Les récentes menaces tarifaires des États-Unis à l’égard de l’Europe, dans le contexte des enjeux liés au contrôle du Groenland, accentuent les risques pour le commerce et la croissance économique, selon Fitch Ratings.
Dans un nouveau rapport, l’agence de notation indique que la menace d’imposer de nouveaux droits de douane à huit pays européens, ainsi que la perspective de représailles, intensifie les risques géopolitiques.
Même si la mise en œuvre de nouveaux prélèvements « demeure hautement incertaine », Fitch Ratings estime que cette situation « marque aussi une escalade sérieuse des tensions transatlantiques, accentuant la pression en Europe pour augmenter les dépenses de défense, faisant peser des risques sur le commerce et la croissance, et affaiblissant la dissuasion face à une future agression russe ».
Sur le plan économique, l’imposition d’un tarif de 10 % pourrait réduire le PIB européen d’environ 0,5 % d’ici la fin de 2027 par rapport au scénario de référence, tandis qu’une hausse à 25 % impliquerait « environ le double de l’impact sur le PIB », précise le rapport.
L’Allemagne serait le pays le plus durement touché, selon Fitch Ratings.
Aux États-Unis, des tarifs plus élevés entraîneraient vraisemblablement une hausse des prix pour les consommateurs, qui font déjà face à des préoccupations accrues liées au coût de la vie.
À ce stade, Fitch Ratings s’attend à ce que les représailles européennes demeurent relativement modestes.
« Mais une réponse européenne plus significative est possible, indique le rapport. Le président français a évoqué le recours à l’instrument anti-coercition de l’UE, qui permettrait des mesures de rétorsion beaucoup plus étendues, y compris sur les importations de services, par exemple à l’égard des grandes entreprises technologiques américaines. »
Fitch Ratings note toutefois que ces nouveaux tarifs pourraient aussi susciter une opposition accrue de la part des républicains au Congrès, en raison de leurs « implications géopolitiques plus importantes ».
Au-delà de l’impact potentiel sur le commerce et la croissance, la résurgence des tensions commerciales comporte aussi des risques pour la viabilité de l’OTAN et la sécurité régionale, selon Fitch Ratings.
« Des scénarios de risque extrême liés à une possible escalade de l’agression russe, par exemple contre les États baltes, pourraient devenir plus probables », précise le rapport, tout en ajoutant qu’un conflit direct entre les membres orientaux de l’OTAN et la Russie demeure « très peu probable à court terme ».
L’augmentation des tensions devrait également accentuer la pression sur les dépenses de défense en Europe.
« Les membres de l’OTAN se sont engagés à porter les dépenses de défense à 5 % du PIB (au total) et 3,5 % (noyau dur) d’ici 2035, contre une médiane actuelle d’environ 2,1 % dans l’UE. Plusieurs pays d’Europe de l’Est et du Nord, ainsi que l’Allemagne, augmentent déjà leurs dépenses de défense plus rapidement, et les derniers développements pourraient accélérer ce mouvement », conclut Fitch Ratings.