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Plusieurs personnalités de l’industrie financière ont choisi de devenir mentor. Certaines d’entre elles ont accepté de révéler leur nom : Claude Béland, André Bérard et Jean-Claude Scraire.

Ces derniers temps, quelques-uns de nos lecteurs nous ont contactés car ils s'interrogeaient sur la pertinence de compter sur l'expérience d'un mentor. C'est une bonne idée, car le mentorat d'affaires est un gage de réussite pour bon nombre d'entrepreneurs, qu'ils soient à la tête d'entreprises du secteur financier ou non. Malgré un nombre sans cesse croissant de jeunes gens d'affaires à la recherche de mentors, ces derniers se laissent désirer. 

Le service de mentorat d'affaires de la Fondation de l'entrepreneurship du Québec est à la recherche de mentors, notamment dans la grande région de Montréal. À l'extérieur de la métropole, les réseaux de mentorat se démarquent par leur dynamisme. Mais à Montréal et à Laval, GM2, l'organisme qui encadre le mentorat d'affaires pour la Fondation, recherche activement des entrepreneurs possédant plusieurs années d'expérience qui agiraient à titre de mentors : tout spécialement des dirigeants de sociétés financières, qu'il s'agisse de PME de cinq employés ou moins, ou de multinationales.

« Nous cherchons des gens qui ont une expérience d'entrepreneur ou d'intrapreneur, c'est-à-dire qui ont dirigé des entreprises ou des équipes au sein d'entreprises, comme s'ils étaient eux-mêmes en affaires. Les candidats au mentorat ont généralement entre 15 et 20 ans d'expérience dans le monde des affaires, même au sein des sociétés publiques », explique Robert Beaudry, chef mentor du GM2.

Ce dernier a été l'un des bâtisseurs du réseau de formation des adultes pour le gouvernement du Québec dans les années 1960-70. Il a par la suite dirigé deux entreprises, un restaurant et une firme de consultation sur la qualité des organisations. Puis, il a été cadre supérieur chez Esso, responsable de nombreux mandats de redressement d'usines.

« Nous avons besoin de gens soucieux de contribuer à leur communauté sur le plan économique. Si nous permettons aux entrepreneurs de se développer, c'est toute la société que nous enrichissons. Car une société sans entrepreneurs est vouée à la mort. »

Robert Beaudry cherche 1 000 mentors d'ici cinq ans. Et il a l'œil sur le milieu de la finance : « Les financiers sont souvent très proches des entrepreneurs, car l'argent est le nerf de la guerre pour les entreprises. La dimension financière est, évidemment, un des critères de réussite pour les entrepreneurs. Il nous faut donc de bons gestionnaires. Mais, au-delà des chiffres, les financiers sont habitués à évaluer les équipes de gestion, notamment. Ce sont de gros atouts pour nous. »

Un succès

Le mentorat d'affaires est une véritable histoire à succès du monde des affaires québécois. Le service, qui ne coûte que 150 $ par an pour les mentorés, leur permet de créer une dyade avec un homme ou une femme d'affaires d'expérience. Une dyade est une forme d'association fondée sur la confiance. Le mentor partage bénévolement son savoir et ses connaissances avec le mentoré. Mais il ne s'agit pas d'une forme de coaching ou de consultation.

Le mentor agit sur le savoir être, et non sur le savoir-faire. L'entreprise du mentoré lui importe moins que le mentoré lui-même. Le mentor accompagne le mentoré en suscitant une réflexion sur les sujets qui préoccupent ce dernier. Par son engagement, le mentor amène le mentoré à trouver par lui-même des solutions aux diverses problématiques auxquelles tout entrepreneur doit faire face dans sa vie.

Par-dessus tout, le mentor brise l'isolement dont sont victimes les entrepreneurs. Car souvent, ces derniers ne peuvent partager leurs préoccupations, ni même leurs angoisses, face à de nombreux sujets. C'est ce qu'on appelle « la solitude de l'entrepreneur », car celui-ci ne peut échanger avec son banquier, ses partenaires, ses employés, son comptable ou même son conjoint, sur des sujets - professionnels et même personnels - qui le tracassent.

La relation est enrichissante, tant pour le mentoré que pour le mentor. Ce dernier découvre de nouveaux domaines d'expertise et se considère habituellement privilégié, même fier, de participer à la réussite d'un autre entrepreneur. Le mentoré, évidemment, bénéficie de la sagesse, du recul, de l'expérience et, souvent, des contacts de quelqu'un « qui est déjà passé par là ».

Ça fonctionne

La plupart des utilisateurs de ce service sont habituellement de jeunes entrepreneurs. Mais de nombreux gens d'affaires d'expérience sont également des mentorés. Certains entrepreneurs sont à la fois mentors et mentorés ! Car tous les mentors ne sont pas des chefs d'entreprise ou des cadres supérieurs à la retraite. Bon nombre sont encore très actifs dans le milieu des affaires. Certains sont de véritables vedettes du Québec inc. (voir l'encadré).

L'exercice donne des résultats chez les mentorés. Selon la Fondation de l'entrepreneurship, 78,4 % des entreprises mentorées sont encore en exploitation, et 70 % d'entre elles ont franchi le cap des cinq ans d'existence, soit un taux de réussite deux fois plus élevé que celles où l'entrepreneur n'a pas de mentor. En comparaison, 70 654 des 287 032 entreprises créées en 1992 n'ont jamais atteint la deuxième année d'existence, selon le gouvernement du Québec. Il s'agit d'un taux de fermeture de 75 %.

Et 66 % des entreprises dont le dirigeant a un mentor ont enregistré une hausse de 32 % de leur chiffre d'affaires dans les années qui ont suivi la création d'une dyade. Le mentorat d'affaires québécois a permis la survie de 1 260 entreprises, a évité plus de 30 M$ de pertes liées à des faillites potentielles et a permis de créer plus de 8 000 emplois. Chaque année, les mentors investissent dans le bénévolat l'équivalent de plus de 13 M$ en temps. Cet investissement rapporte énormément à la société québécoise.

Quelques mentors célèbres

Claude Béland, ancien président du mouvement Desjardins

André Bérard, ancien président de la Banque Nationale

Françoise Bourduas, fondatrice de la chaîne de vêtements Old River

Michael Eskanazy, fondateur de la chaîne de biscuiteries Monsieur Félix et Mr. Norton

Régis Labeaume, actuel maire de Québec et ancien président de la minière Mazarin

Marcel Lafrance, ancien propriétaire des chantiers maritimes MIL Davie

Jean-Claude Scraire, ancien président de la Caisse de dépôt et placement du Québec
 

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