Le vouvoiement est au cœur de l’actualité. Qu’on pense au retour du « vous » obligatoire entre étudiants et professeurs ou à la parodie du Bye Bye sur les employés des supermarchés Métro qui vouvoient les clients mais pas entre eux. Une caricature qui fait sourire, mais qui révèle surtout une dynamique relationnelle beaucoup plus profonde qu’on ne le pense.
Récemment, lors d’une entrevue à QUB radio, on m’a posé une question révélatrice : qu’est-ce que ça fait, réellement, de vouvoyer quelqu’un ?
Sans entrer dans le débat éducatif, cette discussion m’a amené à élargir la réflexion vers un terrain qui nous concerne tous : le vouvoiement dans le monde des affaires.
Diversité générationnelle
La première clé de compréhension est générationnelle. Les règles relationnelles n’ont pas la même signification selon l’époque dans laquelle on a grandi.
- Baby-boomers et Génération silencieuse : Le « vous » est la norme, un gage de sérieux et de respect.
- Génération X : La génération pivot, elle navigue entre les deux règles selon la personne/situation.
- Milléniaux, Gen Z et Alphas : Pour eux, le « vous » peut sonner faux ou créer une barrière. Le « tu » est le langage de la proximité, de l’inclusion égalitaire et de l’authenticité.
Ceci dit, même à l’intérieur d’une même génération, le vouvoiement prolongé peut créer un effet de distance. Il peut être élégant et respectueux au départ, mais s’il s’installe à long terme, il empêche parfois la relation d’évoluer. Dans un contexte social comme professionnel, le vouvoiement devient alors un « plafond » relationnel. On se parle, mais on ne se rapproche pas vraiment.
Avec nos clients, une règle simple permet d’éviter bien des malaises. On vouvoie les générations qui nous précèdent et on tutoie les générations plus jeunes. Un millénial qui vouvoie un boomer renforce la perception de respect attendue. Ce même millénial qui tutoie un autre millénial ou une personne de la génération Z crée un climat plus fluide, plus égalitaire et souvent plus engageant.
L’échelle de la proximité
Le vouvoiement et le tutoiement ne sont pas figés, ils évoluent avec la relation ou font évoluer la relation (la poule ou l’œuf à vous de voir selon le contexte !)
Une relation d’affaires commence souvent dans la formalité pour glisser vers la proximité à mesure que la confiance s’installe.
Une progression de la relation en utilisant la linguistique ressemble à ceci :
- Le sommet de la formalité : Madame/Monsieur + nom de famille & le « vous »
: Bonjour Madame Tremblay, comment allez-vous aujourd’hui ?
- L’entre-deux : Prénom & le « vous »
: Bonjour Suzanne, comment allez-vous aujourd’hui ?
(On retrouve ces structures linguistiques particulièrement dans le marketing)
- La politesse de proximité: Madame/Monsieur + prénom & le « tu »
: Bonjour Madame Suzanne, comment vas-tu aujourd’hui ?
(On retrouve ces structures linguistiques particulièrement dans les écoles)
- La complicité : Prénom & le « tu »
: Bonjour Suzanne, comment vas-tu aujourd’hui ?
Cette évolution n’est pas qu’une question de mots, elle marque une transformation de la relation, de la formalité à la connexion.
En affaires, le véritable enjeu n’est donc pas de choisir entre le « vous » ou le « tu » de façon rigide. Il s’agit de lire la relation, la génération et surtout l’intention relationnelle.
Je vois souvent des conseillers tutoyer un client de longue date alors que leur équipe (adjointes, réception) utilise plutôt le « vous » formel ou l’entre-deux. Ce décalage est sain : il permet de maintenir une structure professionnelle tout en soulignant la relation privilégiée qu’a le conseiller avec son client.
En conclusion
Au final, le choix entre le « tu » et le « vous » n’est pas une question de grammaire, mais d’intelligence émotionnelle. En tant que conseillers, votre rôle est de lire l’intention de l’autre. Le pronom idéal est celui qui met votre client à l’aise, sans jamais sacrifier la crédibilité. La clé ? Ne laissez pas le protocole devenir une barrière, mais utilisez-le comme un tremplin vers une relation d’affaires humaine et durable.
Que vous choisissiez le « vous » protocolaire sur LinkedIn, le « tu » décontracté sur Instagram ou sur Facebook, sachez que vos retours me font toujours un immense plaisir. Brisons ensemble le plafond relationnel : retrouvez-moi sur mes réseaux sociaux ou écrivez-moi par courriel pour poursuivre la conversation !