Le marché canadien de l’investissement d’impact dans les marchés privés est en expansion et gagne en sophistication, bien que certaines lacunes subsistent, selon un rapport publié par l’Institute for Sustainable Finance (ISF) et la société de gestion d’investissements Rally Assets.
En 2025, le marché représentait environ 17,7 milliards de dollars (G$) en capital cible cumulatif, ce qui constitue une croissance notable, mais demeure relativement modeste comparativement au marché mondial de l’investissement d’impact, estimé à 2,2 billions de dollars en capital cible.
Pour la seule année 2025, le capital cible du marché canadien a atteint 4,2 G$, soit près de neuf fois le niveau observé en 2021.
Le rapport définit le capital cible comme le montant que les produits d’investissement cherchent à lever auprès des investisseurs. Toutefois, les gestionnaires de fonds, en particulier ceux qui sont nouveaux ou émergents, peuvent ne pas atteindre ces objectifs, ce qui se traduit par des fonds de taille inférieure aux prévisions.
Parallèlement, les lancements de produits d’investissement d’impact dans les marchés privés au Canada ont atteint un sommet record de 55 produits l’an dernier, soit environ sept fois plus qu’en 2021. Près de la moitié, 22 produits, ont été lancés par des gestionnaires d’investissement qui faisaient leur entrée dans ce segment.
Le rapport s’appuie sur la définition du Global Impact Investing Network, qui décrit l’investissement d’impact comme des « investissements réalisés avec l’intention de générer un impact social ou environnemental positif et mesurable, en plus d’un rendement financier ».
Il souligne que l’investissement d’impact ne constitue pas une catégorie d’actifs en soi, mais plutôt une approche d’investissement pouvant être appliquée à différentes catégories d’actifs, notamment le capital de risque, le capital-investissement, les infrastructures et d’autres segments.
Une croissance marquée, mais inégale
Le terme « investissement d’impact » est apparu au milieu des années 2000. Cette approche d’investissement existe à la fois dans les marchés publics et privés.
Au Canada, la croissance du segment des marchés privés est demeurée relativement modérée pendant plus d’une décennie. Toutefois, à partir de 2022, le marché a connu une accélération notable, culminant avec une activité record en 2025, indique le rapport.
« Dans l’ensemble, le marché a connu une croissance remarquable, avec des volumes de capital en hausse, une gamme de produits plus vaste et plus diversifiée, l’arrivée de nouveaux acteurs et une diversification accrue entre les catégories d’actifs », souligne le rapport.
Malgré cette croissance, des lacunes importantes subsistent dans certains segments de produits, selon les catégories d’actifs, les régions géographiques et les domaines d’impact. Cela met en évidence « la nécessité d’une plus grande collaboration et d’innovations dans la conception des produits financiers ».
Par exemple, le marché est largement dominé par le capital de risque, qui représente 25,8 % de la part de marché en capital cible.
De plus, les produits d’investissement de taille petite à moyenne, généralement compris entre 10 et 100 millions de dollars (M$), dominent le marché, la taille médiane des produits étant de 30 M$.
Le marché présente également une forte concentration géographique. Les sièges sociaux des produits d’investissement d’impact et leurs régions cibles sont majoritairement situés dans les grands centres urbains de l’Ontario (en particulier la région du Grand Toronto), de la Colombie-Britannique, du Québec et de l’Alberta.
À l’inverse, peu de produits sont gérés depuis les provinces de l’Atlantique ou le Nord du Canada, et ces régions sont moins souvent visées par les mandats d’investissement.
Cela dit, le rapport indique qu’environ la moitié des produits d’investissement d’impact possèdent un mandat pancanadien.
Des thèmes d’impact encore concentrés
Les produits d’investissement se concentrent principalement sur quelques thèmes, notamment l’atténuation des changements climatiques, qui représentait environ 4,7 G$ en capital cible cumulatif en 2025.
En comparaison, d’autres domaines d’impact social — comme le logement abordable, l’équité raciale, la qualité des emplois, l’accès à des soins de santé de qualité et l’inclusion financière — demeurent de taille plus modeste.
Toutefois, le rapport souligne qu’au cours des dernières années, les produits ont de plus en plus tendance à cibler plusieurs domaines d’impact simultanément, un nombre croissant de véhicules d’investissement visant désormais deux thématiques d’impact.
Dans un communiqué, l’ISF et Rally Assets affirment que le marché « bénéficierait d’allocations plus importantes de la part des propriétaires d’actifs, de modèles de financement plus innovants, d’une représentation régionale accrue et d’une diversification des domaines d’impact ».
Ils ajoutent qu’il est essentiel de documenter les progrès réalisés.
« Pour les propriétaires d’actifs, les gestionnaires d’actifs et les autres partenaires de l’écosystème, comprendre où le capital est alloué, comment les stratégies évoluent et où subsistent les lacunes est essentiel pour développer efficacement le marché dans les années à venir, souligne Yrjö Koskinen, directeur de la recherche à l’ISF, dans le communiqué. Nous sommes heureux que cette étude contribue à approfondir cette compréhension. »
La recherche s’appuie sur la base de données exclusive de Rally Assets, qui couvre les produits et gestionnaires de fonds basés au Canada. Elle exclut les produits situés à l’extérieur du pays, même lorsqu’ils peuvent être exposés au marché canadien par leurs investissements.