De nombreux investisseurs ont pourtant surenchéri en déversant des milliards dans des fonds sectoriels qui investissent dans ces actions. Au 28 février 2013, les investisseurs détenaient 11 G$ répartis dans 70 fonds à capital variable de la catégorie Actions de ressources naturelles, et un autre 4 G$ dans 19 fonds d’actions de métaux précieux, et ces chiffres ne comprennent même pas la myriade de fonds négociés en bourse qui ciblent ces secteurs.
Le investisseurs ont coutume de se précipiter sur les fonds sectoriels peu après que ceux-ci ont connu de bons rendements, comme c’est ici le cas. Les fonds de la catégorie Actions de ressources naturelles ont produit un rendement moyen annualisé astronomique de 15,4 % lors de la décennie achevée le 31 décembre 2010, dépassant de beaucoup le rendement moyen de 5,5 % de la catégorie plus diversifiée Actions canadiennes pendant la même période. Sur une base ajustée selon le risque, le panorama est comparable.
Bien sûr, il n’y a pas une seule catégorie d’actifs qui soit indéfiniment en hausse, et les fonds des ressources naturelles n’y font pas exception. Après une série de flambées au début des années 2000, les prix des marchandises ont fléchi ces deux dernières années, entraînant dans leur chute les fonds de ressources naturelles. Le fonds typique de cette catégorie a connu une chute de 19 % en 2011, et perdu un autre 11 % en 2012. Les investisseurs qui ont acheté vers la fin de la dernière flambée sont loin d’avoir eu l’expérience qu’ils auraient eue s’ils avaient été investis pendant la totalité de la première décennie du siècle.
Certaines personnes peuvent investir dans les fonds de ressources naturelles en pensant que cela ajouterait de la diversification à leur portefeuille. Toutefois, ce raisonnement normalement légitime est très peu pratique dans notre contexte canadien. À supposer que la plupart des Canadiens aient investi leurs placements de base dans le marché canadien d’ensemble, ils ont déjà une participation très forte aux actions de ressources naturelles, comme on l’a noté plus haut. Plutôt que d’ajouter aux bienfaits de la diversification, détenir de l’argent additionnel dans un fonds de ressources naturelles mène au contraire à une concentration encore plus grande dans un secteur déjà lourdement investi.
Bien entendu, il y a des fonds canadiens de base qui investissent peu dans les actions de ressources naturelles. Si c’est le cas, détenir un fonds sectoriel pourrait avoir du sens dans une perspective de diversification.
Il convient également de noter que le ratio des frais de gestion médian que font payer les fonds de la catégorie Actions de ressources naturelles est de 2,67 %, soit considérablement supérieur aux frais médians de 2,28 % de la catégorie Actions canadiennes. Cela crée un obstacle encore plus grand pour les fonds sectoriels avant qu’ils puissent commencer à fournir des rendements.
Un dernier point à considérer est qu’une fois qu’un secteur devient impopulaire pendant une longue période et que les investisseurs commencent à retirer des actifs des fonds ciblant ce secteur, les sociétés de fonds ont tôt fait de les fermer. Ce fut le cas des produits de la catégorie Actions des services financiers, par exemple. Voilà seulement cinq ans, il y avait 18 fonds qui ciblaient le secteur des services financiers, mais nombre d’entre eux ont été clos pendant la crise financière de 2008, et il n’en reste aujourd’hui que six. Lorsque cela se produit, les investisseurs restants sont forcés de racheter leurs placements même s’ils ont toutes les intentions de rester et de laisser passer l’orage.
Ceci n’est pas un argument contre le placement dans les actions de ressources naturelles. Elles représentent une grosse partie du marché canadien, et les investisseurs devraient donc en posséder des parts conséquentes. Mais en fait, c’est déjà le cas de la plupart des investisseurs. Acheter un fonds de ressources naturelles revient à augmenter une mise sur un secteur extrêmement volatil. De plus, on n’ajoute rien de neuf à son portefeuille, et les bienfaits de la diversification sont presque nuls dans le contexte canadien.