À l’échelle internationale, la croissance économique se maintient à un niveau positif, mais perd néanmoins de sa cohérence : les grandes économies ont chacune leur rythme, plusieurs d’entre elles étant déjà entrées dans un cycle défavorable.
Les événements géopolitiques du dernier mois ont intensifié la hausse du prix du pétrole, propulsant elles aussi les craintes inflationnistes. Les contrats à terme sur le prix du pétrole montrent des anticipations à long terme modérées, l’inflation ne doit pas être durable. Pourtant, la stagflation est déjà évoquée par plusieurs, dont ceux ayant déjà connu cette situation dans les années 70, un mot qui est d’ailleurs attendu depuis plusieurs années déjà.
Au Canada, après 11 mois de contraction du PMI manufacturier (Purchasing Managers’ Index), un indicateur avancé largement utilisé pour évaluer la performance du secteur manufacturier, l’indice se trouve en croissance pour les deux premiers mois de l’année. C’est certainement un signe encourageant, mais à l’opposé, le début de l’année 2026 a été marqué par une détérioration notable de la situation de l’emploi avec une perte de 25 000 emplois en janvier, suivie par une perte de 84 000 emplois en février. Il s’agit du pire début d’année depuis 2009, avec une baisse généralisée à travers plusieurs secteurs. Cette évolution reflète un ralentissement économique réel, amplifié par les tensions commerciales et les transformations structurelles liées à l’intelligence artificielle. Le taux de chômage, bien que toujours modéré, suit une tendance à la hausse, confirmant l’essoufflement du marché du travail.
Immobilier : une correction en cours
Le marché immobilier canadien est en train de s’ajuster après une longue période de forte surchauffe. Plusieurs éléments expliquent ce mouvement : accessibilité restreinte pour les premiers acheteurs, taux d’intérêt relativement élevés par rapport aux 14 dernières années, ainsi qu’une brusque baisse de l’immigration.
Les indicateurs du marché hypothécaire, notamment les taux de défaut, laissent également penser que certains ménages subissent de fortes pressions. Cette correction étant nécessaire, elle pourrait être de longue durée si le cadre macroéconomique cessait d’évoluer positivement. Mais il est désormais certain que le contexte actuel diminue la pression qui pesait sur la Banque du Canada (BdC) concernant d’éventuelles baisses de taux et le risque d’attiser une nouvelle surchauffe immobilière.
Taux d’intérêt : que faut-il anticiper ?
Évidemment, si nous pouvions connaître l’issue du conflit, il serait plus facile d’anticiper l’évolution des taux d’intérêt. Toutefois, même en supposant un scénario relativement favorable, l’inflation pourrait persister.
D’une part, la production pétrolière pourrait être affectée jusqu’à ce que les infrastructures du Moyen-Orient soient pleinement rétablies. D’autre part, les perturbations touchant le transport des engrais risquent d’entraîner des pressions inflationnistes supplémentaires sur les prix alimentaires.
Cela pourrait freiner d’éventuelles nouvelles baisses de taux de la BdC. Toutefois, comme mentionné précédemment, un changement de cap de la Réserve fédérale américaine (Fed), qui dispose d’un double mandat, pourrait l’amener à privilégier une série de baisses de taux afin de stimuler davantage l’économie, dans l’hypothèse où les pressions inflationnistes seraient temporaires.
Dans un contexte où l’économie canadienne frôle la récession, un risque nourri par des pertes d’emplois, une consommation fragilisée et un dollar canadien plus fort qui pénalise les exportations, la BdC pourrait être contrainte d’abaisser ses taux d’intérêt. Cette pression serait d’autant plus importante que les risques de surchauffe immobilière se sont atténués, réduisant ainsi les contraintes liées à une éventuelle relance du marché.
Détenteurs de prêts hypothécaires à taux variable : faut-il fixer votre taux ?
Concernant les détenteurs d’hypothèques à taux variable qui se demandent s’ils devraient fixer leur taux, nous croyons préférable de leur recommander d’attendre. En effet, les taux fixes ont augmenté très rapidement récemment et aucune hausse des taux directeurs de la BdC n’est anticipée à court terme.
Une fois que le détroit d’Hormuz rouvrira et que les craintes d’un conflit prolongé s’estomperont, les taux obligataires devraient reculer. À ce moment, il sera plus opportun de réévaluer la stratégie, notamment afin de déterminer si le taux variable demeure adapté au profil du détenteur de l’hypothèque, lequel doit présenter une certaine tolérance au risque pour ce type d’emprunt.
La gestion du passif constitue souvent la part la plus importante de la situation financière du client. Il est donc primordial de confier son analyse à un professionnel objectif, capable de guider le client et de lui faire pleinement comprendre sa valeur. Après tout, la gestion du passif n’est-elle pas tout aussi importante que celle des actifs ?