Depuis plusieurs mois, les gouvernements occidentaux prônent majoritairement l’austérité, notamment en Europe. Pour légitimer leur politique, ils ont largement utilisé les conclusions de l’article « Croissance en période de dette », publié en 2010 par Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff.

Au début de l’année, le vice-président de la commission européenne, Olli Rehn n’a pas hésité à en faire référence dans une lettre adressée aux ministres des Finances des pays membres de l’Union.

Dans leur article, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff démontraient qu’une dette publique supérieure à 90 % du PIB engendrait, en moyenne, une récession de 0,1 %.

Or, depuis une semaine, cet article et ce résultat en particulier sont remis en cause par trois économistes, rapporte The Wall Street Journal.

Dans leur étude « Une dette publique élevée étouffe-t-elle constamment la croissance économique? Une critique de Reinhart et Rogoff »,Thomas Herndon, Michael Ash et Robert Pollin, de l’Université du Massachusetts, ont refait les calculs.

Ils ont découvert notamment que certaines données avaient été exclues et qu’il en découlait une série de graves erreurs. Selon eux, après leur nouveau calcul, une dette publique supérieure à 90 % du PIB engendrerait… un taux de croissance de 2,2 %.

Dans un courriel, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff ont défendu les conclusions de leur rapport de 2010. Ils ont déclaré qu’« après un coup d’œil, la nouvelle étude révèle également un ralentissement de la croissance dans les pays ayant une dette excessive. Nous venons tout juste de recevoir ce projet d’observation, et nous allons l’examiner en temps voulu », rapporte le magazine Bloomberg et The Wall Street Journal.

De son côté, Paul Krugman, le Prix Nobel d’économie, n’a pas pris la peine de défendre l’analyse Reinhart-Rogoff et le dit clairement sur sa page de The New York Times.

Même si la polémique fait rage, une question demeure, rappelle le magazine Time : quel niveau d’endettement un État ne doit-il pas dépasser?