Un analyste utilise un ordinateur et un tableau de bord pour l’analyse des données commerciales et le système de gestion des données avec des KPI et des métriques connectés à la base de données pour la finance, les opérations, les ventes.
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L’essor des investissements liés à l’intelligence artificielle (IA) soutient la croissance économique, mais la dépendance croissante du secteur au crédit privé, combinée à l’incertitude entourant les rendements de ces investissements, fait peser un risque accru sur le système financier mondial, selon une étude de la Banque des règlements internationaux (BRI).

Dans un bulletin du personnel publié mercredi, des économistes de la BRI indiquent que les besoins d’investissement en forte croissance du secteur de l’IA ont poussé les entreprises à accroître leur recours au financement par emprunt, en particulier au crédit privé — « un virage qui ne se contente pas de remodeler les bilans des entreprises, mais qui soulève aussi d’importantes questions quant aux normes de crédit et à la stabilité financière ».

Les dépenses en puces électroniques, matériel, logiciels et construction de centres de données pour soutenir l’utilisation de l’IA sont devenues un moteur important de la croissance du PIB, souligne le rapport, et ces besoins d’investissement continuent de s’intensifier.

« Les prévisions des analystes indiquent que les dépenses annuelles consacrées aux seuls centres de données pourraient augmenter de 100 à 225 milliards de dollars US au cours des cinq prochaines années », précise le document.

Cette montée en puissance des besoins de financement a conduit l’industrie de l’IA à rechercher des sources externes de capitaux, comme les obligations de sociétés, mais le crédit privé s’est aussi imposé comme une source de financement en très forte croissance, note la BRI.

« La part des prêts de crédit privé accordés à des entreprises liées à l’IA est passée de moins de 1 % du volume total des prêts en circulation à près de 8 % », indique l’étude, qui estime que l’encours du crédit privé accordé aux entreprises d’IA pourrait atteindre entre 300 et 600 milliards de dollars US d’ici 2030.

« Cette dépendance accrue à l’endettement introduit des vulnérabilités pour l’ensemble du système financier », avertit le rapport.

Les entreprises d’IA affichant un levier financier plus élevé pourraient « amplifier les chocs et affecter la santé des intermédiaires financiers si les rendements attendus des investissements en IA ne se matérialisent pas », souligne l’étude.

« Cela soulève des inquiétudes quant au risque de contagion systémique, d’autant plus que les marchés du crédit privé — moins transparents — connaissent une croissance rapide et que l’écosystème de l’IA présente des mécanismes de financement circulaires », ajoute-t-elle.

À l’heure actuelle, les écarts de crédit observés sur le marché du crédit privé suggèrent que les prêts accordés aux entreprises d’IA sont évalués comme étant aussi risqués que d’autres prêts aux entreprises, note la BRI.

« Cette évaluation contraste fortement avec les valorisations élevées des actions des entreprises d’IA, qui supposent des rendements futurs exceptionnellement élevés », indique le rapport. « Ce décalage laisse entendre soit que les prêteurs sous-estiment les risques liés aux investissements en IA — alors même que leurs expositions augmentent fortement — soit que les marchés boursiers surestiment les flux de trésorerie futurs que l’IA pourrait générer. »

En définitive, l’avenir à long terme du boom de l’IA dépendra de la capacité de ces investissements à produire les résultats escomptés, conclut le document.

« Un échec à répondre aux attentes pourrait entraîner des corrections brutales tant sur les marchés boursiers que sur les marchés de la dette », prévient-il.

L’effondrement des investissements en IA pourrait également peser sur la croissance du PIB, ajoute la BRI — un phénomène typique à la fin des bulles d’investissement.

« Si un recul de l’investissement en IA s’accompagnait d’une correction boursière importante, les retombées négatives pourraient être plus marquées que ne le suggèrent les précédents cycles d’expansion », conclut le rapport, ajoutant que « bien que l’IA puisse offrir un soutien durable à la croissance économique, il reste à voir si ce potentiel se concrétisera ».