À 55 ans, Gino-Sébastian Savard dirige MICA Cabinets de services financiers avec la conviction que l’indépendance est une force et que le service aux conseillers constitue un levier de croissance.
Sous sa présidence, ce cabinet et courtier fondé en 1986 par son père, Denis Savard, affiche des résultats solides en 2025 — une croissance de 35 % des actifs sous administration en un an et de 78 % des ventes en assurance — tout en maintenant un taux de rétention des conseillers de plus de 95 %. Cette performance lui vaut d’être nommé gagnant de la catégorie Sociétés de courtage de valeurs mobilières ou en assurance de personnes.
« Il dirige une entreprise en forte croissance, bâtie sur un modèle d’affaires indépendant axé sur l’accompagnement des conseillers et une culture d’innovation. Il a soutenu différentes initiatives technos — notamment avec Emma et Terry Capital — qui témoignent d’une vision tournée vers l’avenir. Son engagement au sein de l’industrie est remarquable, dépassant les frontières de son organisation pour défendre l’indépendance du conseil et promouvoir des pratiques responsables et durables », souligne le jury du Top des leaders.
Rien ne prédestinait Gino-Sébastian Savard à diriger un courtier en épargne collective administrant aujourd’hui 12 milliards de dollars d’actifs. Adolescent, c’est balai à la main qu’il découvre l’entreprise, échangeant quelques heures de ménage contre de l’argent de poche.
À l’époque, il travaille à l’université sur un concept de restauration. Le projet avorte avec le retrait de son associé et il revient alors chez MICA pour prêter main-forte durant la période des REER. Il remplace ensuite une employée, puis se voit offrir un poste aux ventes. « Je ne suis jamais reparti », résume-t-il, parlant du « plus bel accident » de sa vie.
Pendant 14 ans, il travaille aux côtés de son père, animé par une mission claire : professionnaliser le conseiller. Former, outiller et valoriser la profession ont façonné l’ADN de MICA et continuent de guider les décisions de l’entreprise.
En 2024-2025, la croissance de MICA est portée à la fois par les marchés et par l’activité du réseau. La performance boursière a contribué à elle seule à une hausse de 8 % à 10 % des actifs, à laquelle se sont ajoutés l’arrivée de nouveaux conseillers et le dynamisme du réseau existant. En assurance, deux dossiers majeurs — « les plus importants de l’histoire de l’entreprise » — ont marqué la période. Au 31 juillet 2025, MICA compte 340 conseillers détenant un code de représentant, dont 270 actifs en assurance, et sert environ 65 000 clients.
Son modèle repose sur la croissance organique et le recrutement de conseillers, un à la fois, sur une base volontaire et réciproque. « Il faut que ça clique des deux côtés. » Avec 175 employés au service de 340 représentants, MICA mise sur un niveau de soutien élevé. « Nous aimons nos conseillers et nous les servons bien », résume-t-il.
Pour rester connecté au terrain, Gino-Sébastian Savard s’occupe lui-même d’une cinquantaine de clients. « Mon père tenait à ce que les associés comprennent la réalité du conseiller pour nourrir la gestion de l’entreprise », explique-t-il. Ses deux associés — son frère Martin Savard et Marc Gingras — maintiennent également une clientèle.
La relève familiale est déjà engagée et suivra la même voie. Sa fille Ann-Rebecca est conseillère, son fils Ian-Raphael développe sa clientèle, tandis que le plus jeune, Philipp-Aiden, poursuit des études en finance. Les enfants de son frère et associé manifestent aussi de l’intérêt. « Cette continuité est motivante. Elle prolonge l’héritage familial et aurait rendu notre père très fier. »
La transformation technologique constitue un autre pilier de la stratégie de MICA. Le lancement du portail numérique à l’automne 2019 — quelques mois avant la pandémie — s’est révélé providentiel. Pendant la crise sanitaire, les conseillers ont pu négocier, ouvrir de nouveaux comptes et poursuivre leurs activités. L’année 2020 est devenue la meilleure de l’histoire de MICA, un record qui a depuis été battu. Aujourd’hui, plus de 80 % des conseillers utilisent le portail PM2, une version enrichie offrant de nombreuses fonctionnalités.
L’entreprise a également implanté ServiceNow, un outil d’automatisation des transactions qui optimise le flux de service à la clientèle et réduit les erreurs. « Cet outil était essentiel pour gérer les transactions plus complexes, notamment celles liées aux fonds négociés en Bourse », affirme le dirigeant.
Au-delà de MICA, il soutient deux projets technologiques. Avec Emma, deux jeunes conseillers de MICA proposent une plateforme de vente en ligne d’assurance vie directement inspirée de leur pratique. Le pari s’est avéré concluant : Emma est devenue une importante insurtech au Canada.
MICA prépare par ailleurs son adhésion à l’Organisme canadien de réglementation des investissements (OCRI). Ce dossier, en cours depuis plusieurs années, doit permettre à l’entreprise d’élargir son territoire, notamment en Outaouais. Actuellement, les règles limitent sa capacité à offrir certains produits d’investissement à ses clients ontariens. L’adhésion à l’OCRI éliminerait cette contrainte. « Une fois obtenue, nous enclencherons la deuxième partie du plan : obtenir une licence en valeurs mobilières pour pouvoir négocier des actions et des obligations et ainsi offrir un service à 360 degrés », révèle Gino-Sébastian Savard.
Il n’envisage pas de céder les commandes à court terme. « Je souhaite quitter la présidence à 65 ans, mais rester coprésident du conseil avec Martin et continuer à soutenir l’équipe de direction », conclut-il.