Selon l’évolution des devises, un placement sur des marchés boursiers étrangers comme celui des États-Unis peut générer des gains de change ou, au contraire, réduire les rendements. Cette dynamique est toutefois atténuée lorsque l’exposition aux devises est couverte en dollars canadiens, ce qui permet aux investisseurs en actions américaines de profiter du rendement des titres tout en se protégeant contre une dépréciation du billet vert.
De nombreux émetteurs de fonds négociés en Bourse (FNB) offrent aux investisseurs le choix entre des versions couvertes et non couvertes de leurs stratégies d’actions américaines.
« Dans le cas d’une stratégie couverte, nous suivons simplement l’évolution des cours des actions, tout en diminuant le risque de change, explique Bipan Rai, chef, stratégie des FNB et des placements alternatifs chez Gestion mondiale d’actifs BMO. Avec une exposition non couverte, nous demeurons exposés aux fluctuations du dollar américain par rapport au dollar canadien. Cela ajoute donc un niveau de risque supplémentaire, mais aussi une source potentielle de rendement. »
Il importe également de rappeler qu’une couverture de change n’élimine pas entièrement le risque de devise. La plupart des gestionnaires rééquilibrent leurs contrats de couverture selon un calendrier prédéterminé, souvent mensuel. Comme l’exposition réelle du portefeuille et les taux de change évoluent quotidiennement, un risque résiduel subsiste entre les dates d’ajustement. Les investisseurs demeurent donc exposés à une partie des variations de devises, même dans un fonds dit « couvert » contre le risque de change.
LIRE : Rarement optimal, de couvrir le risque de change
Au cours de la dernière année et demie, les investisseurs canadiens en FNB ont bénéficié de leur exposition aux actions américaines, et ceux qui détenaient des produits couverts contre le risque de change ont fait encore mieux. Au début de 2025, un dollar américain valait 1,44 $ CA, soit cinq cents de plus qu’à son niveau récent.
Même s’il faut encore environ 1,39 $ CA pour acheter un dollar américain, le huard demeure près du bas de sa fourchette historique face à son homologue américain.
Le dollar canadien pourrait-il continuer à s’apprécier face au billet vert ? C’est le scénario privilégié par RBC Gestion mondiale d’actifs. À la fin de mai, la société a relevé sa prévision à 12 mois pour le dollar canadien à 1,30 $ CA par dollar américain, tablant sur un affaiblissement généralisé de la devise américaine.
Selon RBC Gestion mondiale d’actifs, cette prévision optimiste pour le dollar canadien « dépendrait d’une voie plus claire vers la conclusion d’un accord commercial nord-américain, d’un nombre relativement faible de défauts de paiement hypothécaires au moment où les Canadiens renouvellent leurs prêts à des taux plus élevés, ainsi que de l’optimisme des investisseurs à l’égard d’un éventuel retour de la Banque du Canada aux hausses de taux ».
Étant donné que le taux de change actuel est proche d’un creux pluriannuel pour le huard, il est logique de couvrir une partie de l’exposition au dollar américain, estime Aubrey Hearn, vice-président principal et gestionnaire de portefeuille principal responsable des actions américaines et des sociétés à petite capitalisation chez Gestion mondiale d’actifs CI.
L’augmentation des dépenses publiques au Canada « devrait contribuer à améliorer la croissance du PIB canadien à moyen et à long terme, ce qui devrait entraîner une appréciation graduelle du dollar canadien », affirme Aubrey Hearn.
Pour sa part, Bipan Rai privilégie une approche tactique à court terme en matière de couverture de change.
« Il est très, très difficile de prévoir l’orientation des taux de change à long terme et de s’attendre à obtenir un rendement excédentaire », souligne-t-il. Selon lui, il est plus sain d’évaluer les décisions de couverture sur un horizon de trois à six mois plutôt que sur un an ou deux.
L’une des principales considérations pour Bipan Rai concerne les décisions attendues de la Réserve fédérale américaine et de la Banque du Canada en matière de taux d’intérêt, ainsi que les attentes déjà intégrées par les marchés des changes.
À la fin de mai, les marchés des swaps de devises anticipaient un resserrement supplémentaire de 27 points de base de la part de la Réserve fédérale d’ici la fin de l’année, contre une hausse de 34 points de base pour la Banque du Canada.
Toutefois, les stratèges de Gestion mondiale d’actifs BMO estiment qu’il existe probablement des arguments plus solides en faveur d’une hausse des taux aux États-Unis qu’au Canada. Cette situation laisserait présager un renforcement du dollar américain, puisque des taux plus élevés rendraient le billet vert plus attrayant.
Bipan Rai nuance toutefois l’interprétation des indications fournies par les marchés des swaps : « Cela pourrait évidemment changer demain ou après-demain. »
Outre le risque de manquer des gains si le dollar américain s’apprécie à partir de son niveau actuel, la couverture de change entraîne des coûts additionnels. Il ne s’agit pas de frais de gestion — ceux-ci étant généralement identiques pour les FNB couverts et non couverts — mais plutôt de coûts de transaction et de portage.
Pour mettre en place une couverture de change, les FNB doivent prendre des positions sur des contrats à terme ou des contrats à terme de gré à gré sur devises. Les coûts de transaction associés à ces instruments dérivés sont généralement modestes, se situant à quelques points de base seulement dans le cas des opérations institutionnelles.
Un coût beaucoup plus important est celui du portage. Pour couvrir son exposition en dollars américains au moyen de produits dérivés, le gestionnaire du fonds emprunte en pratique des dollars américains et les vend contre des dollars canadiens, qui sont ensuite placés à des taux d’intérêt à court terme.
Comme les taux d’intérêt sans risque aux États-Unis sont supérieurs d’environ 150 points de base à ceux du Canada, « le coût de portage constitue vraiment le principal coût associé à la couverture du risque de change », souligne Stephen Hoffman, directeur général des FNB chez RBC Gestion mondiale d’actifs.
Historiquement, sur de longues périodes de plusieurs années, les FNB américains non couverts ont surclassé leurs équivalents couverts, souvent de manière importante. À titre d’exemple, le FNB BMO S&P 500 non couvert, qui n’a pas à supporter de coûts de portage liés à la couverture de change, a affiché un rendement annualisé de 15,8 % sur dix ans au 30 avril. C’est plus de deux points de pourcentage de mieux que le rendement de 13,4 % du FNB BMO S&P 500 couvert en dollars canadiens pour la même période.
« Il existe certainement des arguments en faveur du maintien d’une exposition non couverte au risque de change, assure Aubrey Hearn. Sur de longues périodes, les devises fluctuent, mais ces mouvements tendent à s’équilibrer avec le temps. »
Au cours des dernières années, l’économie américaine — et, par conséquent, les entreprises américaines — ont constitué une destination particulièrement attrayante pour les investisseurs, observe Aubrey Hearn. Récemment, cette vigueur s’est traduite par une appréciation du dollar américain face à la plupart des grandes devises.
« Si cette relation se maintient, il pourrait être judicieux de conserver une exposition au dollar américain », souligne-t-il.
Les investisseurs peuvent choisir entre plusieurs approches : ne pas couvrir leur exposition, la couvrir entièrement ou encore adopter une stratégie tactique. Une autre possibilité consiste à couvrir 50 % de l’exposition au dollar américain et à laisser l’autre moitié non couverte.
« C’est le portefeuille qui minimise les regrets, résume Stephen Hoffman. Et, de cette façon, vous avez toujours à moitié raison. »