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L'endettement risque de plomber l'économie

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Le Canada se dirige vers un ralentissement économique certain avant 2020 et possiblement en 2017, selon Steve Keen, un économiste australien en vue.

Dans son dernier ouvrage, publié au printemps, Can we avoid another financial crisis ?, Steve Keen avertit que, tout comme l'Australie, le Canada a su se relever de la crise financière grâce à une croissance du crédit (3,8 %) plus élevée que la croissance du PIB (environ 2 %). Steve Keen considère que ce rythme ne peut tout simplement pas être maintenu et qu'une crise est à prévoir.

Pour lui, les problèmes viendront du côté des entreprises. La dette du secteur des entreprises canadiennes (sociétés financières exclues) représentait quelque 120 % du PIB à la fin de 2016, contre 90 % en 2010.

«La plupart de votre crédit des dernières années est venu du côté des entreprises, probablement en raison du boom dans les minéraux», indique Steve Keen en entrevue. Durant la même période, selon la Banque des règlements internationaux, l'endettement des sociétés non financières est passé, aux États-Unis, de 67 à 73 % du PIB. En moyenne, celui des pays du G20 est passé quant à lui de 84 à 95 %.

Avec la baisse de la demande de matières premières viendra nécessairement une contraction de la demande de crédit du côté des entreprises. Le processus est probablement déjà enclenché. Selon Statistique Canada, le ratio d'endettement (en proportion des capitaux propres) des entreprises non financières a commencé à diminuer depuis le premier trimestre de 2016.

Selon Steve Keen, les ménages, déjà très endettés, ne pourront pas prendre le relais. Même s'il envisage que le gouvernement puisse, «jusqu'à un certain point», remplacer un possible déficit de demande du secteur privé, il craint que ce ne soit pas suffisant et souligne que le ratio de dette gouvernementale a lui aussi augmenté au Canada, passant de quelque 53 % du PIB à 78 % entre 2007 et 2016.

Ce ratio est cependant inférieur à la moyenne du G20, qui était de 87 % l'année dernière. Aussi, selon Steve Keen, le gouvernement canadien demeure le seul rempart contre une crise, puisqu'il n'est pas contraint, à son avis, par une dette contractée dans sa propre monnaie.

Autrement dit, Steve Keen s'en remet à l'endettement de l'État pour contrer un désendettement du secteur privé. Ironiquement, Steve Keen prédit que le ralentissement économique à prévoir sera néanmoins mis sur le dos du déficit enregistré par le gouvernement fédéral de Justin Trudeau, alors que la voie à emprunter, selon lui, consiste justement en un soutien encore plus grand de la part du gouvernement à l'économie.

D'où viendra la demande ?

Benoit Durocher, économiste principal au Mouvement Desjardins, ne partage pas les conclusions de Steve Keen. Il voit pour sa part un potentiel dans un retour de la demande extérieure.

«L'hypothèse qu'on fait pour les prochaines années, c'est que le secteur extérieur avec une plus grande vitalité de la demande américaine et de la demande mondiale recommencera à contribuer à la croissance économique et prendra ainsi la relève d'une demande intérieure qui pourrait progresser moins rapidement», explique-t-il en entrevue.

Mathieu Lachance, gestionnaire de portefeuille chez Gestion Cristallin, ne rejette pas complètement la perspective que le Canada ne réussisse pas à contrer un ralentissement qui viendra avec une baisse de la demande de crédit.

«Les années 1970 ont été basées sur la productivité. À partir de 2000, on a eu davantage de croissance basée sur le crédit. Il va certainement falloir revenir à d'autres moteurs de croissance, comme l'éducation et l'augmentation de la productivité. De plus, démographiquement parlant, faire moins de deux enfants par famille, ça n'aide pas», note-t-il en entrevue. Il considère aussi que l'immigration pourrait être une source salvatrice de main-d'oeuvre qualifiée et de capitaux.

Cela dit, Benoit Durocher et Mathieu Lachance soulignent tous deux que l'environnement de faibles taux d'intérêt permet pour l'instant d'être relativement optimiste.

Mathieu Lachance voit néanmoins le potentiel de changements subits. «À court terme, c'est encore viable, mais le marché financier est très fragile.» Même s'il entrevoit des perspectives économiques qui ne «sont pas si mal», il croit que les banques centrales contribuent actuellement à un «faux sentiment de sécurité». Sur les marchés, il opterait pour «modérer ses mises».