Origamis en forme de bateau, chat et oiseau s’élançant au-dessus d’une chute d’eau, évoquant la transformation, le risque et l’évolution.
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Pendant près de deux décennies, le développement du marché canadien des fonds négociés en Bourse (FNB) a été dominé par les stratégies indicielles traditionnelles. Les premiers FNB avaient essentiellement pour objectif de reproduire le rendement d’un indice à faible coût. Aujourd’hui, l’innovation prend une autre forme. Les nouveaux produits visent de plus en plus des objectifs précis de portefeuille plutôt qu’une simple exposition aux marchés.

Cette transformation s’observe dans l’évolution même de l’industrie canadienne. Selon les données de ETFGI, le Canada comptait 1 482 FNB et 1 861 inscriptions à la fin de 2025, comparativement à 375 FNB et 523 inscriptions dix ans plus tôt. Cette croissance ne s’est pas uniquement traduite par une augmentation du nombre de produits ; elle reflète également une diversification importante des stratégies offertes.

En 2025, le marché canadien a enregistré un record de 374 nouveaux FNB. Parmi ceux-ci, 67 % étaient des stratégies à gestion active, selon l’Association canadienne des fonds négociés en Bourse (ACFNB). Cela illustre le déplacement progressif de l’innovation vers des solutions spécialisées plutôt que vers de simples produits indiciels.

Cette évolution dépasse toutefois la seule multiplication des produits. Dans son 2026 Global ETF Outlook, State Street estime que les FNB ne sont plus seulement un véhicule d’investissement, mais qu’ils constituent désormais « l’ossature des portefeuilles et de la structure de marché ». Le rapport souligne aussi que les FNB élargissent l’univers investissable en rendant accessibles des stratégies et des catégories d’actifs de plus en plus sophistiquées dans un véhicule liquide et transparent.

Cette sophistication élargit considérablement les possibilités offertes aux conseillers. Elle exige toutefois une compréhension plus approfondie des stratégies sous-jacentes et de leur rôle dans les portefeuilles.  Les trois experts interrogés sont unanimes : la vague d’innovation actuelle ne repose pas uniquement sur l’arrivée de nouveaux produits. Elle transforme progressivement le rôle du conseiller. Celui-ci ne choisit plus seulement des véhicules d’investissement, il doit comprendre la logique qui les sous-tend afin de les intégrer adéquatement dans la construction des portefeuilles et d’en expliquer clairement le fonctionnement aux clients.

« Le développement des FNB à gestion active à coût compétitif constitue probablement l’une des plus grandes évolutions observées au cours des dernières années », commente Jean-François Girard, vice-président et chef du développement et gestion des fonds d’investissement chez Desjardins Gestion de patrimoine.

Selon lui, cette évolution qui a entraîné une démocratisation de la gestion active sous forme de FNB dépasse toutefois la traditionnelle opposition entre gestion active et gestion passive. « On voit émerger des FNB bâtis sur des modèles systématiques, qui se positionnent entre la gestion passive et la gestion active traditionnelle. » Ces stratégies quantitatives reposent ainsi sur des modèles de sélection ou de pondération prédéterminés, offrant une approche plus systématique de la gestion de portefeuille.

Cette évolution exige toutefois une compréhension plus approfondie de la part des conseillers, estime Jean-François Girard. « Ces produits offrent une discipline de processus intéressante, mais exigent que le conseiller comprenne la logique sous-jacente pour bien les positionner auprès des clients. » Autrement dit, l’innovation ne réside plus uniquement dans le véhicule d’investissement, mais également dans la stratégie qu’il met en œuvre et dans le rôle qu’il est appelé à jouer au sein d’un portefeuille.

Des FNB conçus pour atteindre des objectifs précis

La transformation actuelle du marché dépasse largement la multiplication du nombre de produits, avance Jeff Lucyk, chef des ventes chez Hamilton ETFs.

« Une perception erronée persiste selon laquelle les FNB seraient principalement des véhicules de placement à faible coût destinés à offrir une exposition générale aux marchés. En réalité, le marché des FNB a considérablement évolué, affirme-t-il. De nombreuses stratégies sont désormais conçues pour répondre à des objectifs d’investissement précis, qu’il s’agisse de générer un revenu, de favoriser la croissance, la croissance des dividendes ou encore d’offrir une exposition à des secteurs particuliers. »

Cette évolution reflète, selon lui, une transformation de la manière dont les conseillers utilisent les FNB. « Les FNB peuvent offrir une exposition efficace et ciblée à des régions géographiques, à des secteurs, à des stratégies de revenu ou à des catégories d’actifs moins corrélées aux actions et aux obligations traditionnelles. » Autrement dit, les FNB deviennent de plus en plus des composantes spécialisées de la construction de portefeuille plutôt que de simples outils permettant de reproduire un indice, souligne-t-il à son tour.

Jeff Lucyk croit d’ailleurs que cette évolution commande un changement de perspective chez les conseillers. « La recommandation la plus pertinente pour les conseillers consiste aujourd’hui à considérer les FNB comme des outils polyvalents permettant d’atteindre des objectifs précis de portefeuille, plutôt que comme de simples véhicules offrant une exposition générale aux marchés. »

Cette sophistication croissante élargit les possibilités offertes aux conseillers, mais elle accroît également leurs responsabilités. Jean-François Girard rappelle à cet égard que certaines stratégies demeurent complexes et exigent une analyse rigoureuse.

« Les FNB qui comprennent des produits dérivés, tels des FNB options d’achat couvertes, sont complexes et peuvent être parfois difficiles à comprendre. Par exemple, un produit avec options d’achat couvertes ayant un revenu très élevé peut sembler très alléchant, mais il faut comprendre le montage à l’intérieur du produit afin de bien discerner les risques », illustre-t-il.

Cette vigilance s’applique également aux stratégies utilisant le levier, ajoute-t-il. « L’utilisation de levier pour générer plus de rendement est une pratique courante et les conseillers doivent s’assurer de la convenance de ces produits avec le profil du client. »

Mark Noble, directeur, stratégie de vente au détail et formation des conseillers chez Guardian Capital, partage ce constat. Il souligne toutefois que les conseillers expérimentés comprennent généralement les compromis inhérents à toute décision d’investissement. « En investissement, il n’existe pas de solution miracle : chaque décision d’investissement implique un compromis entre le risque et le rendement. »

Selon lui, les stratégies de revenu fondées sur les dérivés demeurent parmi les segments les plus mal compris. « Un FNB fondé sur des dérivés qui offre un taux de distribution de 12 % ne génère pas nécessairement un rendement total de 12 %. Ce 12 % correspond simplement au revenu distribué par la stratégie. »

Il rappelle que le rendement total dépend également de l’évolution des titres sous-jacents. « Le rendement total, qui comprend les gains ou les pertes en capital des titres sous-jacents du portefeuille, peut être considérablement réduit si ces derniers subissent des pertes importantes. »

L’enjeu dépasse toutefois la seule compréhension des conseillers, indique Mark Noble. « Il faut mieux former les clients et les investisseurs afin qu’ils comprennent davantage le compromis entre le risque et le rendement en investissement. »

Il observe que de plus en plus d’investisseurs autonomes s’informent principalement au moyen des médias sociaux et de diverses plateformes numériques. Cela rend la validation de l’information plus difficile et renforce l’importance de l’éducation financière.

Cette évolution transforme progressivement le rôle du conseiller. Par exemple, la multiplication des stratégies exige une diligence accrue. « Le cadre réglementaire est très exigeant pour les conseillers en placement, ce qui est une bonne chose pour assurer un niveau de standard élevé dans la qualité des services », signale Jean-François Girard.

Jeff Lucyk estime pour sa part que la valeur ajoutée du conseiller réside désormais dans sa capacité à sélectionner les stratégies les plus appropriées en fonction des objectifs du client plutôt qu’à simplement choisir un véhicule d’investissement. « Utilisés adéquatement, ces produits peuvent aider les conseillers à mieux harmoniser les portefeuilles avec les objectifs de leurs clients. »

Les trois intervenants décrivent ainsi une même évolution. À mesure que les FNB deviennent plus spécialisés, le rôle du conseiller ne consiste plus seulement à sélectionner des produits. Il doit comprendre la logique qui sous-tend les stratégies, déterminer la place qu’elles occupent dans la construction du portefeuille, en évaluer les compromis entre le risque et le rendement et être en mesure d’en expliquer clairement le fonctionnement aux clients.

La prochaine vague d’innovation ne repose donc pas uniquement sur le lancement de nouveaux FNB. Elle se traduit par l’émergence de solutions de plus en plus spécialisées qui exigent une compréhension accrue de leur rôle dans les portefeuilles. Dans ce contexte, la capacité des conseillers à analyser, intégrer et expliquer ces stratégies devient un élément central de leur valeur ajoutée.