Les effets du ralentissement de la croissance démographique commencent à se faire sentir dans certains secteurs de l’économie, plus d’un an après la réduction des objectifs du gouvernement fédéral en matière d’immigration.
Cette année devrait être la deuxième consécutive avec une croissance démographique nulle au Canada. Si une population moins nombreuse signifie généralement une baisse des dépenses globales, les économistes affirment qu’il existe des activités économiques compensatoires qui peuvent atténuer l’impact global du ralentissement de la croissance démographique. Ils estiment qu’il est encore un peu tôt pour dégager des tendances générales à partir des données.
Cependant, dans certains secteurs spécifiques, ils reconnaissent que des signes d’un changement dans l’économie apparaissent.
L’un des effets les plus évidents du ralentissement de la croissance démographique s’est fait sentir sur le marché locatif immobilier, selon Shelly Kaushik, économiste principale chez BMO Marchés des capitaux.
Les nouveaux arrivants, tels que les travailleurs étrangers temporaires et les étudiants internationaux, apparaissent dans des domaines très spécifiques de l’économie et celui-ci en fait partie, explique-t-elle.
« L’un des effets les plus rapides que nous avons observés est le ralentissement des prix des loyers dans tout le pays, mais surtout en Ontario et en Colombie-Britannique, où la proportion d’étudiants étrangers entrant dans le pays est et a toujours été plus importante », indique Mme Kaushik.
Les loyers demandés au Canada ont baissé de 2 % en janvier par rapport à l’année précédente, pour atteindre une moyenne de 2057 $, marquant ainsi le 16e mois consécutif de baisse annualisée des loyers, selon un rapport de Rentals.ca et Urbanation.
Les loyers devraient stagner jusqu’en 2028 environ, date à laquelle la croissance démographique devrait se normaliser, selon Marc Ercolao, économiste à la Banque TD.
La baisse de la demande de logements locatifs a également commencé à se répercuter sur l’ensemble du marché immobilier.
Les petites propriétés, comme les copropriétés, connaissent actuellement une surabondance de nouveaux logements, mais il n’y a pratiquement pas d’acheteurs, car la location de ces logements est plus risquée qu’il y a quelques années.
Marc Ercolao affirme que les répercussions se font sentir au-delà des logements locatifs construits à cet effet et touchent le marché locatif secondaire, où les propriétaires de copropriétés louent leurs logements.
Il souligne qu’il y a également eu un ralentissement de l’activité des investisseurs sur le marché immobilier, ce qui devrait freiner la construction de logements cette année.
« Le marché immobilier connaît une période de véritable stagnation cette année et l’année prochaine, en partie à cause de la stagnation de la population », indique Marc Ercolao.
La Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) a annoncé le mois dernier que la moyenne mobile sur six mois des mises en chantier annuelles avait baissé de 3,5 % pour un quatrième mois de suite.
Les effets du ralentissement de la croissance démographique n’ont toutefois pas été les mêmes pour tous les types de logements.
« Le marché des maisons individuelles n’est pas aussi touché, car une très faible proportion des nouveaux arrivants au Canada s’intéresse à ce segment du marché. Ce secteur est à l’abri de ces répercussions », déclare Marc Ercolao.
Stagnation du niveau de vie
Selon les experts, tout cela finit par se répercuter sur le mode de vie de la population.
Mme Kaushik affirme que les Canadiens ont déjà commencé à voir des signes de changement dans leur niveau de vie.
« Lorsque la population augmentait, la croissance économique ne suivait pas le même rythme. Nous avons vraiment constaté une stagnation du niveau de vie pendant un certain temps. »
Cela s’est traduit par des loyers élevés, un marché de l’emploi concurrentiel et des achats immobiliers.
« C’est ce que les gens ressentaient, même s’ils ne pouvaient pas nécessairement le formuler », précise Mme Kaushik.
Statistique Canada a indiqué que le PIB réel avait augmenté de 1,7 % en 2025 dans l’ensemble, soit un ralentissement par rapport à la croissance de 2 % enregistrée au cours des deux années précédentes. Il s’agit du rythme annuel de croissance le plus lent depuis 2016, hors de la pandémie de COVID-19.
Cette année a été marquée par des fluctuations importantes dans la politique commerciale, ainsi que par une résilience supérieure aux prévisions. Les économistes soulignent qu’il est difficile d’isoler la croissance démographique des facteurs économiques plus généraux à tout moment, et encore plus dans le contexte actuel.
« Certains segments de l’économie sont touchés, mais d’autres secteurs compensent ou perturbent largement ces effets », explique Marc Ercolao.
L’une de ces compensations provient des baisses de taux d’intérêt de la Banque du Canada, qui contribuent à réduire le coût des emprunts et à stimuler les dépenses.
Par ailleurs, Marc Ercolao affirme que « les consommateurs canadiens ont fait preuve d’une bonne résilience » et que « c’est probablement l’un des facteurs compensatoires les plus importants ».
Néanmoins, les risques de stagnation de la croissance démographique demeurent.
Même s’il s’agit d’un ajustement ponctuel, le Canada n’a jamais connu auparavant un tel déclin démographique, rapporte Cynthia Leach, économiste en chef adjointe à la Banque Royale du Canada.
« Cela pourrait avoir un effet sur la façon dont les gens perçoivent la vigueur de l’économie et leur volonté de dépenser. »
Les incertitudes géopolitiques croissantes, telles que le prochain accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, pourraient compromettre les projections de croissance du pays.
Mme Kaushik rappelle que la croissance économique est plus lente qu’elle ne devrait l’être. Une partie de ce potentiel de production est déterminée par la croissance démographique, et comme celle-ci ralentit, la croissance potentielle ralentit également.
« C’est un élément que la Banque du Canada va surveiller de près. Mais encore une fois, c’est l’un des nombreux problèmes auxquels elle est confrontée. »