Un homme d’affaires regarde vers la ville à l’horizon à travers une longue-vue.
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Après une autre année solide pour les marchés boursiers, tant en Amérique du Nord qu’à l’international, les stratèges en placement demeurent globalement optimistes pour 2026. En parallèle, un consensus se dessine toutefois autour de la nécessité d’une diversification plus prudente, au-delà des grandes actions de croissance américaines à très forte capitalisation, dominées par les célèbres « sept magnifiques » (Magnificent Seven).

Le thème de l’intelligence artificielle (IA) demeure un moteur central de la croissance économique. Toutefois, plusieurs stratèges recommandent pour 2026 d’élargir la perspective quant aux entreprises susceptibles d’en bénéficier.

Les gains de productivité découlant des applications de l’IA « devraient permettre à des pays comme les États-Unis, qui affichent des multiples plus élevés, de soutenir ces valorisations, affirme Michael Greenberg, premier vice-président, gestionnaire de portefeuille et chef de la gestion de portefeuilles pour les Amériques chez Franklin Templeton Investment Solutions à Toronto. Et cela pourrait aussi débloquer de la valeur dans des marchés moins bien évalués comme l’Europe et même les marchés émergents. »

S’adressant à un auditoire de conseillers à Toronto, Michael Greenberg a précisé qu’il ne s’agissait nullement d’abandonner les actions américaines. « Elles jouent évidemment un rôle très important dans les portefeuilles. » Or, à plus long terme, il recommande aux portefeuilles surpondérés en titres américains de se diversifier vers l’Europe, les marchés émergents et le Canada.

Selon les perspectives 2026 de Vanguard, publiées par Placements Vanguard Canada, troisième fournisseur de fonds négociés en Bourse (FNB) au pays, les actions technologiques américaines pourraient bien maintenir leur élan, compte tenu du rythme des investissements et de la croissance anticipée des bénéfices.

Toutefois, ajoute Vanguard, « des occasions de placement plus attrayantes émergent ailleurs, même pour les investisseurs les plus optimistes quant au potentiel de l’IA. Notre conviction à cet égard s’accroît et reflète les rendements observés lors de cycles technologiques précédents. »

Selon les projections des marchés des capitaux de Vanguard pour les cinq à dix prochaines années, les meilleurs profils risque-rendement parmi les placements cotés en bourse se trouvent dans les titres à revenu fixe américains de grande qualité, suivis des actions américaines axées sur la valeur et des actions des marchés développés hors États-Unis.

Marc Seidner, chef des placements pour les stratégies non traditionnelles chez le géant mondial de l’investissement PIMCO, dont les filiales comprennent PIMCO Canada, établie à Toronto, a décrit les actions américaines comme étant chères en apparence, mais recelant encore de la valeur sous-jacente.

Le secteur technologique, soutient Marc Seidner, est entré dans une phase plus intensive en capital, les dépenses liées à l’IA étant de plus en plus financées par l’endettement plutôt que par les flux de trésorerie disponibles. « Lorsque les valorisations élevées sont concentrées dans un petit nombre de sociétés, il n’est pas difficile de trouver des actions attrayantes sur le plan de la valeur, présentant des caractéristiques souhaitables comme des bilans solides et une croissance saine, souligne-t-il. Il faut envisager de s’orienter vers des secteurs sous-évalués plutôt que de courir après les segments les plus chers du marché. »

Dans ses perspectives 2026, la société américaine Invesco, dont la filiale canadienne est Invesco Canada, a également mis en lumière des « occasions intéressantes » au-delà du secteur technologique propulsé par l’IA. « Nous croyons que les actions sont plus attrayantes sur le plan des valorisations dans les marchés hors États-Unis, les sociétés à plus faible capitalisation et les secteurs cycliques aux États-Unis », indique le rapport, cosigné par Brian Levitt, stratège en chef mondial des marchés chez Invesco, et Benjamin Jones, chef mondial de la recherche.

De son côté, le BlackRock Investment Institute, affilié de recherche du chef de file canadien des FNB BlackRock Asset Management Canada, recommande de maintenir une surpondération des actions américaines.

« Nous estimons que le thème de l’IA est soutenu par des bénéfices solides, des marges bénéficiaires résilientes et des bilans robustes chez les grandes sociétés technologiques cotées », indique le rapport de perspectives de BlackRock.

Sadiq Adatia, chef des placements chez BMO Gestion mondiale d’actifs (BMO GMA), s’attend à ce que la poursuite de l’assouplissement des taux d’intérêt par la Réserve fédérale américaine et la Banque du Canada « soutienne les valorisations et prolonge le rallye actuel » des marchés boursiers nord-américains.

Tout en demeurant prudemment optimiste, Sadiq Adatia souligne que BMO GMA reconnaît que « l’orientation des politiques publiques, la stabilité de l’emploi et les effets des tarifs définiront la prochaine phase du cycle ».

Il estime que la loi américaine One Big Beautiful Bill Act « devrait stimuler l’économie en 2026 en augmentant le revenu disponible des ménages grâce à des baisses d’impôt permanentes et de nouvelles déductions, tout en favorisant l’investissement des entreprises, ce qui mènerait à une croissance plus forte, à la création d’emplois et à des hausses salariales ».

Au pays, CI Gestion mondiale d’actifs (CI GMA) s’attend à ce que le marché boursier canadien affiche une performance « raisonnablement bonne », avec des rendements se situant entre 5 % et 10 %, conformément aux moyennes historiques.

« Les entreprises canadiennes devraient voir la croissance de leurs bénéfices soutenue par des niveaux plus élevés de dépenses des consommateurs et des gouvernements, la transmission continue de la baisse des taux d’intérêt et l’augmentation de l’investissement des entreprises », indique CI GMA dans ses perspectives de marché 2026.

Le gestionnaire de fonds suppose une issue « raisonnable » aux négociations commerciales avec les États-Unis, tout en avertissant que les valorisations du marché canadien ont augmenté au cours de neuf des dix derniers trimestres. Par rapport aux niveaux historiques et aux rendements obligataires, les actions canadiennes ne sont ni chères ni bon marché, et CI GMA ne s’attend pas à des gains importants découlant de l’expansion des multiples.

Gestion de Placements TD (GPTD) souligne que, même à ses récents sommets historiques, l’indice composé S&P/TSX se négocie toujours à escompte par rapport au S&P 500. Dans ses perspectives optimistes pour le Canada, GPTD cite la hausse des projets d’investissement liés aux infrastructures, aux minéraux critiques et à la transition énergétique, ainsi qu’une forte demande mondiale pour les produits de base, notamment l’or, l’uranium et les métaux de base.

« Les investisseurs pourraient de plus en plus considérer la composition sectorielle du Canada — énergie, matériaux et services financiers — comme le complément idéal à un marché américain dominé par la technologie », conclut GPTD.

Du côté des marchés obligataires, les stratèges de BlackRock privilégient les obligations gouvernementales canadiennes aux bons du Trésor américain, en particulier pour les échéances plus longues. Aux États-Unis, BlackRock s’attend à ce que les coûts élevés du service de la dette et la sensibilité des acheteurs nationaux aux prix incitent les investisseurs à exiger une prime plus élevée pour détenir des obligations à long terme.

À l’inverse, la position budgétaire plus solide du Canada et des perspectives de croissance plus modestes devraient maintenir les rendements à long terme relativement stables, selon BlackRock. Le gestionnaire met toutefois en garde contre les risques liés au budget fédéral axé sur l’investissement du premier ministre Mark Carney, en raison de la nécessité d’attirer suffisamment de capitaux privés.

Enfin, évoquant la baisse des rendements des fonds du marché monétaire, PIMCO recommande de passer de l’encaisse vers des obligations de grande qualité « afin de verrouiller les rendements et de se positionner pour une appréciation du capital à mesure que les taux d’intérêt diminuent ». PIMCO privilégie les obligations de deux à cinq ans.

Les écarts de crédit demeurent serrés, avertit Marc Seidner, appelant à la prudence à l’égard des titres de crédit de moindre qualité : « Nous suggérons aux investisseurs d’examiner attentivement leurs positions et de se demander s’ils sont réellement compensés pour les risques de crédit potentiels, l’illiquidité, la baisse des rendements et le manque de transparence. »