Un homme d'affaire arrosant une flèche verte de croissance.
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La demande d’énergies renouvelables augmente rapidement en Europe, une tendance appelée à s’accentuer au cours des prochaines années, selon différentes organisations.

Dans une analyse récente, la firme Morgan Stanley souligne que nous approchons d’un «point de bascule politique» en raison de l’urgence pour les pays de réduire massivement leurs émissions de gaz à effet de serre (GES).

Dans son dernier rapport publié cet automne, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) affirme qu’il ne reste que 12 ans pour faire des changements sans précédent afin de maintenir le réchauffement planétaire à moins de 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels – la température moyenne ayant déjà augmenté de près de 1 °C.

Il faudra produire beaucoup plus d’énergies renouvelables pour espérer y arriver, notamment en Europe, où l’on consomme encore énormément d’énergies fossiles (charbon, mazout, gaz naturel classique).

L’Union européenne a d’ailleurs des cibles ambitieuses. Elle souhaite que la part des énergies renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie atteigne 32 % d’ici 2030. Cette part s’établissait à 17,5 % en 2017 (les données les plus récentes), selon l’agence Eurostat.

Plusieurs filières intéressantes

Dans ce contexte, Safaa Boulahjar, une gestionnaire d’actifs pour la firme allemande Aquila Capital, affirme que les Canadiens ont de nombreuses occasions d’investissement sur le continent européen.

Aquila Capital est très active dans les énergies vertes ; elle met surtout l’accent sur l’énergie solaire, l’éolien et l’hydroélectricité. La firme est d’ailleurs le plus important exploitant de petites centrales hydroélectriques en Europe. «Ces filières constitueront l’essentiel de l’énergie qui sera produite dans le monde entier», dit Safaa Boulahjar en entrevue à Finance et Investissement. Elle était récemment au Canada pour y rencontrer des investisseurs.

La firme allemande gère des actifs d’une valeur totale de 8,2 G€ (12,4 G$ CA), dont 6 G€ (9,1 G$ CA) sont des actifs réels dans les énergies renouvelables.

Aquila Capital a déjà investi dans plusieurs projets de production d’énergies renouvelables en Europe. En décembre 2017, elle a acquis en Suède l’un des plus importants projets éoliens du continent : 85 éoliennes de 4,2 mégawatts (MW), pour une puissance installée de 357 MW. En novembre dernier, elle a conclu une entente avec EDP, le premier producteur portugais d’énergie, afin d’acquérir au Portugal un portefeuille de 21 minicentrales hydroélectriques d’une puissance installée totalisant 100 MW.

«Grâce à nos investissements dans les énergies renouvelables, nous créons un impact environnemental positif important. En 2018 seulement, Aquila Capital a été responsable de la réduction de plus de 950 000 tonnes d’émissions de CO2», précise Safaa Boulahjar.

Les avantages des minicentrales

Selon Aquila Capital, la filière hydroélectrique en Europe (les petits projets) est très prometteuse. Or, les investisseurs ont tendance à la sous-estimer, car ils sont surtout portés à s’intéresser à l’énergie solaire et à l’énergie éolienne.

Pourtant, la production hydroélectrique a de nombreux avantages. Par exemple, la production d’énergie au fil de l’eau est beaucoup plus régulière que la production solaire ou éolienne, ce qui permet des flux de trésorerie plus stables et prévisibles.

Aquila Capital possède ou est active dans cinq autres projets hydroélectriques en Europe, tous situés en Norvège. Ce pays tire 95 % de son électricité de cette source d’énergie, comparativement à plus de 97 % pour le Québec.

Aquila Capital s’intéresse tellement à l’hydroélectricité qu’elle a créé une équipe spécialisée pour repérer les occasions d’investissement dans cette filière au Canada.

En Europe, Aquila Capital privilégie deux régions pour investir dans les énergies renouvelables, soit la Scandinavie (Danemark, Norvège, Suède et Finlande) et la péninsule ibérique (Espagne et Portugal). «Ce sont des marchés particulièrement intéressants pour les investissements dans l’énergie hydroélectrique, éolienne et solaire», dit Safaa Boulahjar.

En fait, sa firme se concentre sur les pays où elle a noué des relations étroites avec les développeurs et les producteurs d’énergie.

Aquila Capital considère aussi d’autres facteurs, précise la gestionnaire d’actifs : «Les raisons d’investir dans certains marchés sont liées à des conditions climatiques distinctes ainsi qu’à la topographie, en plus de conditions économiques et politiques favorables.» Des critères auxquels l’Europe semble bien répondre.

À l’échelle mondiale, ce ne sont pas moins que 210 G$ US que les investisseurs institutionnels pourraient investir dans les énergies renouvelables au cours des cinq prochaines années, selon la firme britannique Octopus Investments.

Or, les cinq marchés les plus populaires auprès des investisseurs institutionnels sont le Royaume-Uni, la France, les pays nordiques, l’Allemagne et la péninsule ibérique.

Plusieurs moyens d’investir

Les petits investisseurs peuvent faire des placements dans le marché européen des énergies vertes de plusieurs manières : par l’intermédiaire d’actions, des fonds spécialisés ou d’indices.

Pour ses clients, Aquila Capital investit notamment par l’entremise des fonds qui achètent des actions de producteurs d’électricité verte. Mais la firme a d’autres approches. «La meilleure stratégie dépend des objectifs de placement du client», souligne Safaa Boulahjar.

Par exemple, si un client a besoin de liquidités, la gestionnaire d’actifs conseille d’investir dans un fonds à capital variable, qui peut vendre un nombre illimité de parts et qui rachète les parts dont les investisseurs veulent se départir.

Aquila Capital se concentre aussi sur les placements non liquides, détenus pendant de plus longues périodes, et qui procurent des dividendes stables et intéressants à ses clients investisseurs.

Défis et risques

Une étude récente effectuée pour le compte d’Aquila Capital a analysé les principaux facteurs qui incitent les investisseurs à investir davantage dans les énergies renouvelables. Pour la majorité des investisseurs (55 %), la première raison est la stabilité des flux de trésorerie à long terme.

Par ailleurs, près des deux tiers (63 %) des répondants indiquent que le risque lié à la réglementation est le premier facteur qui influe sur leur décision d’investir ou non dans ce secteur. Aquila Capital doit aussi gérer ce risque, souligne Safaa Boulahjar. La firme l’atténue en maintenant de bonnes relations avec les régulateurs qui surveillent l’industrie, afin de ne pas avoir de mauvaises surprises en amont d’un projet à la suite d’un nouveau règlement, par exemple.

Le risque politique et l’évolution des prix de l’électricité représentent d’autres grands défis pour certains investisseurs (37 %). Aquila Capital gère le risque de l’évolution des prix en investissant dans des projets à long terme où les prix sont garantis par la loi ou par des accords contractuels.