La Banque du Canada maintient le cap. Elle a laissé son taux directeur inchangé à 2,25 %, un niveau qu’elle affiche depuis octobre. Le taux officiel d’escompte demeure pour sa part à 2,50 %, tandis que le taux de rémunération des dépôts reste fixé à 2,20 %.
« Dans l’ensemble, nos perspectives de croissance sont semblables à celles publiées en avril, sauf que les données reçues depuis nous rassurent que l’économie arrive bel et bien à traverser cette période de bouleversements mondiaux », résume Tiff Macklem, gouverneur de la BdC, dans sa déclaration préliminaire.
« La banque centrale se trouve dans une position délicate, devant composer avec une économie canadienne fragile, une inflation alimentée par le conflit persistant entre les États-Unis et l’Iran, ainsi qu’une forte incertitude entourant les politiques commerciales et la géopolitique », observe Michael Davenport, économiste principal chez Oxford Economics, à la suite de la décision de la Banque du Canada.
Si l’économie canadienne montre des signes d’amélioration, l’incertitude à l’échelle mondiale demeure élevée. Depuis la publication du Rapport sur la politique monétaire d’avril, les perspectives se sont assombries sous l’effet de la hausse des prix du pétrole provoquée par le conflit au Moyen-Orient.
Les prix du pétrole ont baissé depuis leur sommet d’avril, toutefois la situation au Moyen-Orient reste incertaine. Et l’évolution du conflit continuera d’ailleurs d’influencer la trajectoire de l’inflation mondiale.
« La BdC continue de considérer la première poussée des prix à la consommation découlant du choc pétrolier mondial comme un phénomène temporaire. [Elle] estime qu’il existe encore peu de signes indiquant que cette hausse des prix de l’énergie se répercute largement sur les autres composantes de l’indice des prix à la consommation (IPC), et elle s’attend toujours à ce que l’accélération de l’inflation globale soit passagère », note Michael Davenport.
Toutefois, l’essor du secteur de l’intelligence artificielle (IA) continue de soutenir l’activité économique dans un nombre croissant de pays. Aux États-Unis, les investissements dans cette technologie contribuent à une croissance d’environ 2,5 %.
Ailleurs dans le monde, l’économie chinoise poursuit sa progression grâce à la vigueur de ses exportations. À l’inverse, la zone euro continue de subir les effets des prix élevés de l’énergie.
La Banque prévoit que la croissance du produit intérieur brut (PIB) mondial ralentira pour s’établir à 2,75 % en 2026, avant de remonter à 3,25 % en 2027 et 2028.
Le Canada relève la tête
Depuis avril, les conditions financières au Canada se sont assouplies. Après plusieurs mois difficiles, l’économie a renoué avec la croissance au deuxième trimestre, à un rythme annualisé estimé à 2,5 %. Cette reprise s’explique toutefois en grande partie par la disparition de facteurs temporaires, même si les sources de croissance semblent progressivement se diversifier.
« Premièrement, après un an sans progresser, la croissance économique semble avoir repris au Canada. Même si la politique commerciale américaine reste un vent contraire, les consommateurs sont résilients et les entreprises s’adaptent », souligne Tiff Macklem.
Le dollar canadien a néanmoins poursuivi sa dépréciation, principalement en raison de la hausse des rendements des obligations américaines, alors que ceux des obligations canadiennes sont demeurés relativement stables.
L’économie canadienne continue d’évoluer dans un contexte incertain. Après douze mois d’une croissance irrégulière, le pays fait encore face à nombre d’obstacles, notamment : les droits de douane, l’incertitude économique et le ralentissement de la croissance démographique.
Le marché du travail est toujours fragile en raison de capacités excédentaires persistantes. Le taux de chômage s’est établi à 6,5 % en juin et oscille entre 6,5 % et 7 % depuis la fin de 2024.
À la lumière de récents indicateurs, la BdC estime que les dépenses de consommation devraient rester solides et que la croissance des exportations, comme celle des entreprises, devrait continuer de se raffermir.
La Banque s’attend à ce que le PIB progresse de 0,7 % en 2026, puis de 1,8 % en 2027 et 2028. Les capacités excédentaires devraient se résorber graduellement au fil de la reprise.
Du côté inflation, l’indice des prix à la consommation (IPC) a de nouveau augmenté, principalement sous l’effet de la hausse des prix du pétrole liée à la guerre au Moyen-Orient. Outre l’essence, l’inflation s’est chiffrée à 2,2 %, tandis que les mesures de l’inflation fondamentale sont demeurées près de 2 %.
« L’inflation au Canada devrait commencer à diminuer graduellement, à condition que les prix mondiaux du pétrole redescendent de leurs niveaux élevés », prédit Tiff Macklem.
Le gouverneur demeure toutefois prudent quant aux projections de la Banque du Canada.
« Les deux principaux risques entourant la projection demeurent le conflit au Moyen-Orient et la relation commerciale du Canada avec les États-Unis. Des risques intérieurs pèsent également sur les perspectives d’inflation. »
Considérant ces différents facteurs, le Conseil de direction a décidé de maintenir le taux directeur au niveau actuel pour soutenir la reprise économique et ramener l’inflation à la cible de 2 %.
« Les marchés continuent d’intégrer dans leurs prévisions une hausse de 25 points de base du taux directeur d’ici la fin de l’année. Nous jugeons ce scénario peu probable. Tant que la remontée des prix du pétrole provoquée par la récente escalade des tensions entre les États-Unis et l’Iran demeure temporaire, nous estimons que les risques à court terme penchent davantage vers une baisse du taux directeur. La BdC pourrait même réduire ses taux si l’économie reste faible et que l’inflation fondamentale demeure contenue », conclut Michael Davenport.