« Les fonds négociés en Bourse (FNB) sont devenus l’instrument par défaut des conseillers pour élaborer des portefeuilles au Canada », affirme Laurent Boukobza, vice-président et stratège FNB chez Placements Mackenzie, dont la firme vient de publier un rapport intitulé Perspectives des FNB pour 2026.
Les chiffres confirment cette assertion. Atteignant 714 milliards de dollars (G$) à la fin de 2025, l’actif total des FNB canadiens a augmenté de 37,6 % en 2025, soit à un rythme supérieur au taux de croissance annuel composé de 23 % dans la dernière décennie. Certes, avec un actif total s’élevant à 2528 G$ à la fin de 2025, selon les statistiques de l’Association des marchés de valeurs et des investissements (AMVI, précédemment IFIC), les fonds communs de placement (FCP) gardent encore le haut du pavé sur le plan des actifs détenus. Mais depuis 2022, autant la croissance que l’intérêt ont définitivement basculé du côté des FNB.
Après avoir connu des rachats nets de 44 G$ et 56 G$ en 2022 et 2023, les ventes nettes de FCP sont devenues positives à nouveau, atteignant 15 G$ en 2024, puis 40,5 G$ en 2025. Pendant tout ce temps, les créations nettes de FNB n’ont jamais fléchi : 36 G$ en 2022, 37 G$ en 2023,75 G$ en 2024. En 2025, selon l’analyse de Banque Nationale du Canada Marchés financiers, elles ont bondi de 166 % : 125 G$, l’actif total sous gestion grimpant de 195 % à 714 G$.
La nouvelle réalité des FNB se décline en trois développements de fond, selon Placements Mackenzie : le retour, via les FNB, de la gestion active traditionnelle ; l’accès à des stratégies systématiques (factorielles qui privilégient la qualité, la valeur, la croissance, le momentum ou la faible volatilité) ; l’émergence des fonds alternatifs liquides.
Montée en flèche de la gestion active
À la fin de 2025, l’actif sous gestion dans les FNB à gestion active était passé à 217 G$ et représentait 28 % de l’actif total. En 2015, la part des FNB à gestion active était de 14 %, mais n’accaparait que 12 G$ des actifs. Laurent Boukobza caractérise comme gestion active « tout ce qui n’est pas indiciel ». Dans sa forme la plus accomplie, la gestion active est la même, qu’il s’agisse d’un FNB ou d’un FCP : sélection de titres, orientation stratégique, variation de l’allocation, etc.
Cependant, souligne-t-il, « on peut être très actif avec du passif ». Il donne l’exemple d’un fonds de fonds chez Mackenzie composé de huit fonds indiciels, mais où un gestionnaire fait une allocation active en s’appuyant sur de la gestion algorithmique et de l’analyse de marché par une intelligence artificielle (IA).
L’attrait de la gestion active répond au désir, de la part des conseillers, « de combiner l’analyse active avec la liquidité et l’efficacité des FNB, écrit Mackenzie. La distinction entre “gestion active” et “FNB” s’estompe (…) permettant aux conseillers de s’appuyer sur la même prise de décision basée sur la conviction et la recherche fondamentale qu’offraient auparavant uniquement les fonds communs de placement. »
Selon Mackenzie, ce déplacement vers la gestion active sera renforcé par la phase 3 du Modèle de relation client-conseiller (MRCC 3) qui porte sur la divulgation du coût total des fonds. Celui-ci « devrait procurer une plus grande transparence quant aux frais et permettre de mieux comparer les coûts de l’ensemble des produits de placement. » Pour les conseillers canadiens, « cet élan est l’occasion de différencier leur proposition de valeur en tirant parti des FNB à gestion active pour exprimer des points de vue stratégiques et tactiques, gérer le risque et démontrer leur expertise en construction de portefeuille ».
Imbrication des stratégies systématiques
On appelle « systématiques » les stratégies qui recourent à la notion de « facteur » comme la valeur, la croissance, la qualité, le momentum ou la volatilité.
« Les stratégies systématiques et fondées sur des facteurs deviennent discrètement l’épine dorsale des portefeuilles FNB modernes, affirme l’étude de Mackenzie. En 2026, on ne se demandera plus s’il faut utiliser des facteurs, mais comment les intégrer au mieux. L’objectif n’est pas de remplacer la gestion active, mais de la combiner avec des expositions rigoureuses et basées sur des règles qui renforcent la cohérence à long terme. »
Avec une volatilité élevée, on constate que l’information est intégrée de plus en plus rapidement, rappelle Laurent Boukobza : « On voit que différents facteurs peuvent s’appliquer à différents régimes de marché et qu’on peut en faire une rotation systématique pour ajuster le style de gestion au régime de marché en force. Le processus systématique, qui fait appel à des processus testés à travers le temps, permet la reproduction des rendements. »
Émergence de l’alternatif
Une catégorie plus jeune encore que les FNB, les fonds alternatifs liquides ont rapidement percé dans le paysage des FCP. À présent, leur déplacement vers les FNB est plus fulgurant encore. Ici, on parle de stratégies qui se caractérisent par le recours à du levier financier, à de la vente à découvert, à des instruments dérivés, surtout des options. Laurent Boukobza identifie les catégories suivantes comme appartenant aux « alternatifs liquides » : actions en position acheteur/vendeur, revenu fixe en position acheteur/vendeur, actions inversées, actions à levier, revenu fixe à levier.
Valeurs mobilières TD comptait 277 FNB de type alternatif liquides au Canada lesquels cumulent 22,9 G$ en actifs sous gestion, soit 3,2 % de l’actif en FNB canadien à la fin de décembre 2025. L’année dernière, ces fonds ont capté 7,2 G$ en créations nettes, soit 6 % des créations nettes annuelles. Les FNB alternatifs liquides ont ainsi dépassé l’actif en FNB axés sur les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), qui s’établissait à 21,3 G$ à la fin de 2025 et dont les créations nettes s’établissaient à 1,47 G$ selon VMTD.
« Les conseillers peuvent désormais intégrer des placements non traditionnels liquides directement dans les portefeuilles afin d’atteindre un éventail plus large d’objectifs, écrit Mackenzie, notamment la gestion de la volatilité, la production de revenus et l’amélioration des rendements d’un portefeuille grâce à des stratégies d’extension d’alpha. »
Laurent Boukobza donne l’exemple d’un fonds alternatif liquide de Mackenzie, le Fonds américain d’extension d’alpha Mackenzie GQE, qui a recours à un peu de levier et à la vente à découvert, et qui réplique le fonds institutionnel Quantative US Core Extended Strategy, également de Mackenzie Le premier fonds n’a pas encore un an de parcours, par contre le fonds institutionnel, lancé en août 2020, affiche depuis sa création une surperformance annuelle de 310 points de base par rapport à l’indice S&P 500.