La gestionnaire ceinture noire
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Mary Hagerman n’avait jamais parlé de sa pratique des arts martiaux et de la méditation jusqu’à ce qu’elle obtienne son deuxième dan de karaté en 2013. Ce jour-là, elle a décidé d’afficher son diplôme dans son bureau.

«Les gens étaient impressionnés, se remémore-t-elle. Plusieurs m’ont dit :  » Tu devrais le faire savoir à tes clients. Ça montrerait que tu as de la discipline, du focus, de la persévérance.  » J’ai modifié tout mon marketing à partir de ce moment-là.» Elle vient de publier un livre qui rassemble toutes ses passions : L’investisseur ceinture noire – un guide inspiré des arts martiaux pour se sentir riche et bien dans sa peau.

Une troisième particularité distingue cette gestionnaire de portefeuille et conseillère en placement chez Desjardins Gestion de patrimoine Valeurs mobilières : elle travaille presque exclusivement avec des fonds négociés en Bourse (FNB). «Je ne refuse pas par principe d’avoir recours à des fonds communs, précise-t-elle, mais à ce moment-ci, mes clients en gestion discrétionnaire sont à 100 % investis en FNB.» Son actif sous gestion s’élève à 200 M$, réparti entre 300 clients à qui elle demande en général un investissement minimal de 500 000 $.

Elle a commencé à recourir à la pièce aux FNB vers 2005 en utilisant des fonds d’indices dominants comme le S&P/TSX et le S&P 500. Puis, la crise financière a marqué un point tournant.

«On a constaté que très peu de gestionnaires actifs avaient réussi à conserver le capital des investisseurs mieux que les indices. Leur résistance à la baisse a été inférieure à celle des indices, leurs gains à la hausse aussi. C’était très frustrant. C’est là que j’ai décidé de travailler avec les FNB pour être sûre de faire au moins aussi bien que les indices. À partir de 2012, je suis passée totalement du côté des FNB.»

Puis, en 2015, le Standard & Poor’s Dow Jones Indices Versus Active (SPIVA) a donné le coup de grâce aux fonds communs. Le rapport indiquait que sur une période de 10 ans, 82 % des gestionnaires de grande capitalisation et 88 % des gestionnaires de moyenne et de petite capitalisation avaient échoué à mieux performer que leurs indices de référence.

Gérer les émotions

La philosophie d’investissement de Mary Hagerman demande «un rendement juste pour le niveau de risque avec lequel le client est à l’aise, dit-elle. On ne veut pas prendre un supplément de risque. Nos portefeuilles ont une bonne performance, mais sans être dans le premier quartile. Les fonds qui s’y retrouvent le font en général au prix d’un risque plus élevé».

Les frais de gestion occupent une place centrale dans les facteurs motivant ses choix de fonds. Elle tente de les tenir le plus bas possible et rappelle qu’ils augmentent quand on a recours à des FNB à bêta judicieux. «Plus un FNB ajoute des filtres dans la sélection de titres, plus ses frais augmentent. Il faut que le rendement le justifie.» Le bêta judicieux occupe une part de 20 % à 25 % de son actif total sous gestion.

La philosophie d’investissement de Mary Hagerman, on s’en doute, embrasse plus large que les FNB. Sa pratique du karaté et de la méditation l’amène à donner une attention toute particulière à la discipline et à l’émotion.

«On veut un processus rigoureux de gestion et écarter le plus possible l’élément émotif du processus de placement, affirme-t-elle. Car l’émotion n’ajoute rien à la performance.» Ce sont des impératifs auxquels les FNB correspondent très bien : nul besoin de se soucier des décisions irrationnelles ou intempestives du gestionnaire d’un fonds commun, ni des raisons qui peuvent le conduire à dériver de son mandat de base.

Centre et périphérie

L’actif de Mary Hagerman est réparti entre quatre portefeuilles modèles : prudent, équilibré, croissance et croissance dynamique. Au coeur de ces portefeuilles se trouvent les FNB à large portée, par exemple au Canada le XIC (iShares Core S&P/TSX Capped Composite Index). Aux États-Unis, dit-elle, «j’aime avoir une exposition au marché large avec le VUN (Vanguard Total Market Index), un fonds avec lequel on peut avoir une couverture de change». Pour les obligations, elle fait appel au XBB (iShares Canadian Universe Bond Index).

Pour les titres internationaux, elle a recours au ZDM (BMO MSCI EAFE couvert en dollars canadiens). Quand elle va dans les marchés émergents, elle achète le XMM (iShares Edge MSCI Min Vol Emerging Markets Index). Évidemment, ces positions de base varient selon chaque type de portefeuille. Par exemple, le ZDM occupera une plus grande part dans le portefeuille croissance que dans le prudent.

Autour des positions de base prennent place des fonds sectoriels qui, souvent, affichent une part de gestion active. De ce côté, Mary Hagerman affectionne plus particulièrement les FNB de State Street, notamment pour le secteur des technologies, le XLK (Technology Select Sector SPDR) ; pour les financières, le XLF (Financial Select Sector SPDR) ; pour les industrielles, le XLI (Industrial Select Sector SPDR). Pour les obligations, elle privilégie les titres de sociétés à plus haut rendement comme le FSL (First Trust Senior Loan Index).

Mary Hagerman ne veut pas dévoiler les rendements de ses portefeuilles. «On arrive à battre les indices de référence assez souvent, surtout aux États-Unis. Tout tient à notre répartition d’actifs dans les secteurs», dit toutefois celle qui préfère les placements à faible volatilité.

Dans les marchés canadien et étrangers l’an dernier, elle a affiché des rendements semblables aux grands indices de référence. Elle tient à rappeler que «peu de gens se rendent compte de l’importance de coller aux indices, surtout quand on considère que plus de 80 % des gestionnaires ne font même pas le rendement de l’indice».

La période qui a entouré les dernières élections américaines illustre bien son approche. Avant l’élection, elle avait conservé davantage d’encaisse dans l’attente des résultats, prévoyant acheter dans le cas d’une victoire de Hillary Clinton, et de vendre si Donald Trump l’emportait. Mais la montée des marchés l’a obligée à corriger le tir : elle a acheté dans les financières et tout particulièrement dans les industrielles pour avoir une exposition aux sous-secteurs de la défense et des infrastructures. «Il nous arrive d’acheter d’abord un grand indice de marché, puis d’en sortir pour surpondérer ou sous-pondérer des secteurs.»

Le livre que Mary Hagerman vient de publier est au centre de ses relations avec les clients. Elle les a tous invités au lancement et, à partir de la fête des Mères, elle en diffusera un chapitre à la fois sur son site Web pour mettre en vedette un thème de son choix : discipline, méditation, techniques d’investissement, philanthropie. Leur lecture sera accessible au public, toutefois les exercices liés aux chapitres seront réservés aux clients et à leurs enfants.

Pourquoi la fête des Mères ? «Parce que je parle de ma fille – qui m’a suivie en karaté et qui détient aussi une ceinture noire.»