et à 36 G$ en 2022 selon l’AMVI.

La progression des FNB est indéniable, commente Jean-François Girard, vice-président et chef du développement et gestion des fonds d’investissement chez Desjardins Gestion de patrimoine. « Les FNB prennent de plus en plus de place. D’ailleurs, les FNB “tout-en-un” ont crû considérablement dans les dernières années et offrent un produit simple qui procure une excellente diversification en un seul même produit. », précise-t-il.

Les FNB tout-en-un, aussi appelés FNB de répartition de l’actif, « sont des portefeuilles à fiche d’opération unique qui permettent d’investir dans les principales catégories d’actifs, résume RBC Gestion mondiale d’actifs. Au lieu d’acheter plusieurs titres, les investisseurs peuvent détenir un seul FNB qui combine des actions et des obligations canadiennes, américaines et internationales dans un portefeuille géré par des professionnels. »

Les données statistiques donnent raison à Jean-François Girard. Les tendances observées à l’échelle de l’industrie montrent qu’en l’espace de quelques années, les FNB sont passés du statut d’outil de diversification à celui de composante centrale de nombreux portefeuilles. De même, le recours aux portefeuilles modèles gagne du terrain dans les pratiques des conseillers.

Près de 70 % des conseillers américains utilisent aujourd’hui des portefeuilles modèles sous une forme ou une autre, selon FUSE Research Network, cité dans le rapport 2026 Global ETF Outlook de State Street Global Advisors. La vaste majorité de ces modèles, qu’ils soient conçus à l’interne ou fournis clés en main, intègrent des FNB comme placements sous-jacents.

Les conseillers qui utilisent des portefeuilles modèles y consacraient en moyenne 39 % des actifs de leurs clients, contre 32 % trois ans auparavant, selon une autre étude de State Street Global Advisors publiée celle-ci en décembre 2024. Cette progression correspond à une réduction de l’importance de la sélection individuelle de titres et à une intégration de plus en plus importante des portefeuilles modèles dans les pratiques de gestion de patrimoine.

Parallèlement, les gestionnaires d’actifs et les fournisseurs de portefeuilles modèles allouent en moyenne 54 % de ces portefeuilles à des FNB, ce qui en fait les principaux blocs de construction de ces stratégies, selon Cerulli Associates.

Cette évolution a transformé la façon dont les conseillers bâtissent les portefeuilles, constate Jean-François Girard. « La majorité des conseillers utilisent les FNB comme blocs de base dans une approche cœur-satellite : le cœur du portefeuille est constitué de FNB indiciels à faible coût offrant une exposition diversifiée, tandis que les satellites permettent d’aller chercher de l’alpha via des fonds actifs, des stratégies thématiques ou des titres individuels. », affirme-t-il.

Ainsi, les FNB ne servent plus uniquement à reproduire les grands indices boursiers. « Les conseillers d’aujourd’hui se perçoivent plus comme des allocateurs d’actifs stratégiques, affirme Jean-François Girard. Ils se voient de moins en moins comme des “stock pickers” et davantage comme des architectes de portefeuille et des guides financiers. »

Davantage de temps pour les services à valeur ajoutée

Un nombre grandissant de conseillers utilisent les FNB comme éléments constitutifs de leurs portefeuilles modèles, constate également Jeff Lucyk, chef des ventes à Hamilton ETFs. Selon lui, cette tendance s’explique par une meilleure reconnaissance des avantages qu’offrent ces produits en matière de diversification et de rendement. Ces bénéfices découlent « de la répartition de l’actif, de l’exposition géographique et du positionnement sectoriel » associés à ce type de solution.

Les FNB peuvent fournir « une exposition efficace et ciblée à des régions géographiques, des secteurs, des stratégies de revenu ou des catégories d’actifs moins corrélées aux actions et aux obligations traditionnelles. » Ils offrent ainsi « un moyen simple et efficace d’obtenir une exposition à ces différentes dimensions sans la complexité supplémentaire associée à la sélection de titres individuels. », détaille-t-il.

Dans le même temps, Jeff Lucyk croit que l’entrée en vigueur du Rapport sur le coût total (Total Cost Reporting ou TCR), survenue le 1er janvier 2026 à l’initiative des Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM), pousse de nombreux conseillers à se tourner davantage vers les FNB pour obtenir une exposition de base à faible coût. Cela « leur permet de réduire les frais globaux des portefeuilles tout en leur permettant d’intégrer d’autres placements afin d’en améliorer le profil risque-rendement. »

Cette évolution de l’utilisation des FNB entraîne toutefois une transformation plus profonde de la profession, estime Jeff Lucyk. « Plusieurs conseillers cherchent aujourd’hui à offrir une approche globale à valeur ajoutée qui va bien au-delà de la simple sélection de titres, témoigne-t-il. Les conseillers exercent de nombreuses responsabilités et ont plusieurs occasions de créer de la valeur qui dépassent la construction de portefeuille et la sélection de titres individuels ».

À mesure que le patrimoine d’un client croît, ses besoins se multiplient, notamment en matière de fiscalité, de planification successorale, de génération de revenus, de projets personnels ou philanthropiques, et bien d’autres aspects, signale Jeff Lucyk.

Dans un tel contexte, les FNB « peuvent simplifier le processus d’investissement en contribuant à la construction de portefeuilles diversifiés et à faible coût permettant aux clients d’atteindre leurs objectifs financiers, tout en donnant aux conseillers davantage de temps pour répondre à ces autres besoins à forte valeur ajoutée », assure-t-il.

Cette diversification des usages explique en partie la place grandissante qu’occupent désormais les FNB dans les portefeuilles, selon lui. Au-delà du simple véhicule de placement, ces solutions deviennent progressivement l’infrastructure de base utilisée par les conseillers pour mettre en œuvre leurs stratégies.

« La transparence des coûts imposée par les FNB oblige également une conversation plus honnête sur la valeur ajoutée réelle du conseiller, ce qui, bien géré, peut renforcer la relation client. », estime également Jean-François Girard.

Ainsi, plus que jamais, la valeur ajoutée du conseiller semble désormais se situer dans l’allocation d’actifs, la planification financière et l’accompagnement du client, plutôt que dans la sélection individuelle de titres.