Les médias sociaux sont un outil de communication formidable et les courtiers de plein exercice cherchent à mieux accompagner leurs conseillers qui souhaitent y développer leur présence. Or, les contraintes imposées par la réglementation frustrent nombre de conseillers, selon le Pointage des courtiers québécois 2026.
Interrogés sur le soutien reçu par leur courtier en matière de formation, de contenu et de restrictions pour les médias sociaux, les conseillers sondés sont peu enclins à louanger leur firme de courtage.
Ils accordent en moyenne 7,9 sur 10 à leur firme, et seulement 37 % des sondés en sont satisfaits (notes de 9 et 10). De plus, 15 % des répondants se disent insatisfaits à ce chapitre, une proportion relativement élevée.
« On a énormément de ressources, mais aussi, beaucoup de restrictions », dit un répondant. « C’est pourri. Le seul média qu’on peut utiliser est LinkedIn, mais on ne retrouve pas de clients sur cette plateforme, mais des collègues ! » décrit un autre.
« La base au service de communication est très bien ! Le plus difficile est la conformité : approbation, délai, rigidité dans l’accompagnement. C’est impossible d’avoir un LinkedIn d’équipe », affirme un troisième.
Parmi les répondants qui utilisent ces outils, certains soulignent les efforts récents. « C’était un point faible dans les dernières années, mais la constitution d’une nouvelle équipe de marketing qui crée du contenu moderne fait beaucoup plaisir », se réjouit un quatrième sondé.
Les dirigeants des courtiers comprennent ces enjeux et cherchent des solutions, conscients que les médias sociaux sont devenus incontournables, notamment pour la prospection. Les jeunes générations sont actives sur ces plateformes. Les conseillers ont intérêt à y développer une présence conforme aux politiques de leur courtier et aux exigences réglementaires s’ils veulent accroître leur visibilité auprès d’eux.
« Il faut aussi établir un lien avec la prochaine génération de clients et leurs familles, et cette génération est sur les réseaux sociaux », souligne Adam Elliott, président et directeur général, iA gestion privée de patrimoine (iAGPP).
Dans cette optique d’ouverture, les firmes permettent progressivement à leurs conseillers d’explorer plus de plateformes, dont LinkedIn et, dans certains cas, Facebook, Twitter, YouTube et Instagram.
Des plateformes comme TikTok et SnapChat sont également envisagées, mais plusieurs firmes n’y donnent pas encore accès en raison des exigences de conformité, de supervision et de conservation des communications.
« L’industrie doit continuer d’évoluer », renchérit Martin Lavigne, directeur général, conseils en placement, Québec, chez Gestion de patrimoine Scotia.
Vitrine pour les conseillers
Si la Financière Banque Nationale (FBN) offre du contenu clé en main pour les médias sociaux, Simon Lemay, premier vice-président et directeur national, Québec et Atlantique, estime que, pour avoir un impact, les conseillers ont intérêt à personnaliser leur contenu.
Selon lui, les médias sociaux permettent aux professionnels de montrer leurs couleurs et ainsi, de toucher leurs clients d’une façon plus personnelle.
« Les médias sociaux sont souvent le reflet de qui l’on est : ils permettent de mettre de l’avant sa personnalité et son approche », renchérit Martin Lavigne.
Les clients veulent souvent travailler avec quelqu’un qui leur ressemble. Les médias sociaux leur permettent de vérifier si un professionnel partage leurs valeurs, expliquent les deux dirigeants.
« Un client ne choisit pas un conseiller uniquement en fonction du rendement de son portefeuille, mais aussi selon les valeurs qu’il projette et l’affinité qu’il ressent avec lui », soutient Martin Lavigne.
Selon lui, un conseiller actif sur les médias sociaux peut projeter une image forte et crédible de sa personnalité, une présence qui pourrait permettre de gagner la confiance de clients potentiels.
Micol Haimson, première vice-présidente principale et directrice nationale de Raymond James (RJ) ajoute que les médias sociaux constituent un outil pour mettre en valeur les valeurs de l’entreprise et son implication dans la communauté.
« Les activités que nous faisons ensemble, entre collègues, les événements destinés aux clients ou encore les initiatives caritatives […] font aussi partie du contenu que nous diffusons sur les médias sociaux. Il y a l’aspect affaires, mais aussi la dimension humaine et communautaire, qui est importante », souligne-t-elle.
Martin Lavigne nuance toutefois l’enthousiasme suscité par ces plateformes. « Les médias sociaux ne conviendront jamais à tout le monde, mais ils représentent probablement la meilleure carte professionnelle qu’un conseiller puisse avoir auprès d’un client ou d’un prospect », affirme-t-il.
Outils disponibles
D’autres firmes, dont Financière Banque Nationale, CIBC Gestion privée de patrimoine et Wood Gundy, misent également sur du contenu clé en main pour soutenir les conseillers sur les médias sociaux.
Malgré une baisse récente de sa note, CIBC Wood Gundy propose notamment des campagnes préprogrammées, diffusées automatiquement à intervalles réguliers sur les plateformes sociales. Ce contenu préapprouvé, offert en français et en anglais, couvre divers secteurs d’activité. CIBC Wood Gundy met aussi à la disposition des conseillers du matériel personnalisable afin qu’ils puissent l’adapter à leur image de marque.
« Peut-être que nous ne faisons pas encore un assez bon travail pour expliquer toute l’étendue des outils disponibles. Mais le coffre à outils est très vaste », soutient Charles Martel, directeur général et chef régional pour le Québec chez CIBC Gestion privée de patrimoine et Wood Gundy.
Au-delà du contenu clé en main, les courtiers multiplient les formes de soutien offertes aux conseillers. La FBN propose notamment des services de consultation afin d’aider les professionnels à mieux exploiter les possibilités offertes par les médias sociaux.
Plusieurs firmes ont également développé des outils d’approbation en ligne pour simplifier les démarches liées à la conformité. C’est notamment le cas d’iAGPP, qui utilise la plateforme d’intelligence artificielle Red Oak, notamment afin de repérer automatiquement les termes susceptibles de poser problème.
Cette amélioration n’est pas passée inaperçue auprès des conseillers. « Notre outil d’approbation en ligne accélère tout le processus », souligne l’un des répondants de la firme. Une avancée qui pourrait expliquer en partie la progression de la note accordée à ce critère chez iAGPP, passée de 7,5 en 2025 à 8,3 en 2026.
Chez RJ, la note liée au soutien accordé aux médias sociaux a également progressé en un an, passant de 8,3 à 8,8. « C’était un point faible ces dernières années, mais la création d’une nouvelle équipe marketing qui produit du contenu moderne de façon régulière est très appréciée », explique l’un des répondants.
Contraintes ennuyeuses
La conformité liée à l’utilisation des médias sociaux demeure toutefois perçue comme contraignante par plusieurs répondants au sondage. « J’ai l’impression qu’on ne peut rien faire sur les médias sociaux dans notre domaine », déplore l’un d’eux. « C’est vraiment sévère », ajoute un autre, tandis qu’un troisième souligne que « ça prend du temps. Mais, que voulez-vous, il faut des autorisations ».
Malgré ces frustrations, les courtiers québécois ne semblent pas prêts à assouplir les règles encadrant leur présence numérique.
« Il faut qu’il y ait un cadre réglementaire et que le régulateur ait des dents pour faire le ménage auprès de ceux qui n’ont pas le permis nécessaire et qui racontent n’importe quoi sur les médias sociaux », avance Charles Martel.
Les régulateurs surveillent de plus en plus étroitement les contenus financiers diffusés en ligne et ont récemment rappelé que certaines publications promotionnelles, divulgations insuffisantes ou recommandations non autorisées peuvent contrevenir aux règles.
Une position partagée parmi les dirigeants interrogés. « J’apprécie la réglementation à ce sujet, parce qu’il ne faut pas non plus tomber dans l’autre extrême et laisser place à n’importe quoi », affirme Martin Lavigne.
« D’un point de vue réglementaire, il est vrai que ce que les gens peuvent faire demeure très encadré, reconnaît Simon Lemay. Mais lorsqu’une mauvaise information circule, les conséquences peuvent survenir très rapidement. »
Ainsi, à la FBN, les conseillers doivent suivre une formation réglementaire avant d’utiliser les médias sociaux. Leurs contenus sont également révisés avant et après leur diffusion.
Chez RBC Dominion Valeurs mobilières (RBC DVM), Bruno St-Jean, directeur régional associé pour le Québec, comprend l’impatience de certains conseillers face aux limites imposées par l’encadrement réglementaire des médias sociaux, particulièrement pour la création de contenu vidéo. Or, le courtier RBC préfère avancer prudemment afin d’éviter des dérapages.
« Notre plus grosse crainte, c’est le risque réputationnel et l’agilité d’un conseiller. Il se compare beaucoup aux gens qui ne sont pas régis, qui peuvent faire n’importe quoi », explique-t-il. Selon lui, RBC DVM mise sur des mécanismes de préapprobation et de vérification du contenu en amont afin de limiter les risques, tout en poursuivant graduellement ses tests liés à YouTube et aux nouvelles technologies de supervision du contenu.
Entre visibilité, proximité et encadrement réglementaire, les firmes cherchent le bon équilibre. « La meilleure façon de le décrire : on leur accorde une certaine autonomie, mais dans un cadre bien défini », conclut Simon Lemay.

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Avec la collaboration de Carole Le Hirez et de Guillaume Poulin-Goyer