Que de chemin parcouru depuis sept ans. Fondée à partir « d’une feuille blanche », selon l’expression de son chef de la direction et associé fondateur Sylvain Brosseau, Walter Global Asset Management (Walter GAM) a su se tailler une place de choix dans l’univers de la gestion d’actifs. Un parcours qui franchit aujourd’hui une nouvelle étape avec la conclusion d’un partenariat stratégique avec Montrusco Bolton.
« Lancer une nouvelle entreprise, ça demande énormément d’énergie et de vision. C’est dur », confie Sylvain Brosseau, en repensant à la première année de l’entreprise, en 2018, alors qu’il était encore seul à la barre.
« Il a fallu que je bâtisse l’équipe », se souvient-il. Une équipe qu’il décrit aujourd’hui comme étant la « clé du succès » de Walter GAM. Mais pour réunir celle-ci, encore fallait-il un plan d’affaires solide et, surtout, une vision claire. « C’est cette vision-là que j’allais, d’abord, vendre à mes partenaires, puis à mes futurs collègues, et éventuellement à Montrusco Bolton », explique-t-il.
Comme en 2003, lors de la reprise d’Elantis qui est devenue plus tard Fiera Capital, Sylvain Brosseau a réussi à concrétiser sa vision qu’il qualifie encore aujourd’hui « d’idéaliste ». « Effectivement, le même phénomène s’est produit, reconnaît-il. La différence, c’est que la première fois, on partait d’une base. Commencer de zéro, c’est plus compliqué : il faut créer de l’attraction », souligne-t-il.
Une histoire à succès
Malgré l’ampleur du défi, Sylvain Brosseau estime avoir pratiquement rattrapé son plan initial et entrevoit désormais le dépasser. L’équipe de GAM, qui compte aujourd’hui sept professionnels, s’était donné comme objectif de réaliser environ trois acquisitions par année. Cinq ans plus tard, la firme peut déjà compter sur un réseau de 15 entreprises partenaires.
Sur le plan de la diversification, là encore, mission réussie. Walter Global Asset Management est aujourd’hui active dans trois créneaux distincts de la gestion d’actifs.
Le premier regroupe des gestionnaires de portefeuille, généralement des boutiques hautement spécialisées se concentrant sur des stratégies ciblées plutôt que sur une offre de services étendue. Ce créneau compte dix firmes, dont Montrusco Bolton.
Le deuxième créneau est celui de la gestion de patrimoine, avec deux firmes, l’une basée à Montréal et l’autre à Londres.
Le troisième regroupe trois entreprises offrant des services à l’industrie de la gestion d’actifs, fortement axés sur la technologie. Sylvain Brosseau les décrit comme des « fournisseurs de services à valeur ajoutée technologique ».
Les seuls éléments qui n’ont pas suivi exactement le plan initial concernent les montants levés annuellement et le rendement de la firme. L’objectif était de lever 100 millions de dollars (M$) d’actifs par année et d’investir un montant équivalent. Si cet objectif n’a pas été atteint au cours des quatre premières années, marquées notamment par la pandémie, la situation s’est nettement améliorée l’an dernier, alors que la firme a levé 200 M$.
Du côté du rendement, en revanche, la firme dépasse ses attentes. « Je m’attendais à un rendement d’environ 20 %. Aujourd’hui, après cinq ans, ce n’est pas cumulatif, mais annualisé : on est près de 29 % après frais », précise Sylvain Brosseau.
Résultat : la valeur actuelle du fonds, incluant les capitaux engagés, s’élève à environ 330 M$. À cela s’ajoutent les quelque 125 M$ déjà retournés aux investisseurs, ce qui porte le volume total géré et redistribué à environ 450 M$.
La croissance demeure donc au cœur de la stratégie. L’objectif du nombre d’acquisitions annuelles a toutefois été revu à la baisse, la firme visant désormais deux à trois acquisitions par an, un ajustement qui s’explique par « la taille croissante des transactions », nuance Sylvain Brosseau.
Le cas Montrusco Bolton
Walter GAM était en discussion avec Montrusco Bolton depuis plus de cinq ans, confie Sylvain Brosseau. « Nous sommes très patients, plaisante-t-il. Il fallait simplement que la bonne occasion se présente. » Cette occasion s’est matérialisée récemment avec l’envie de vendre de deux actionnaires externes.
Montrusco Bolton figurait depuis longtemps parmi les cibles privilégiées de Walter GAM. Après avoir exploré diverses avenues dans les années 2000 et 2010, la firme a opéré, au tournant des années 2020, un recentrage stratégique autour de ses compétences clés. Elle a alors choisi de se positionner clairement comme une boutique spécialisée en actions publiques, couvrant différents marchés et segments, et ce, à contre-courant d’une industrie largement tournée vers les actifs privés. Une orientation qui correspondait précisément à la philosophie de Walter GAM, axée sur la spécialisation et les boutiques expertes.
Le partenariat a aussi été rendu possible par une réorganisation de l’actionnariat. Un groupe d’employés de Montrusco Bolton a acquis le contrôle majoritaire de la firme. Dans ce contexte, les dirigeants et employés deviennent propriétaires majoritaires, tandis que Walter GAM intervient comme partenaire financier minoritaire, permettant à la firme de préserver son indépendance.
Un point qui tient particulièrement à cœur à Sylvain Brosseau. « Quand les gens disent être en contrôle de leur propre destinée, ça change complètement leur niveau d’engagement envers la croissance de leur entreprise », souligne-t-il.
L’objectif du partenariat est donc d’accompagner Montrusco Bolton dans une nouvelle phase de son développement. Walter GAM n’arrive jamais avec une formule toute faite. Son approche repose plutôt sur cinq leviers, modulés selon les besoins de chaque entreprise :
- du capital,
- un appui à la stratégie de distribution,
- un renforcement des opérations et de la gouvernance,
- du capital humain et un regard neuf
- et une expertise stratégique.
Dans le cas de Montrusco Bolton, le capital a permis de racheter les parts de deux actionnaires institutionnels. Pour le reste, la firme dispose déjà d’assises solides en matière de gouvernance et de capital humain. Walter GAM estime toutefois pouvoir créer de la valeur sur le plan stratégique et au niveau de la distribution, en particulier en soutenant le développement aux États-Unis. « Malgré la croissance des actifs dans les cinq dernières années, ils n’ont pas touché au marché américain. Pourtant, il y a de très belles opportunités », note Sylvain Brosseau.
Les firmes indépendantes, l’économie et l’IA
Loin d’être pessimiste face au contexte actuel, Sylvain Brosseau brosse un tableau positif de le la gestion d’actifs indépendante au Canada en 2026. S’il note un retour de la consolidation dans l’industrie, il y voit avant tout un phénomène cyclique, lié à la maturité de certaines firmes, au vieillissement de leurs dirigeants et aux enjeux de relève ou de capacité financière pour racheter des actionnaires sortants.
« On revoit ce phénomène. On l’a déjà vu dans le passé », déclare-t-il.
Mais, lui-même voit se dessiner un autre mouvement. « Ce qu’on distingue un peu moins, parce que c’est sous le radar, ce sont de belles petites firmes portées par de jeunes entrepreneurs qui sont en train d’émerger. » Selon lui, ces acteurs pourraient être les gagnants de demain.
Dans ce contexte en mutation, Walter GAM se positionne comme un accompagnateur actif de ces firmes, tant sur le plan stratégique qu’opérationnel.
Sur le plan économique, malgré un contexte qu’il reconnaît incertain, les occasions demeurent nombreuses. « Nous attirons des gens qui ont bâti leur business, qui ont réussi, mais qui sont rendus à un moment de leur évolution où ils sentent qu’ils peuvent avoir davantage de croissance », explique-t-il.
Quant aux barrières à l’entrée — notamment la conformité, de plus en plus exigeante —, il relativise leur impact. « Oui, ce sont des éléments qu’il faut mettre en place, mais ce n’est pas ça qui va ralentir les entrepreneurs dans la construction de leur entreprise », affirme-t-il.
Même l’intelligence artificielle (IA) ne suscite pas d’inquiétude particulière. Il assure qu’aucune firme du portefeuille de Walter GAM ne serait menacée sur le plan concurrentiel par cette technologie. La réflexion porte plutôt sur la manière dont l’IA peut améliorer les opérations et les processus.
Walter GAM joue d’ailleurs un rôle de catalyseur en facilitant le partage d’expériences entre les entreprises de son réseau. « On a de beaux exemples, souligne Sylvain Brosseau. Souvent, on va dire : on a entendu ça, on l’a expérimenté, tu devrais l’essayer. »
Un futur ambitieux
Une fois de plus, Sylvain Brosseau a de grandes ambitions pour le futur de Walter GAM. Il souhaite voir la firme s’imposer comme un leader de la gestion de portefeuille, mais aussi comme un acteur innovant de l’industrie, notamment grâce à l’intégration de la technologie, et ce, pas seulement au pays.
Bien que la plateforme soit ancrée à Montréal, au Québec et au Canada, son empreinte est déjà bien internationale. « Présentement, nous avons des opérations indirectes dans 11 pays », rappelle-t-il.
Son objectif est clair : faire de Walter GAM un leader mondial, construit sur des bases canadiennes solides. Et comme à l’époque de Fiera Capital, les ambitions qui pouvaient autrefois sembler audacieuses paraissent aujourd’hui, après sept ans d’exécution, non plus démesurées, mais pleinement réalisables.