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Précisément 1,82 % par an, selon une nouvelle étude de Morningstar. Depuis peu, Morningstar parle du facteur «gamma», en référence aux facteurs alpha et bêta, qui reflètent respectivement la contribution du conseiller et celle du marché dans le rendement de l'investisseur.

«Ce chiffre me paraît plausible», déclare d'emblée Stéphane Chrétien, titulaire de la Chaire Investors en planification financière et professeur de finance à l'Université Laval.

Le gamma c'est la contribution, la valeur ajoutée procurée par le conseiller financier. C'est la «décision fondamentale» dans l'atteinte des objectifs financiers d'un investisseur, explique Paul Kaplan, directeur de la recherche chez Morningstar Canada et coauteur du rapport «Alpha, Beta, and Now... Gamma», publié en septembre.

Gamma 101

La mesure du gamma s'articule autour de cinq éléments clés de la planification : la répartition de l'actif, la stratégie dynamique de retraits, la gestion de la longévité, l'efficience fiscale et, enfin, l'optimisation du portefeuille par rapport à d'autres risques comme l'inflation ou les devises.

Le document de Morningstar indique que la stratégie dynamique de retraits et l'efficience fiscale sont les deux éléments de contribution majeurs au gamma.

Dans l'ensemble, l'apport des cinq facteurs clés correspond à un rendement annuel additionnel de 1,82 % pour un investisseur, selon Morningstar. Des chercheurs ont ainsi mis au point une méthode qui permet d'associer un pourcentage à la valeur produite par la planification financière.

«Sur une période de planification de 30 ou 40 ans, le gamma représente un montant important» au bout du compte, affirme Stéphane Chrétien.

Racines scientifiques

Le concept de Morningstar trouve son fondement dans la documentation scientifique.

«Le concept de Household Alpha en est un qui est similaire, indique Stéphane Chrétien. L'idée mise en avant est d'établir que la valeur ajoutée totale du conseiller financier dépasse le simple rendement réalisé.» Par contre, c'est la première fois que le terme «gamma» est employé pour décrire cette réalité financière.

«Notre recherche est celle qui a rassemblé le plus d'éléments dans une seule perspective, soutient Paul Kaplan. Nous pensons que le sujet mérite sa propre lettre grecque.»

«Cette réalité n'est jamais prise en compte lorsqu'on observe uniquement la performance des investissements», confirme Stéphane Chrétien.

Cependant, le gamma est plus difficile à calculer, parce que «chaque investisseur constitue un cas d'espèce», souligne-t-il.

À cet égard, Morningstar reconnaît que sa recherche n'est encore que «préliminaire». Il reste fort à faire pour obtenir une quantification encore plus précise du gamma.

Un gamma sous-évalué ?

Le gamma est peut-être même sous-évalué dans le contexte québécois. «Si vous vivez dans une juridiction hautement taxée comme le Québec, le gamma est encore plus important», soutient Paul Kaplan.

«Il y a des outils fiscaux dont on doit se servir», lance Stéphane Chrétien.

Par exemple, le fait de décaisser l'épargne enregistrée au bon moment génère «une bonne valeur» pour l'épargnant, dit-il. Le fait d'accumuler de l'actif qui verse des intérêts et des dividendes taxés immédiatement dans un REER est aussi une bonne idée.

Enfin, «il y a beaucoup de gains à réaliser avec le fractionnement du revenu», rappelle Stéphane Chrétien.

«Ces outils contribuent d'autant plus à l'optimisation dans un environnement comme celui du Québec», ajoute-t-il. L'épargnant québécois devrait donc surveiller davantage le gamma.

Des marchés «favorables»

On le sait, en 2012, les taux d'intérêt sont bas. Les marchés offrent de faibles rendements - et en dents de scie - depuis au moins dix ans, ce qui fait en sorte que le gamma est élevé.

«En ces temps difficiles, les gestionnaires de portefeuille affirment qu'ils ajoutent de la valeur», remarque Paul Kaplan.

Ainsi, «notre recherche met en lumière le fait que nous sommes dans une période où les planificateurs financiers procurent [à leur tour] de la valeur ajoutée», sinon plus de valeur, explique le directeur de la recherche de Morningstar.

«Effectivement, certaines études sur la gestion active dans les fonds communs suggèrent qu'elle apporte plus de valeur ajoutée en période de disette qu'en période de prospérité», confirme Stéphane Chrétien.

«Le constat est le même en ce qui concerne les conseillers financiers. C'est une école de pensée qui émerge» en ce moment, dit-il.

Un outil de communication

Au stade actuel de développement du gamma, «il faut le voir comme un moyen de communiquer l'importance à accorder à la planification financière», souligne Paul Kaplan. On ne doit pas négliger le gamma, «pendant que la majorité de l'industrie se concentre sur un facteur sur lequel elle a peu d'influence, c'est-à-dire l'alpha», rappelle-t-il.

Un épargnant qui bénéficie d'un fonds de retraite gouvernemental, par exemple, a peu d'intérêt pour le gamma. Il recevra son chèque en temps opportun. Et puis, peut-être bien que non...

«Au Québec, ce phénomène est même plus aigu qu'ailleurs», estime Stéphane Chrétien.

Le professeur et expert en planification financière affirme que les gens devront prendre leur retraite plus tard. Les raisons ne sont pas seulement conjoncturelles, mais aussi structurelles et démographiques.

On a perdu de vue la culture de l'épargne. Cela est lié à la montée du crédit au cours des dernières décennies, d'après lui.

Les gens pensent pouvoir reproduire ce comportement de consommation à crédit en arrivant à la retraite, selon lui. Par exemple, en hypothéquant leur maison.

À la retraite, «la majorité des revenus doivent venir de l'épargne», dit Stéphane Chrétien. «À un moment donné, les taux monteront, et ces comportements coûteront très cher», prévient-il.

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