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Cependant, ils devront obligatoirement suivre un cours pour préparer un examen de quatre modules portant sur l’assurance vie, l’assurance contre la maladie ou les accidents, les fonds distincts et les rentes, ainsi que l’éthique et la pratique professionnelle. Pour chaque module, le représentant devra obtenir la note de passage.

Piloté par les Organismes canadiens de réglementation en assurance (OCRA), le nouveau Programme de qualification du permis d’assurance-vie (PQPAV) utilisera, d’un océan à l’autre, le même matériel de base pédagogique et les mêmes questions d’examen.

Ceci ne plaît pas à tous, comme le montre la forte réaction de l’assureur américain Primerica.

«Le nouveau programme réduira le nombre d’agents licenciés en assurance vie qui peuvent aider les familles. Cela tuera les emplois et le gagne-pain de milliers de Canadiens», a déclaré Karen Sukin, responsable des relations gouvernementales de Primerica, dans le cadre d’une entrevue à l’agence Canadian Press le 17 mai dernier.

Différences

À l’heure actuelle, les candidats québécois à la carrière de conseiller doivent avoir suivi une formation minimale reconnue par l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Ils doivent également passer des examens de l’AMF répartis en cinq modules. Les examens du PQPAV en comporteront quatre, soit un de moins, en raison de la fusion de la fiscalité aux modules de produits.

Autre différence : le PQPAV a ajouté des notions d’assurance collective aux trois modules de produits. Selon l’OCRA, le coût des examens ne dépassera pas 140 $ par candidat. Par contre, le coût du matériel du cours obligatoire n’est pas encore connu.

Réactions mitigées

Les agents généraux joints par Finance et Investissement ont eu des réactions plutôt mitigées.

Vice-président principal chez Pro Vie assurances, Christian Laroche se réjouit de l’uniformisation pancanadienne des exigences de certification. «Un conseiller de Rivière-du-Loup devrait pouvoir exercer au Nouveau-Brunswick. Ces changements l’aideront dans sa démarche», dit-il.

Il applaudit également l’intégration de la fiscalité et de l’assurance collective aux modules de produits.

En revanche, il se dit «inquiet» de la disparition de la formation minimale. «Nous ne sommes quand même pas des vendeurs itinérants et nous nous occupons de la sécurité financière des gens. Il nous faut une formation minimale», affirme-t-il.

Le président de MICA Cabinets de services financiers, Gino Savard, partage cet avis.

«J’applaudis la tenue d’examens mesurant les connaissances des produits et de l’éthique. Mais je n’applaudis pas l’abolition des exigences de formation minimale. J’en suis très étonné… même si un diplôme collégial n’est pas un gage d’honnêteté et d’intelligence», dit-il.

Toutefois, constate Gino Savard, il est impossible de savoir si le futur matériel pédagogique du PQPAV sera à la hauteur, puisque l’OCRA reste muet à ce chapitre.

«J’espère tout simplement que ces contenus ne seront pas bâclés», dit-il.

Primerica s’insurge

Au contraire de ces agents généraux, Primerica pense que le PQPAV sera trop exigeant pour les candidats.

«On s’inquiète du coût du matériel pédagogique. Et un examen de quatre modules est statistiquement plus difficile à passer qu’un examen d’un seul module. D’ordinaire, les examens modulaires ne sont pas utilisés pour l’accréditation des agents d’assurance», affirme Jeff Dumanski, vice-président exécutif et directeur du marketing à la Compagnie d’Assurance-Vie Primerica du Canada, la filiale canadienne de Primerica.

En fin de compte, ajoute Jeff Dumanski «le nouveau programme créera une barrière à l’entrée aux futurs agents d’assurance, ce qui limitera l’accès aux produits d’assurance vie, particulièrement auprès des nouveaux arrivants et des gens habitant en milieu rural».

Hors Québec, relèvement des exigences

Cette réaction de Primerica pourrait s’expliquer par le relèvement, hors Québec, des exigences de certification.

«La plupart des autres provinces et territoires du Canada passeront d’un examen d’un seul module à un examen de quatre modules. Ce sera plus exigeant. Et quatre modules, ça ressemble beaucoup à ce qui se fait au Québec», dit François Leduc, coordonnateur du programme de Conseil en assurance et services financiers du Collège Montmorency.

Il y a peut-être autre chose.

«Le modèle d’affaires de Primerica est différent. Leurs conseillers qui veulent une rémunération intéressante doivent recruter d’autres conseillers. C’est pourquoi Primerica ne veut pas que l’entrée à la profession devienne plus difficile», remarque Gino Savard.

Christian Laroche ajoute que les produits d’assurance vendus par Primerica sont très simples à vendre, puisqu’il s’agit essentiellement de protections temporaires. «Leurs agents offrent à leurs propres clients de devenir eux-mêmes des agents afin de toucher des redevances sur leurs ventes. Ils ont intérêt à avoir les examens les plus simples possibles», ajoute-t-il.

Dans son dernier rapport annuel, Primerica confirme que la structure de rémunération de sa force de vente comporte des «commissions en surprime» (override commissions). Les représentants en place, lit-on, recrutent les nouveaux représentants. Ils encaissent ensuite des commissions en surprime lorsque les représentants recrutés sous leur autorité vendent à leur tour.

Notons que la plupart des 10 000 représentants au Canada de Primerica travaillent à temps partiel.

L’AMF et l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes (ACCAP) ont décliné nos propositions d’entrevues. La Chambre de la sécurité financière (CSF) a dit ne pas vouloir «commenter un débat qui ne relève pas de sa sphère d’encadrement».