Les titres de télécommunication canadiens se heurtent à des difficultés de réglementation qui ont contribué à leur performance médiocre et qui ont assombri leurs perspectives. Malgré cela, les géants des télécoms BCE, Telus et Rogers Communications devraient attirer l’attention des investisseurs à la recherche d’une croissance des dividendes.

 

La dernière salve contre les trois grandes compagnies de télécom canadiennes, qui contrôlent environ 91 % du marché sans fil et dont les actions ont peiné à se maintenir par rapport à l’Indice composé S&P/TSX en 2013, a été tirée lors du budget fédéral du 12 février. Le ministre des finances Jim Flaherty a alors annoncé la mise en place d’une législation visant à plafonner les taux d’itinérance imposés aux consommateurs et à exiger des pénalités aux sociétés qui enfreignent ces exigences réglementaires.

Cela venait confirmer une annonce antérieure du 18 décembre, signalant l’intention du gouvernement de limiter les frais d’accès au réseau exigés par les trois grandes compagnies aux petites entreprises concurrentes. À l’heure actuelle, ces frais sont souvent beaucoup plus élevés que ceux exigés par les trois grandes compagnies canadiennes à leurs propres clients.

L’intention manifestée par Ottawa de plafonner les tarifs des services sans fil fait suite à une initiative manquée l’année dernière de séduire le géant américain Verizon Communications Inc. (VZ/NYS). En rachetant les petits fournisseurs de services sans fil Wind et Mobilicity, Verizon aurait pu faire directement concurrence aux trois grandes sociétés canadiennes au Canada.

Malgré l’annonce faite par Verizon le 15 août selon laquelle la société ne chercherait pas à entrer dans le marché immédiatement, Ottawa avait continué de mener une campagne publicitaire active visant à stimuler la concurrence dans le secteur du sans fil, en diffusant des annonces radiophoniques et télévisées jusqu’à la fin de 2013.

BCE est la 11e plus grande compagnie au Canada, avec une capitalisation boursière de 36 G$. Les facteurs qui la rendent attrayante aux yeux des investisseurs axés sur le revenu sont un dividende prévu de 5,3 %, une croissance annualisée du dividende de 19 % au cours des cinq dernières années et un bêta avoisinant zéro.

Les évaluations de BCE sont semblables à celles du marché et parfois moins bonnes, et les facteurs soi-disant générateurs d’alpha (bénéfices inattendus, élan des bénéfices trimestriels et révision des estimations des analystes) sont ternes dans le meilleur des cas.

De plus, un examen de l’historique des évaluations de BCE révèle qu’avec un ratio cours-valeur comptable actuel d’à peine plus de trois, la seule période au cours des 32 dernières années durant laquelle BCE était plus dispendieuse qu’elle l’est en ce moment était entre 1998 et 2000. Outre le fait qu’elle offre un dividende assuré, il ne semble y avoir aucune autre raison d’investir dans BCE.

Par ailleurs, le profil de Telus est assez similaire. L’élan des bénéfices et les révisions des estimations de bénéfices sont légèrement positifs mais pas suffisamment pour recommander Telus en tant que placement pour tout investisseur prônant un style de placement autre que celui axé sur la croissance des dividendes.

De plus, l’action de Telus se négociait récemment à un ratio cours-valeur comptable de 3,4, soit une valeur record depuis que la société est entrée en bourse en 1999. L’action de Telus est-elle donc vouée à la baisse? Pas nécessairement. Elle pourrait continuer de se négocier aux évaluations actuelles ou même plus haut. Mais l’action de Telus ne peut pas être considérée comme une « bonne valeur ». Elle se négocie également à 17,8 fois son bénéfice par action (BPA) et 16,6 fois l’estimation moyenne des analystes pour son BPA de 2014.

Rogers offre les mêmes caractéristiques, à l’exception de la suivante : outre son dividende prévu de 4,2 %, Rogers affiche un profil de croissance, grâce à des données solides quant à la croissance de sa valeur comptable. Son taux de réinvestissement (croissance de la valeur comptable) sur une période de 12 mois est de 18,5 %, alors que le consensus de prévision de bénéfices formulé par les analystes pour l’année pointait vers une croissance de 16 % de la valeur comptable. Rogers possède la caractéristique rare d’être à la fois un titre de « croissance » et de « valeur ».

Néanmoins, l’ensemble des données des facteurs générateurs d’alpha sont faibles et suscitent donc peu de raisons d’être enthousiaste au sujet de Rogers. Au moins, ses évaluations sont moins inquiétantes que celles de ses pairs canadiens. Avec un ratio cours-valeur comptable d’environ 4,8, l’action de Rogers se négocie actuellement au milieu de sa fourchette d’évaluations remontant à 2003.

Aucune des caractéristiques fondamentales de ces actions n’apparaît attrayante au point de faire sérieusement envie à un investisseur. Même ceux qui cherchent à ajouter un avoir à un portefeuille axé sur la croissance des dividendes peuvent trouver d’autres titres plus intéressants à acheter.

Qu’en est-il de Verizon, qui menaçait jadis les trois grandes compagnies canadiennes? Bien qu’affichant de nombreuses caractéristiques identiques à celle de ses pairs canadiens axés sur le revenu, le titre attire aussi les investisseurs qui privilégient la valeur.

Parmi les caractéristiques attrayantes de Verizon, on note qu’elle se négocie à un ratio de 3,5 fois ses flux de trésorerie sur 12 mois, ce qui représente l’une des meilleures valeurs observées parmi les 2 150 titres de l’univers des actions américaines CPMS Morningstar. Elle se négocie aussi à un ratio cours-valeur comptable de 3,6, soit un rabais de 25 % par rapport à son sommet historique de 4,8 observé en 2013.