Photo portrait de Mathieu Boulianne.
Mathieu Boulianne. Photo : Gracieuseté Aviron.

Les entreprises investissent massivement dans l’intelligence artificielle (IA), mais plusieurs peinent encore à repérer des applications concrètes capables de générer un retour sur investissement réel. Pour la jeune pousse montréalaise Aviron, l’une des réponses à ce problème se trouve dans un domaine souvent négligé : l’arrière-guichet.

Cofondée par Mathieu Boulianne et Alexandre Bourget, l’entreprise utilise l’IA pour automatiser des processus administratifs liés principalement aux comptes fournisseurs, aux comptes clients et à la gestion du fonds de roulement. Sa technologie est déployée dans plusieurs entreprises au Canada et aux États-Unis.

Membre de la Station FinTech de Montréal, la jeune pousse cherche à accélérer sa croissance à l’international et participait récemment au salon VivaTech, à Paris, avec d’autres sociétés québécoises.

« Nous avons choisi de nous attaquer à un problème qui touche pratiquement toutes les entreprises », explique Mathieu Boulianne en entrevue avec Finance et Investissement.

Une expérience l’a marqué : il raconte avoir vu une personne de son entourage perdre sa société qui connaissait une belle croissance, faute d’avoir anticipé les besoins en fonds de roulement pour se développer.

De la banque d’affaires à l’entrepreneuriat technologique

Mathieu Boulianne rêvait de faire de la finance et d’être banquier d’affaires, tout en sachant depuis longtemps qu’il se lancerait en entrepreneuriat. Diplômé en finance de l’Université McGill, c’est sans surprise qu’il débute sa carrière dans le secteur bancaire. Il passe sept ans à la Financière Banque Nationale comme responsable de l’investissement bancaire, et participe à des transactions de fusion-acquisition ainsi qu’à des émissions publiques de titres.

En février 2018, l’intérêt pour l’entrepreneuriat prend le dessus. Il se joint à Diagram Ventures, un incubateur montréalais de jeunes entreprises associé à l’écosystème de Power Corporation. Il contribue à la création de plusieurs sociétés technologiques, dont trois spécialisées en intelligence artificielle.

Durant ces années, Mathieu Boulianne a l’occasion d’observer l’émergence des technologies d’IA générative bien avant leur adoption par le grand public. « Nous travaillions déjà sur ces technologies en 2022, à une époque où ChatGPT commençait à peine à faire parler de lui », souligne celui qui se décrit comme « très financier, très business », et dit s’être entouré de cofondateurs « excessivement techniques ».

Parmi les entreprises crées avec Diagram, StreamingFast (anciennement dfuse), cofondée avec Alexandre Bourget, se spécialise dans les infrastructures de données blockchain. En 2021, elle est rachetée par The Graph dans le cadre d’une transaction historique évaluée à 60 millions de dollars américains en cryptomonnaie.

Mathieu Boulianne précise que ce n’était pas une vente classique : les cofondateurs ont vendu les actifs, racheté tous leurs investisseurs, et se sont retrouvés avec un véhicule sans investisseurs externes, profitable, avec une équipe d’ingénierie qu’il décrit comme l’une des meilleures au Canada. C’est ce véhicule qui finance aujourd’hui Aviron.

Automatiser pour libérer de la valeur

Le point de départ de l’entreprise repose sur un constat simple : les processus administratifs demeurent largement manuels dans de nombreuses organisations. Les équipes doivent encore extraire des données, les saisir dans différents systèmes, obtenir les approbations nécessaires et préparer les paiements.

Pour Mathieu Boulianne, ces tâches administratives répétitives représentent un terrain favorable pour automatisation. « Lorsqu’une personne consacre l’essentiel de son temps à un même type d’activité, l’IA peut avoir un impact très important », affirme-t-il.

Aviron indique sur son site web que sa technologie peut réduire jusqu’à 80 % du travail manuel associé à certaines fonctions et multiplier par cinq la productivité des équipes.

Selon l’entreprise, ces gains de productivité permettent aux employés de consacrer davantage de temps à des activités à valeur ajoutée, tandis que les tâches routinières sont automatisées. Les interventions humaines demeurent nécessaires pour gérer les cas particuliers, les situations complexes ou les décisions qui nécessitent du jugement. L’automatisation permet non seulement d’accélérer le traitement des opérations, mais aussi de renforcer les contrôles, de réduire les erreurs et les fraudes, indique Mathieu Boulianne,

Un marché prometteur, mais encore brouillé

Malgré l’engouement entourant l’IA, son implantation demeure complexe pour de nombreuses organisations. Selon Mathieu Boulianne, le principal défi n’est pas nécessairement technologique. « Les décideurs sont bombardés d’offres liées à l’IA au point de tout mettre à la corbeille sans lire. Il y a tellement de bruit qu’il devient difficile de distinguer les solutions qui créent réellement de la valeur », dit-il.

À cela s’ajoute le manque d’expertise interne. « Créer un prototype qui donne la même réponse des milliers de fois par jour est relativement simple. Concevoir une application capable de fonctionner de façon fiable, sécuritaire et conforme constitue un tout autre défi », poursuit-il.

Pour répondre à ces exigences, Aviron affirme avoir obtenu la certification SOC 2 Type II, une norme qui évalue l’efficacité des contrôles liés à la protection des données et à la sécurité des systèmes. L’entreprise collabore également avec Mila — l’Institut québécois d’intelligence artificielle fondé par le chercheur Yoshua Bengio, afin de soutenir le développement de ses solutions.

Un potentiel dans les services financiers

Bien que ses premiers clients proviennent surtout du secteur manufacturier, Mathieu Boulianne voit un marché prometteur dans les services financiers. Selon lui, plusieurs tâches administratives associées à la gestion de patrimoine et aux family offices pourraient être automatisées grâce à l’IA, notamment la collecte et la mise à jour de l’information client, le traitement de certaines demandes ainsi que la production de rapports.

L’IA pourrait également faciliter la consolidation des données provenant de multiples sources et permettre de produire des réponses ou des rapports avec un niveau de personnalisation élevé adaptés aux besoins particuliers de chaque client.