Devant des risques géopolitiques qui s’intensifient, certains clients ont traditionnellement rééquilibré leurs portefeuilles pour réduire les menaces à la baisse des actions en s’orientant vers les marchés monétaires et les titres à revenu fixe, rappelle une récente étude de Banque Nationale Marchés financiers (BNMF). « Mais aujourd’hui, poursuit l’étude, la palette d’outils s’est élargie : les investisseurs se tournent vers des FNB basés sur des options, en particulier les stratégies “à tranche protégée” (buffer ETFs), qui leur permettent de rester investis tout en gérant l’éventail des issues possibles. »
Aux États-Unis, la croissance de ces fonds négociés en Bourse (FNB) est explosive. Les actifs sous gestion (ASG) y sont passés de 5,0 milliards de dollars américains (G $US) à la fin de 2019 à environ 245 G $US à la fin de 2025, indique une étude de S&P Dow Jones Indices (SPDJI) diffusée en février 2026, passant d’un statut de niche à une avenue très passante. Dans cet ASG, les FNB à tranche protégée se découpent une part de 37 %.
Au Canada, la part des FNB à tranche protégée est très modeste encore, s’élevant à seulement 460 millions de dollars (M$) en ASG, ce qui représente 1,1 % de la totalité des FNB qui recourent à des stratégies d’options, selon BNMF. Deux fournisseurs se partagent ce marché : BMO Gestion mondiale d’actifs et First Trust. Cependant, l’adoption s’accélère : 230 M$ ont pris le chemin de ce type de fonds en 2025 seulement, soit la moitié de l’ASG total.
Promesses tenues
Les FNB à tranche protégée recourent à des options pour, d’un côté, limiter les gains à la hausse, souvent jusqu’à un maximum de 10 %, de l’autre, amortir la première tranche de pertes, proposant en général un « coussin » de 10 % à 15 %, selon le FNB. Le plus souvent, ces produits sont d’une durée d’un an et se réinitialisent automatiquement à échéance. Le plafond et l’amortisseur sont plus précis pour les investisseurs qui entrent en position près du début de la période de performance, plutôt qu’en cours de période, et qui conservent leur position jusqu’à la fin.
L’étude de SPDJI montre qu’aux États-Unis les Buffer ETFs livrent des performances à la mesure de leurs promesses. Pour diverses périodes d’un an, SPDJI compare quatre « indices Buffer » que la société a mis au point, ces indices ayant un « coussin » de 10 % et arrivant à terme par tranches trimestrielles correspondant aux échéances typiques des marchés d’options (mars, juin, septembre et décembre).
SPDJI rappelle les attentes théoriques qu’on peut entretenir à l’endroit des FNB à tranche protégée. Pendant les années marquées par des hausses modestes ou de légères baisses du marché, les indices Buffer devraient suivre la performance du S&P 500 en cas de hausse, ou théoriquement préserver le capital en cas de baisse du S&P 500. En période de chutes extrêmes des marchés, ces indices sont conçus pour surperformer, même s’ils peuvent également afficher une performance négative. À l’inverse, à cause du plafonnement des rendements, ils peuvent afficher une performance modérément bonne en termes absolus, mais médiocre en termes relatifs, pendant les périodes de forte hausse du marché.
SPDJI procède à faire plusieurs comparaisons historiques. D’abord, en recourant à une reconstruction à rebours qui établit que le niveau d’exercice des options d’achat sur l’indice
S&P 500 a été de 15,2 % de juin 2011 à décembre 2025, l’analyse constate que les indices Buffer auraient égalé la performance moyenne de 8,8 % du S&P 500 pour chaque période d’un an, ou lui aurait été supérieure pour plus de la moitié des périodes annuelles.
SPDJI fait d’autres comparaisons avec l’indice S&P 500 pour évaluer la résistance à la baisse de la moyenne des indices buffer. Dans la période de février à mars 2020, quand le S&P 500 TR a cédé 33,8 %, les indices buffer ont en moyenne chuté de 22,4 %. Dans la baisse de janvier à octobre 2022, contre le recul de -24,5 % du S&P 500, les indices buffer ont cédé seulement de -12,2 %. La résistance des indices buffer s’est répétée dans la baisse de février à avril 2025 : -18,7 % pour le S&P 500, -13,8 % pour les indices buffer.
« L’histoire récente nous montre à quel point ces stratégies peuvent être efficaces, écrit BNMF dans une note. De plus, ces FNB constituent des solutions transparentes, liquides et faciles d’accès, qui représentent une alternative aux produits structurés pour les conseillers ou les investisseurs autonomes souhaitant obtenir des résultats définis à l’avance. Ils peuvent même contribuer à améliorer le comportement des investisseurs lors des replis de marché (par exemple en réduisant la tentation de diminuer le risque au mauvais moment). »
Conseils et mises en garde
BNMF met de l’avant quelques précautions à l’endroit des investisseurs.
- Le plafond à la hausse et la marge de sécurité à la baisse d’un FNB à tranche protégée s’appliquent tous deux au prix de l’actif sous-jacent seulement à la date de réinitialisation du fonds. La marge de protection n’intervient que lorsque l’actif de référence a cédé la totalité de ses gains.
- Les investisseurs potentiels doivent toujours vérifier la marge de protection restante avant d’investir. Si le FNB a déjà absorbé des pertes substantielles, il se peut qu’il ne lui reste qu’une marge de protection limitée pour se prémunir contre de nouvelles baisses de marché. Pour bénéficier d’une protection suffisante, les investisseurs devraient envisager de prendre position après la prochaine réinitialisation, ou opter pour un autre FNB disposant d’une marge de protection restante plus importante.
- Les émetteurs de FNB affichent sur leur site web des informations détaillées sur les métriques quotidiennes de leurs fonds : marge de protection résiduelle avant le seuil de protection, marge résiduelle, délai avant la réinitialisation. Les investisseurs devraient les consulter avant de faire leur choix.
Dans un podcast de Rational Reminder, PWL Capital reconnaît que, dans le cas par exemple du FNB BMO d’actions américaines avec tranche protégée – janvier (ZJAN)), celui-ci a très clairement effectué son travail de limiter les pertes et plafonner les gains. Cependant, ils qualifient quand même le secteur dans son ensemble de « gadoue » (slop), jugeant que ces produits « peuvent être dangereux, probablement malfaisants, et profitables… pour leurs émetteurs (…) parce qu’ils jouent sur les craintes et les biais des investisseurs ».
Citant une étude du Journal of portfolio management, PWL considère que les options utilisées pour structurer le rendement des FNB à tranche protégée « peuvent s’avérer trop coûteuses ; les coûts de transaction liés aux options peuvent être élevés, et les frais de gestion peuvent être nettement plus élevés que ceux facturés dans le cadre d’un fonds passif visant à reproduire l’indice de référence ».
PWL fait ressortir qu’il existe de meilleures options à faible coût, par exemple « simplement mêler des actions avec de l’encaisse peut généralement mieux faire que des FNB buffer, même dans des baisses de marché. »