Rappelons que durant l’année 2013, les obligations de 30 ans du gouvernement du Canada ont gagné 82 points de base, passant de 2,42 à 3,24 %. Le S&P/TSX a grimpé de 9,6 %, et le S&P 500, de 29,6 %. Les gains actuariels des assureurs en ont bénéficié, puisque leurs placements ont progressé.

De plus, les assureurs ont procédé à des hausses de prix des protections à long terme, y compris les vie permanente, les vie universelle, les maladies graves permanente et les soins de longue durée. Ce faisant, leur rentabilité s’est améliorée.

Chez l’Industrielle Alliance, par exemple, les ventes en assurance individuelle ont baissé de 4 % en 2013, mais leur rentabilité s’est accrue de 62 %. Chez Empire Vie, les ventes en assurance vie ont diminué de 16 %, mais le produit des primes a augmenté de 2 %.

Zone de danger

Toutefois, malgré cette embellie, l’environnement des assureurs reste incertain.

Encore bas, les rendements obligataires à long terme continuent à exercer une pression négative sur leurs profits.

C’est ce qu’illustre la situation de la Standard Life. Le «taux de rendement interne» des activités canadiennes a atteint 7 % en 2013.

En revanche, il était de 13 % dans les marchés asiatiques et émergents, et de 17 % dans les marchés britannique et européen. Dans son rapport annuel, la direction d’Édimbourg explique que le 7 % canadien découle de l’environnement persistant des bas taux d’intérêt.

Jointe aux exigences réglementaires en capitaux et en réserves, la faiblesse relative des taux continue de menacer la viabilité des produits à long terme.

«Le fait que les assureurs se détournent des produits à long terme garantis est probablement la tendance la plus marquée», affirme Duncan N.R. Jackman, président du conseil d’administration d’Empire Vie, dans son dernier rapport annuel.

Sans être aussi catégorique, le président du conseil et chef de la direction de La Capitale, René Rouleau, affirme dans le dernier rapport annuel de cet assureur que la persistance des bas taux «exigera de notre part une forte capacité d’innovation pour continuer de concevoir des produits d’assurance de personnes à faible coût et de grande qualité».

Les fameuses IFRS

Outre l’évolution des rendements obligataires, les assureurs de personnes présentent également des vulnérabilités face aux exigences législatives et réglementaires.

Par exemple, le secteur de l’assurance de la Banque Royale du Canada a affiché une baisse de 16 % du bénéfice net en 2013 à cause d’une charge de 160 M$ découlant des mesures prévues dans le budget fédéral de 2013, qui modifient le traitement fiscal de certaines des polices d’assurance vie individuelle et rendent celles-ci moins avantageuses pour les titulaires de police.

Cependant, au-delà du traitement fiscal de ces polices, c’est la question des nouvelles normes comptables International Financial Reporting Standards (IFRS) qui pose problème.

À ce sujet, René Hamel, PDG de SSQ Groupe financier, souligne dans son rapport annuel que ces normes peuvent engendrer un «risque élevé de forte volatilité des résultats des assureurs».

L’organisme qui établit les normes, l’International Accounting Standards Board (IASB), acceptera-t-il de considérer le point de vue des assureurs canadiens avant de définir ses méthodes de calcul et de les imposer ? Nous le saurons dans quelques mois.

Il reste que la baisse des rendements des obligations canadiennes de 30 ans depuis le début de 2014 risque également d’avoir un impact sur la rentabilité des assureurs. Ceux-ci sont passés de 3,25 à 2,65 % de décembre à août.

La Financière Sun Life estime que si les taux d’intérêt augmentaient de 50 et de 100 points de base, le bénéfice net de son secteur de l’assurance individuelle pourrait alors s’accroître de 50 M$ et 100 M$, respectivement. Quant au secteur des rentes à capital fixe, l’impact sur le bénéfice net serait de 50 M$.

Méthodologie

Les profils des assureurs ont été rédigés à partir de plusieurs sources.

Notre journaliste, Jean-François Barbe, a envoyé un questionnaire à chaque compagnie d’assurance vie.

Il a consulté leurs rapports annuels et derniers rapports trimestriels, les transcriptions de conférences aux investisseurs, leurs bulletins d’information aux conseillers et leurs communiqués de presse.

Il a également examiné les archives en ligne des journaux spécialisés, dont Finance et Investissement.