Un homme munit d'une loupe qui surgit de derrière un panneau attention.
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La décision du Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) de réduire les coussins de fonds propres des grandes banques canadiennes constitue une mauvaise nouvelle du point de vue de leur qualité de crédit, estime Moody’s Ratings. Selon une autre analyse, publiée par Études économiques Scotia, cette mesure pourrait également stimuler la croissance du crédit au point d’influencer les décisions futures de la Banque du Canada.

La semaine dernière, le BSIF a annoncé qu’il abaissait le coussin pour stabilité intérieure (CSI) de 3,5 % à 3 % des actifs pondérés en fonction des risques. Il a également réduit la fourchette de ce coussin, qui passe de 0 % à 4 % à une nouvelle plage de 0 % à 3 %. Selon le régulateur, ces mesures visent à donner aux banques une plus grande marge de manœuvre pour accroître leurs activités de prêt et d’investissement à un moment jugé crucial pour l’économie.

« Dans l’ensemble, nous considérons ces changements comme négatifs sur le plan du crédit, puisqu’ils permettent effectivement aux banques de fonctionner avec des niveaux de capital plus faibles, alors qu’elles géraient déjà leurs fonds propres avec des marges de seulement 100 à 150 points de base au-dessus des exigences réglementaires minimales », indique l’agence de notation dans un nouveau rapport.

Si le régulateur affirme que cette réduction du coussin vise à accroître la capacité des banques à soutenir l’économie, Moody’s Ratings fait remarquer que l’amincissement récent de leurs marges de capital s’est surtout traduit par une hausse des dividendes et des rachats d’actions.

En outre, la réduction des coussins « affaiblit la capitalisation de l’ensemble du système bancaire, ce qui accroît sa sensibilité à la volatilité des bénéfices, à une détérioration de la qualité des actifs ou à des chocs de marché, particulièrement dans un contexte marqué par d’importantes incertitudes géopolitiques et commerciales », souligne le rapport.

Selon Moody’s Ratings, cette décision « introduit également un risque de comportement procyclique si les banques réagissent en augmentant les distributions de capital ou la croissance de leurs actifs pondérés en fonction des risques à un stade avancé du cycle économique ».

« À plus long terme, cette dynamique pourrait accentuer les vulnérabilités si la qualité du crédit se détériore ou si les conditions macroéconomiques se dégradent », ajoute l’agence.

Au cours de l’exercice en cours, la réduction du coussin réglementaire « entraînera vraisemblablement une baisse structurelle des ratios de fonds propres de catégorie 1 sous forme d’actions ordinaires (CET1) déclarés par l’ensemble du système bancaire canadien, ce qui affaiblira, à la marge, les profils de crédit des banques », conclut Moody’s.

Cela pourrait influencer la politique monétaire

Au-delà de ses répercussions sur la solidité financière des banques, cette décision pourrait également avoir des conséquences sur la politique monétaire. Selon Études économiques Scotia, l’abaissement du coussin réglementaire aurait un effet sur la croissance du crédit comparable à celui d’une baisse de 25 points de base du taux directeur de la Banque du Canada.

La semaine dernière, le BSIF a abaissé le coussin pour stabilité intérieure (CSI) de 3,5 % à 3 %, affirmant vouloir renforcer la capacité des grandes banques à consentir des prêts et à investir.

« Bien que cette mesure vise principalement l’offre de crédit dans l’économie, elle produit un effet comparable à celui d’une baisse du taux directeur de la Banque du Canada, qui stimule la demande de crédit », souligne Études économiques Scotia dans une note de recherche.

Selon ses estimations, la réduction du coussin réglementaire équivaut à peu près à une baisse de 25 points de base du taux directeur.

« Comme nous prévoyons que la Banque du Canada devra relever son taux directeur plus tard cette année, cette modification réglementaire pourrait devoir être prise en compte lorsqu’elle déterminera l’orientation de sa politique monétaire », indique la note.

Toutefois, dans le contexte économique actuel — marqué par une forte incertitude attribuable à la politique commerciale américaine, au conflit au Moyen-Orient et, plus largement, à l’imprévisibilité des politiques des États-Unis —, l’ajustement du coussin de fonds propres pourrait avoir un effet moins marqué sur la croissance économique qu’une baisse de taux, souligne le rapport.

« De plus, les liquidités demeurent actuellement limitées, ce qui pourrait restreindre la capacité des banques à financer une croissance de leurs actifs, même si elles disposent d’une marge de capital suffisante pour le faire », indique Études économiques Scotia.

« Dans ce contexte, il est sans doute préférable de considérer nos estimations comme représentant l’effet maximal que cette mesure pourrait avoir. »