La réévaluation en cours du rôle des États-Unis et de leur place dans l’ordre mondial bouleverse également la valorisation des actifs et les allocations de portefeuille, selon le Mouvement Desjardins.
Dans un rapport récent, les analystes de Desjardins indiquent que les investisseurs revoient leurs expositions aux différentes catégories d’actifs dans le contexte actuel. « Il est difficile pour les actifs américains de jouer le rôle de valeur refuge lorsque la source de l’incertitude mondiale provient justement des États-Unis », souligne le rapport.
Dans ce contexte, « le revenu fixe peine davantage à couvrir le risque actions, et les investisseurs continuent de rechercher des liens — directs ou indirects — avec les matières premières afin de gérer la volatilité des portefeuilles, indiquent les auteurs. Ces ajustements relèvent moins d’un désengagement des États-Unis que d’une volonté de tirer parti de la nouvelle dynamique macroéconomique. »
Sur les marchés boursiers mondiaux, cette évolution devrait se traduire par une rotation hors des marchés américains, jugés « pleinement valorisés », vers d’autres marchés régionaux, dont le Canada, que Desjardins estime « bien positionné pour surperformer » et offrir des avantages de diversification.
« En raison de liens plus étroits avec les matières premières, la Bourse de Toronto a vu sa corrélation avec les autres grands indices boursiers diminuer », note le rapport, ajoutant que les actions canadiennes devraient continuer de bénéficier cette année de leur exposition aux ressources naturelles.
Desjardins prévoit un rendement de 12,5 % pour l’indice S&P/TSX cette année, un niveau supérieur aux attentes pour les actions américaines.
Cela dit, l’indice S&P 500 devrait tout de même afficher un rendement de 10,5 % cette année. Malgré des valorisations élevées, « les entreprises américaines continuent de présenter des marges supérieures et une discipline accrue en matière de coûts, ce qui offre une meilleure protection à la baisse lorsque la croissance ralentit », précise le rapport.
Du côté du revenu fixe, le rôle de cette catégorie d’actifs dans les portefeuilles est également en mutation.
« La hausse des taux d’intérêt a redonné aux obligations leur rôle de source de revenus, mais au prix d’une volatilité accrue. Les investisseurs ne peuvent plus compter sur le revenu fixe comme couverture stable contre le risque actions », indique le rapport.
« Une inflation élevée, et l’incertitude entourant l’inflation, est généralement associée à une corrélation positive entre les actions et les obligations, ainsi qu’à une volatilité accrue des obligations. L’environnement actuel évolue dans cette direction », ajoutent les analystes.
Dans ce contexte, la diversification à l’intérieur même de la catégorie du revenu fixe devient de plus en plus importante, alors que l’incertitude entourant l’orientation future de la politique monétaire s’intensifie.
« Les investisseurs sont actuellement surpondérés en titres de dette américains, mais cette situation devrait évoluer graduellement », avancent les auteurs du rapport.
Les obligations du gouvernement canadien « devraient tirer leur épingle du jeu dans cet environnement, en particulier à long terme », selon Desjardins, qui ajoute que les bons du Trésor américain à plus longue échéance devraient sous-performer les obligations gouvernementales canadiennes cette année.
Par ailleurs, la faiblesse persistante du dollar américain constitue un facteur de plus en plus déterminant pour les investisseurs.
« Investir dans des actifs américains sans couverture de change est devenu extrêmement risqué », prévient le rapport, puisqu’un dollar américain en baisse peut éroder les rendements des investisseurs étrangers une fois ceux-ci convertis dans une monnaie locale plus forte.
« Les investisseurs ne se détournent pas tant des États-Unis qu’ils ne réévaluent ce qui compte dans un monde marqué par les risques, conclut le rapport. Après des années de surpondération des actifs américains, les acteurs des marchés repensent leurs expositions dans ce que le premier ministre Mark Carney a qualifié de “nouvel ordre mondial” caractérisé par des alliances et des échanges commerciaux en mutation. »