La Banque du Canada (BdC) maintient son taux directeur à 2,25 %. Le taux officiel d’escompte demeure, quant à lui, à 2,5 %, et le taux de rémunération des dépôts, à 2,20 %.
« Aujourd’hui, le Conseil de direction a maintenu le taux directeur à 2,25 %, soit au même niveau que depuis octobre », déclare Tiff Macklem, le directeur de la BdC dans sa déclaration préliminaire à la conférence de presse.
Cette décision intervient dans un contexte d’incertitude croissante. Déjà confrontée à la volatilité liée à la politique commerciale américaine, la banque centrale doit désormais composer avec l’évolution du conflit au Moyen-Orient.
La guerre en Iran a entraîné une forte hausse des prix de l’énergie, perturbant le secteur des transports et pesant sur les perspectives de croissance des pays importateurs de pétrole, tout en alimentant les pressions inflationnistes à l’échelle mondiale.
Au niveau mondial, la BdC s’attend toutefois à ce que la croissance perdure aux États-Unis, notamment grâce aux investissements liés à l’intelligence artificielle. En Chine, l’économie devrait également prospérer en raison d’exportations robustes. L’activité économique de la zone euro risque quant à elle de pâtir des prix plus élevés du pétrole et du gaz naturel.
La situation géopolitique entraîne de la volatilité. Les rendements obligataires sont légèrement plus élevés depuis janvier. Les marchés boursiers avaient fortement baissé au début du conflit, mais se sont redressés depuis.
La BdC prévoit une croissance de l’économie mondiale d’environ 3 % en 2026, 2027 et 2028. Les projections relatives à l’inflation pour l’année à venir sont révisées à la hausse en raison du bond des prix de l’énergie.
La situation au Canada
Malgré l’incertitude, les perspectives de croissance de l’économie canadienne ont peu changé comparativement à la projection présentée dans le Rapport sur la politique monétaire de janvier. Après une contraction à la fin de 2025, la croissance devrait avoir repris au début de 2026.
« Même si le Canada est secoué par des événements internationaux et des incertitudes géopolitiques, notre économie croît et devrait continuer de progresser », souligne Tiff Macklem.
Les dépenses de consommation et les dépenses publiques soutiennent l’activité économique.
Le marché du travail est détendu. Le taux de chômage se maintient dans une fourchette de 6 ½ à 7 %, ce qui reflète tant la faiblesse de l’embauche que la baisse du nombre de personnes qui cherchent un emploi.
Du côté du marché du logement, la situation est un peu plus maussade, notamment en raison de l’incertitude économique, de la faible expansion démographique et des problèmes d’abordabilité persistants.
« Le statu quo de la Banque du Canada offre une fenêtre pour revoir votre budget et comparer vos options avec moins de pression. Si votre renouvellement approche, commencez à vous y intéresser plusieurs mois d’avance et simulez différents scénarios ; testez aussi votre budget avec un paiement plus élevé pour valider votre marge de manœuvre. Si vous achetez, basez-vous sur le paiement mensuel total auquel reviendra votre propriété (taxes, frais de copropriété, etc.) et gardez une réserve pour les imprévus. Enfin, faites-vous accompagner par un professionnel en hypothèque pour choisir le produit qui colle à votre réalité », souligne Alexandre Bélanger, directeur principal de district, Spécialistes hypothécaires mobiles à la TD.
Dans ses prévisions d’avril, la Banque estime que la croissance du produit intérieur brut (PIB) s’élèvera à 1,2 % en 2026, et augmentera pour atteindre 1,6 % en 2027 et 1,7 % en 2028.
« Le contexte semble compliqué pour eux. D’un côté, la hausse du pétrole crée un risque inflationniste évident, surtout avec le détroit d’Hormuz pratiquement fermé au trafic pétrolier. De l’autre, l’économie canadienne demeure fragile. La croissance prévue reste modeste. Ce n’est pas exactement une économie qui menace de surchauffer », observe Pierre‑Benoît Gauthier, vice‑président, Stratégie de placement chez IG Gestion de patrimoine.
Bien que la guerre en Iran puisse en modifier la composition, la croissance globale du PIB demeure globalement inchangée dans les nouvelles projections. En tant qu’exportateur net de pétrole, le Canada bénéficie de la hausse des prix de l’énergie, qui soutient le revenu national, même si elle exerce une pression accrue sur les consommateurs à la pompe.
« Le conflit au Moyen-Orient aura des répercussions sur la composition de la croissance. L’incidence sur la croissance globale devrait toutefois être faible, car les cours pétroliers mondiaux plus élevés font augmenter la valeur de nos exportations d’énergie, alors même qu’ils mettent sous pression les consommateurs et bon nombre d’entreprises », précise Tiff Macklem.
Une hausse de l’inflation
L’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC) est passée de 1,8 % en février à 2,4 % en mars, en raison des prix de l’essence beaucoup plus élevés.
« Avant le déclenchement de la guerre, nous nous attendions à ce que l’inflation reste près de la cible de 2 %. Mais à cause des prix beaucoup plus élevés à la pompe, l’inflation augmente », ajoute Tiff Mackelm.
L’inflation fondamentale a reculé et, selon le plus récent rapport sur l’inflation, elle s’est maintenue juste au-dessus de 2 %.
Pour le moment, la montée des cours pétroliers ne semble pas s’être répercutée de façon plus générale sur les prix des biens et des services, mais la banque centrale assure garder la situation à l’œil.
« Il est trop tôt pour voir si de telles répercussions vont se concrétiser, et nous suivrons la situation de près », assure Tiff Macklem.
L’inflation mesurée par l’IPC devrait encore augmenter en avril pour atteindre environ 3 %. Sous l’hypothèse d’un repli des prix du pétrole, elle reviendrait ensuite vers la cible de 2 % au début de l’an prochain et s’y maintiendrait sur l’horizon de projection.
Dans ce contexte, la BdC a décidé de maintenir son taux directeur à 2,25 %, mais assure surveiller de près plusieurs situations, soit :
- les répercussions du conflit au Moyen-Orient,
- la façon dont l’économie réagit aux droits de douane américains
- et l’incertitude liée aux politiques commerciales.
Le Conseil assure qu’il « ne laissera pas les prix plus élevés de l’énergie se transformer en inflation persistante » et affirme, dans son communiqué publié à l’issue de la décision, demeurer prêt à intervenir au besoin, selon l’évolution des perspectives.
« La Banque du Canada a finalement fait exactement ce qui était attendu […] et le ton était volontairement prudent, ils gardent clairement la porte ouverte dans les deux directions. […] elle pourrait monter les taux si la guerre en Iran se prolonge et si les prix de l’énergie demeurent élevés. Elle pourrait aussi les baisser si les États-Unis imposent de nouveaux tarifs importants sur les biens canadiens », commente Pierre‑Benoît Gauthier.
« À mon avis, la Banque a raison de ne pas s’enfermer dans une direction précise aujourd’hui. Mais le marché aurait tort d’interpréter cette prudence comme une validation de hausses de taux plus tard cette année. Si l’économie évolue comme prévu, le scénario le plus crédible demeure des taux stables, avec un biais qui devrait éventuellement pencher davantage vers la baisse que vers un nouveau resserrement », conclut-il.