Après une année 2025 marquée par les tensions commerciales, un marché de l’emploi fragilisé et un net ralentissement des investissements, l’économie canadienne amorce 2026 dans une posture plus résiliente que prévu. Selon les perspectives économiques 2026 de Vanguard Investments Canada, plusieurs facteurs structurels et conjoncturels convergent désormais vers un scénario de rebond modéré, mais plus robuste qu’anticipé par le consensus.
Dans cette analyse, Ashish Dewan, stratège senior en investissement chez Vanguard Investments Canada, souligne que le Canada bénéficie d’un positionnement commercial relativement favorable. « Le pays affiche l’un des taux tarifaires effectifs les plus bas parmi les partenaires commerciaux des États-Unis », note-t-il, ce qui pourrait permettre aux entreprises canadiennes de gagner des parts de marché à mesure que les chaînes d’approvisionnement mondiales se normalisent.
Un contexte mondial plus porteur
Le redressement attendu de l’économie américaine constitue l’un des principaux moteurs de ce regain d’optimisme. Vanguard anticipe une croissance du PIB réel des États-Unis d’environ 2,25 % en 2026, avec une probabilité significative de voir l’économie américaine atteindre un rythme de 3 % dans les années suivantes. Une projection supérieure aux prévisions consensuelles et à celles des banques centrales.
Cette dynamique est notamment soutenue par l’accélération des investissements en capital liés à l’intelligence artificielle et par des politiques budgétaires expansionnistes au sud de la frontière. Pour le Canada, cet environnement devrait se traduire par un soutien accru aux exportations, après une période où les craintes liées à la croissance mondiale avaient freiné l’investissement des entreprises.
Canada : croissance modérée, mais plus résiliente
Dans ce contexte, Vanguard prévoit une croissance du PIB réel canadien d’environ 1,6 % en 2026. Cette performance reposerait sur plusieurs piliers :
- la résilience de la consommation,
- l’amélioration graduelle du marché du travail,
- les mesures de soutien budgétaire,
- une position commerciale concurrentielle
- et une combinaison de politiques publiques jugées favorables.
Les données révisées du PIB pour 2023 et 2024 renforcent cette lecture plus optimiste. Ces révisions à la hausse, attribuables à une consommation et à des investissements des entreprises plus solides qu’estimés initialement, ont contribué à améliorer les perspectives de productivité et à réduire l’ampleur de la capacité excédentaire dans l’économie canadienne.
Cela dit, la croissance observée au troisième trimestre de 2025, un rythme annualisé de 2,6 %, demeure en partie trompeuse. Elle a été largement alimentée par la baisse des importations et par une hausse des dépenses publiques, notamment dans le secteur de la défense, plutôt que par une reprise généralisée de la demande intérieure.
Politique monétaire : la prudence s’impose
Sur le front monétaire, la Banque du Canada a choisi de maintenir son taux directeur à 2,25 % lors de sa réunion du 10 décembre, le situant dans la partie inférieure de la fourchette neutre estimative. Cette décision reflète plusieurs signaux jugés encourageants, dont la baisse récente du taux de chômage et la vigueur relative du PIB.
Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, a indiqué que le taux actuel se situe « à peu près au bon niveau pour maintenir l’inflation près de 2 % tout en aidant l’économie pendant cette période d’ajustement structurel ».
Selon Vanguard, la réduction progressive de la capacité excédentaire et l’amélioration de la productivité incitent toutefois la banque centrale à la prudence. Un assouplissement trop rapide pourrait raviver les pressions inflationnistes dans une économie qui se rapproche de son plein potentiel.
Inflation sous surveillance
L’inflation globale devrait demeurer volatile en 2026, en raison des fluctuations des prix de l’énergie et des aliments, ainsi que des effets de base liés à certaines mesures fiscales temporaires. En revanche, l’inflation de base devrait rester ancrée autour de 2,5 %, ce qui laisserait à la Banque du Canada une marge de manœuvre pour maintenir une politique monétaire accommodante sans compromettre la stabilité des prix.
Plusieurs facteurs désinflationnistes sont à l’œuvre, notamment le ralentissement de la croissance démographique, qui allège la pression sur le marché du logement, ainsi que la résilience du dollar canadien, qui contribue à contenir le coût des importations.
Marché du travail : un redressement inégal
Le marché de l’emploi canadien montre des signes d’amélioration, avec un taux de chômage passé de 6,9 % à 6,5 % en novembre. Cette baisse s’explique toutefois en grande partie par une hausse de l’emploi à temps partiel et par un recul du taux de participation à la population active.
En 2025, le Canada a créé environ 325 000 emplois, mais cette croissance a été inégale, concentrée dans la deuxième moitié de l’année et dans certains secteurs, comme les soins de santé, l’aide sociale et les services alimentaires. Le chômage de longue durée demeure élevé, en particulier chez les jeunes, malgré un léger resserrement des conditions vers la fin de l’année.
Vanguard s’attend néanmoins à une amélioration graduelle du marché du travail en 2026, à mesure que l’incertitude commerciale s’estompe et que la consommation soutient la croissance des salaires réels. Le taux de chômage pourrait ainsi reculer vers 6,2 % d’ici la fin de l’année.