La mise à jour économique de mardi dernier par le gouvernement fédéral suscite une réaction mitigée dans les milieux économiques. Si quelques mesures trouvent grâce aux yeux de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) et l’Institut économique de Montréal (IEDM), ces organisations estiment toutefois que l’essentiel reste à faire, notamment sur les plans de la fiscalité des PME et du contrôle des dépenses publiques.
Déclin entrepreneurial
Pour la FCEI, l’énoncé économique rate une occasion historique. Depuis six trimestres consécutifs, le nombre de fermetures d’entreprises dépasse celui des ouvertures au Canada — une tendance que le document budgétaire du gouvernement Carney ne fait rien pour enrayer, selon l’organisation.
« Le déclin entrepreneurial doit être la priorité du gouvernement. Malheureusement, l’énoncé économique présenté aujourd’hui ne fait rien pour renverser cette tendance », déplore Jasmin Guénette, vice-président aux Affaires nationales de la FCEI. Il craint même qu’on se dirige vers un septième trimestre consécutif de perte nette d’entreprises au pays.
Au cœur des doléances de la FCEI : le maintien du taux d’imposition fédéral des petites et moyennes entreprises à 9 %. L’organisation réclame depuis longtemps que ce taux soit abaissé à 6 %, sans succès jusqu’ici.
Un lourd déficit
Du côté de l’IEDM, c’est la trajectoire des finances publiques qui alarme, et ce, bien que le déficit prévu soit moins important qu’anticipé. Le gouvernement fédéral projette désormais un déficit de 65,3 milliards de dollars (G$) pour l’année en cours, comparativement à 78,3 G$ au budget de novembre dernier.
Il s’agit du 18e déficit consécutif d’Ottawa, rappelle l’IEDM.
« Il n’y a rien de responsable ni de rigoureux dans un gouvernement qui présente un budget lourdement déficitaire et n’a aucun plan concret pour cesser de s’endetter à vitesse grand V », affirme Emmanuelle B. Faubert, économiste à l’IEDM.
La dette fédérale devrait atteindre 1 473 G$ d’ici la fin de l’exercice budgétaire. Les frais d’intérêt s’élèveront à 58,7 G$ cette année — soit environ 1 735 $ par contribuable canadien — et pourraient grimper à 80,9 G$ d’ici 2030, une hausse de près de 38 %. Or, selon les propres projections du gouvernement, le budget ne sera toujours pas équilibré à cette échéance.
Dans une note économique publiée plus tôt en avril, l’IEDM estimait que, sans changement de cap, le déficit pourrait atteindre 117 G$ en 2035 et la dette dépasser les 2 400 G$.
Les bonnes nouvelles
Malgré leurs critiques, les deux organisations reconnaissent certains éléments positifs. La FCEI salue notamment la réduction des cotisations au Régime de pensions du Canada, qui passera de 9,9 % à 9,5 %. Cette mesure permettra de remettre environ 3 G$ dans les poches des employeurs et des travailleurs, et contribuera à contrebalancer la hausse des cotisations à l’assurance-emploi. Jasmin Guénette espère d’ailleurs que le gouvernement du Québec emboîtera le pas rapidement.
La FCEI souligne également le financement allant jusqu’à 10 000 $ par apprenti pour former des travailleurs dans les métiers spécialisés, ainsi que la pérennisation de l’exonération fiscale pour les fiducies collectives des employés, une mesure susceptible de faciliter les transferts d’entreprises.
Le fonds pour un Canada fort
L’IEDM s’est aussi penchée sur le Fonds pour un Canada fort, annoncé en grande pompe par le premier ministre Mark Carney. Malgré la promesse d’y injecter 25 G$ sur trois ans, seuls 6 millions de dollars (M$) sont affectés dans l’énoncé actuel — pour mettre sur pied un simple bureau de transition d’ici 2031.
« L’expérience nous montre que, lorsque le gouvernement tente de choisir des gagnants et des perdants avec l’argent des contribuables, le résultat tend à être un appauvrissement collectif », conclut Emmanuelle B. Faubert. Elle plaide plutôt pour une révision de la réglementation et de la fiscalité afin de rapatrier l’investissement privé, plutôt que de le supplanter par des dépenses publiques.
Une Note économique de l’IEDM publiée la semaine précédente rappelait par ailleurs que les entreprises financées par le capital de risque soutenu par le secteur public tendent à être moins performantes que celles appuyées par des fonds privés, et que ce type d’intervention nuit généralement à la formation de capital de risque privé.