Même si les séries FNB de fonds communs de placement restent imparfaites pour les clients, elles constituent une bonne occasion pour les émetteurs de fonds de profiter de la croissance du secteur des fonds négociés en Bourse (FNB) sans nuire à leurs activités en fonds communs de placement (FCP).
C’est ce qu’on apprend dans une note à des clients Banque Nationale Marchés financiers de novembre dernier. Un FNB est un fonds d’investissement indépendant alors que la série FNB est une catégorie de titres cotés sur une Bourse offerte par un FCP traditionnel.
« Le cadre réglementaire unifié du Canada et ses faibles barrières à l’entrée ont permis aux séries de FNB de doubler en nombre et de quadrupler leurs actifs depuis 2020, dépassant ainsi la croissance des FNB autonomes », lit-on dans la note de BNMF.
Ainsi, le nombre de séries de FNB est passé de 144 en 2020 à 346 en septembre 2025. Durant la même période, les actifs sous gestion sont passés de 11 milliards de dollars (G$) à 43 G$, selon BNMF. « La part des actifs totaux des FNB représentée par les séries de FNB est ainsi passée de 4 % à 7 %, ce qui signifie que les séries de FNB ont connu une croissance plus rapide que les FNB autonomes », lit-on dans l’étude de BNMF.
Cette croissance est survenue sans qu’il soit généralement permis pour les investisseurs d’échanger leur part d’un FCP d’une série quelconque pour une série FNB du même fonds. Avec ses 13,6 G$ en actifs en série FNB et ses 65 fonds, à la fin de septembre 2025, Purpose était le manufacturier le plus important dans ce sous-secteur, suivi de BMO (10,1 G$ et 18 fonds).
Cette prolifération s’explique par divers facteurs. D’abord, les émetteurs de fonds ont profité de cette option pour offrir une série FNB d’un FCP existant attrayant pour les clients, ces derniers étant souvent des fonds gérés activement. Les manufacturiers se retrouvaient ainsi à surfer sur une vague de fond. « Au Canada, les FNB à gestion active représentent environ 34 % de l’actif total des FNB, et leurs entrées nettes comptent pour 54 % des flux totaux vers les FNB entre janvier et septembre 2025 », indique BNMF.
La popularité des FNB, leur facilité d’utilisation et le virage vers le conseil à honoraires figurent également aux facteurs favorables à l’essor des séries FNB. Autre vent de dos : les FCP qui ont ajouté leur propre série de FNB enregistrent généralement des entrées nettes dans leurs séries de fonds communs, ce qui indique que les structures à catégories multiples ne freinent pas nécessairement la croissance globale des actifs.
« L’ajout de séries de FNB a fait croître les actifs globaux des familles de fonds, la plupart des fonds enregistrant des entrées nettes et une bonne résilience, même durant les périodes de sorties de capitaux à l’échelle de l’industrie. Les inquiétudes liées à une cannibalisation sont généralement infondées », résume BNMF.
En outre, les séries FNB sont davantage compatibles avec la conception de fonds de fonds, que ce soient des FNB qui en détiennent d’autres ou des FCP qui ont des FNB comme actif sous-jacent.
Pour et contre
Les séries de FNB offrent une simplicité opérationnelle, des économies de coûts pour les émetteurs de fonds et l’héritage de l’historique de performance d’un fonds. Or, elles font face à des défis tels que des coûts plus élevés, une mutualisation de gain en capital ainsi qu’une part plus importante de leur actif en liquidité, ce qui peut nuire à leur compétitivité, souligne BNMF. Examinons ces éléments davantage.
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- Simplicité opérationnelle et économies de coûts : les séries de FNB peuvent utiliser la même infrastructure opérationnelle (déclaration, comptabilité et conformité) que les fonds communs de placement, ce qui permet aux émetteurs de fonds de réduire les coûts opérationnels. Au Canada, les fonds communs et les FNB sont réglementés sous le même cadre, soit le Règlement 81-102.
- Faibles barrières à l’entrée : la structure de série de FNB peut réduire les besoins en capital d’amorçage (seed capital) pour certaines stratégies. « Par exemple, certains portefeuilles de FNB obligataires doivent détenir des centaines de titres. Une série de FNB peut tirer parti de la taille du portefeuille de fonds commun existant afin d’offrir efficacement ce type de diversification difficile à reproduire », écrit BNMF.
- Économies d’échelle : une série de FNB ayant un actif sous gestion modeste peut tirer parti de l’actif plus important du fonds commun pour réduire les coûts fixes par unité et bénéficier d’une meilleure exécution des transactions sur l’ensemble des actifs, comparativement à un FNB autonome ayant un actif similaire et limité, souligne BNMF.
- Frein de rendement lié aux liquidités (« cash drag »): les FCP détiennent généralement une part non négligeable de liquidités afin de répondre aux demandes de rachat des investisseurs. « Par conséquent, si la détention de liquidités ne fait pas partie de la stratégie du fonds, une série de FNB ne peut pas être aussi pleinement investie qu’un FNB indépendant ayant le même mandat. Ceci peut diluer les rendements pour les détenteurs de la série de FNB », note BNMF.
- Partage des gains en capital : Lorsqu’un FCP comporte une série FNB, les gains en capital réalisés à la suite de rachats dans les séries de fonds communs peuvent être attribués aux détenteurs de la série de FNB, et inversement. Cela peut entraîner des conséquences fiscales inattendues entre les différentes séries d’investisseurs.
« Au Canada, étant donné que les séries de FNB sont généralement créées et rachetées en espèces, une subvention croisée peut se produire dans les deux sens. Toutefois, les reports prospectifs de pertes en capital sont également partagés entre les séries de FNB et les séries de fonds communs », précise le rapport de BNMF.
- Partage des coûts de transaction : Lorsqu’un investisseur achète des parts d’un fonds commun ou les rachète, l’émetteur du fonds doit acheter ou vendre des titres dans le portefeuille. Les coûts associés à ces transactions sont supportés par le fonds et répartis entre tous les porteurs de parts, y compris les détenteurs de séries FNB, selon BNMF.
Les FNB autonomes fonctionnent différemment. Les créations et rachats de parts se font généralement par échange de paniers de titres (in-kind), ce qui permet d’externaliser ces coûts à ceux qui effectuent une transaction et non à l’ensemble des détenteurs de titres. C’est l’un des avantages structurels des FNB par rapport aux FCP, surtout pour les clients qui détiennent un FNB à long terme. Ces derniers ne sont pas touchés par les coûts de transaction des autres investisseurs et, ainsi, leur rendement n’en souffre pas.
« Un FNB ne pouvant pas externaliser tous les coûts de transactions en raison du partage des actifs avec une structure de fonds différente prive les investisseurs de l’un des principaux avantages des FNB », lit-on dans une récente note de Valeurs mobilières TD.
Cette mutualisation des coûts pour la série FNB d’un FCP expose les clients au risque d’importants mouvements d’entrée et de sortie, ce qui peut réduire le rendement de la série FNB. Cela peut également entraîner des conséquences fiscales pour tous les détenteurs de parts de FCP.
- Frais de gestion plus élevés : Au Canada, les séries de FNB coûtent généralement à peu près autant que les séries F des FCP, en raison des orientations réglementaires. « Certains fournisseurs canadiens ont réduit les frais de leurs fonds communs avant de lancer une série de FNB, ou encore lancé des FNB autonomes à plus faibles frais afin d’attirer les investisseurs sensibles aux coûts », soutient BNMF.