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Ayez à l’œil les autres coûts

GUIDE FNB 2018 – Le ratio des frais de gestion ne dit pas tout.

  • Par : Sophie Stival
  • Source : Finance et Investissement
  • 27 avril 2018 11 novembre 2019
  • 00:07
denisnata / 123rf

Le faible coût des fonds négociés en Bourse (FNB) est souvent invoqué pour vanter leurs mérites. Or, une telle affirmation est simpliste et mérite une analyse approfondie qui va plus loin que regarder seulement le ratio des frais de gestion (RFG) des FNB.

Pour saisir l’ensemble des coûts de possession d’un FNB, on doit tenir compte des frais à l’achat, des frais pendant la période de détention et des frais au moment de la vente.

D’abord, les frais à l’achat ou à la vente d’un FNB seront variables, selon la firme de courtage et le type de compte que possède le client : à honoraires ou à la transaction (voir le Tableau 1). Si ce dernier achète pour 10 000 $ d’un FNB à gestion passive fictif ayant un RFG de 0,40 % et qu’il paie à son conseiller des honoraires annuels de 1 %, ce placement lui coûtera au minimum 1,40 % en frais chaque année.

Dans le cas d’un compte transactionnel, la facture pourrait être plus élevée, selon le montant investi, soit jusqu’à 2,50 %, voire 3,00 % de frais au moment de l’achat, et bien souvent à la vente. Tout dépendra des actifs sous gestion du client, des escomptes qu’il peut obtenir sur chaque transaction et surtout, de la période de détention du FNB. Plus les coûts d’achat et de vente de FNB seront amortis sur une longue période, moins l’impact de ces commissions sera grand sur le coût total annuel de détention du FNB. Évidemment, le client qui possède un compte de courtage à escompte paiera des frais fixes moindres, soit environ 10 $ par transaction et parfois moins.

Quant au RFG, il comprend les frais payés au gestionnaire du fonds, mais également la rémunération du dépositaire et de tous les fournisseurs de services retenus par le gestionnaire. Ces coûts sont payés à même le fonds et en réduisent directement le rendement. N’oublions pas non plus, selon le cas, les frais liés à la réplication d’un indice et qui font partie du RFG.

Certains FNB vont détenir physiquement l’ensemble des titres sous-jacents à leur indice de référence ou une partie de ceux-ci. Le manufacturier doit alors acheter ou vendre les titres, selon les pondérations de l’indice, et rééquilibrer les positions, s’il y a lieu. «Bien que cela occasionne des frais de transaction pour le gestionnaire, il peut les réduire en effectuant des opérations de prêts de titres», remarque Yves Rebetez, analyste financier et directeur général d’ETF Insight.

Parfois, le gestionnaire n’aura d’autre choix que de procéder par échantillonnage, c’est-à-dire de détenir une portion des titres de l’indice qu’il veut reproduire. Ce peut être le cas par exemple de FNB du marché obligataire ou des marchés émergents lorsque certains titres sont peu liquides. On peut enfin reproduire un indice de manière synthétique en utilisant des produits dérivés. Bien que cette méthode soit souvent moins coûteuse, elle peut exposer le gestionnaire au risque de crédit lié à la contrepartie avec laquelle il négocie le produit dérivé. Généralement, on voudra choisir la méthode qui convient le mieux à la stratégie et aux actifs sous-jacents, et ce, afin de minimiser ces frais.

En plus du RFG, on doit également tenir compte de tous les frais de transaction liés à la gestion quotidienne du FNB qu’on appelle ratio des frais d’opération (RFO) ou trading expense ratio. Il peut s’agir de frais de courtage et de frais liés à la rotation des actifs dans le portefeuille, par exemple, ou encore, de retenues fiscales étrangères en lien avec des actions internationales détenues par le fonds. Dans le cas de plusieurs FNB gérés passivement, ce coût est presque nul (voir le Tableau 2).

La manière dont les portefeuilles sont gérés (plus ou moins activement) et dont les indices sous-jacents au FNB sont pondérés va également influer sur le RFO de ces fonds. Dans le cas d’un indice équipondéré, tous les titres ont un poids identique, ce qui peut entraîner des coûts de transaction liés au rééquilibrage. Dans le cas d’un indice pondéré selon la capitalisation boursière, comme le sont la plupart des grands indices boursiers tels que le S&P 500 et le S&P/TSX 60, ce sera moins onéreux.

Ainsi, il est recommandé de lire les états financiers, le prospectus et l’«Aperçu du FNB» pour avoir une vue d’ensemble des frais. Semblable à l’«Aperçu du fonds» pour les fonds communs de placement, ce dernier document doit être rédigé en langage simple et devra obligatoirement être transmis par les courtiers à compter du 10 décembre 2018. Il devra être remis aux clients dans les deux jours qui suivent un achat.

Gare aux écarts de cours

Un autre élément passe souvent sous le radar des conseillers, soit l’écart entre le cours acheteur et le cours vendeur (bid-ask spread) au moment de négocier le FNB. «Ce coût frictionnel peut se révéler important. On doit en tenir compte et tenter de le minimiser dans la mesure du possible», souligne James Gauthier, directeur de la recherche sur les fonds, chez iA Valeurs mobilières.

Il s’agit de l’écart entre le prix le plus élevé qu’un investisseur est prêt à payer pour acquérir le FNB (cours acheteur ou bid price) et le prix le plus bas auquel on est disposé à le vendre (cours vendeur ou ask price). Si le iShares S&P/TSX 60 Index ETF (XIU) affiche un prix acheteur de 22,38 $ et un prix vendeur de 22,40 $, l’écart cours acheteur-cours vendeur sera de 2 cents. Les pupitres de négociation des firmes de courtage peuvent renseigner les conseillers sur ces écarts. Il est possible aussi de consulter des outils comme Bloomberg et des sites comme Yahoo Finance ou ETF.com pour avoir une indication du marché.

Cette fourchette de prix est un bon indicateur de la liquidité des actifs sous-jacents au FNB. Prenons l’exemple d’un indice qui reproduit le S&P 500 dont les volumes de négociation des titres sous-jacents sont si importants que même s’il y avait peu de transactions sur le FNB lui-même, l’écart entre le cours acheteur et le cours vendeur sera minime, soit un ou deux cents. Dans le cas d’un FNB qui investit dans des titres de pays émergents ou de plus petites capitalisations ou même à l’international, il est conseillé de négocier les titres sous-jacents pendant les heures d’ouverture du marché en question. Sinon, le prix affiché sera fonction d’un écart plus large qui reflètera cette absence de liquidité.

«Le coût lié à l’écart de prix peut être relativement diminué, voire annulé, si on effectue un ordre d’achat à cours limité plutôt qu’un ordre au marché. Vous serez alors sûr du prix que vous paierez, cependant il y a toujours le risque que l’ordre ne soit pas exécuté. Plus la liquidité est bonne, plus cet écart sera étroit. L’inverse est aussi vrai. Il faut donc faire la part des choses afin que votre commande passe», indique James Gauthier.

Il est également recommandé lors de l’exécution de nos transactions de ne pas se fier seulement à nos écrans. «En discutant avec le pupitre de négociateurs ou les mainteneurs de marché, on risque d’obtenir une meilleure exécution, de meilleurs prix, notamment pour les transactions plus importantes», souligne Daniel Straus, vice-président et chef de la recherche et de la stratégie sur les FNB à la Financière Banque Nationale. Les mainteneurs de marché vont apparier les offres d’achat et de vente, et ainsi faciliter les transactions.

Rappelons qu’au plus tard le 12 novembre prochain, tous les fournisseurs de FNB devront présenter dans «l’Aperçu du FNB» l’écart moyen entre le cours vendeur et le cours acheteur. Ce calcul exprimé en pourcentage tiendra compte des transactions d’un notionnel de 50 000 $ au courant des 12 derniers mois. «Cette exigence des Autorités canadiennes en valeurs mobilières comporte des éléments arbitraires et l’investisseur doit se rappeler qu’un historique d’écarts ne reflète pas nécessairement les conditions qui prévalent dans le marché au moment où l’on négocie notre FNB», précise Daniel Straus.

FNB canadiens sous la loupe

James Gauthier a calculé le coût total de détention de quelque 350 FNB canadiens provenant des sept plus grands manufacturiers (voir le Tableau 2). Ce coût inclut le RFG, le RFO et le coût de l’écart cours acheteur-cours vendeur (spread cost). Ce tableau exclut toutefois les honoraires ou les frais de commission liés à l’achat ou à la vente de ces titres. On constate sans surprise que les FNB à gestion passive sont le type de FNB le moins coûteux, et ce, à tous les points de vue. Quant aux FNB à gestion active, le coût médian total de 1,24 % par exemple se rapproche drôlement des frais d’un fonds commun de série F.

Selon une étude publiée en septembre 2017 par Strategic Insight et commandée par l’IFIC, le coût moyen total de détention d’un fonds commun de placement activement géré à la fin 2016 se situait à 2,14 % (commissions de suivi intégrées). Ce taux est en baisse de 6 points de base par rapport à 2014, souligne la recherche.

«Il faut regarder l’ensemble des frais encourus. L’écart cours acheteur-cours vendeur n’est pas un frais récurrent et l’investisseur peut tenter de le diminuer, notamment en conservant ses FNB à long terme», souligne Michael Cooke, vice-président principal et responsable des fonds négociés en Bourse, chez Placements Mackenzie. De plus, certains FNB nouvellement lancés, notamment en gestion active, ont des frais fixes plus élevés. Ils n’ont pas atteint la masse critique pour permettre des économies d’échelle. «Ces fonds doivent tenter d’absorber une certaine part de ces frais plutôt que de les relayer à l’investisseur, mais ils ne réussissent pas tous à le faire», constate-t-il.

D’après lui, payer des frais de gestion plus élevés pour un FNB actif peut ajouter une réelle valeur au portefeuille principal, notamment dans le marché des titres à revenu fixe. Michael Cooke fait référence à certaines catégories d’actif plus faiblement corrélées avec le marché, comme les obligations à rendement élevé ou les prêts bancaires de premier rang (senior loan). Il faut, dit-il, une bonne expertise pour analyser le risque de crédit ou le risque de taux d’intérêt de certains de ces produits.

Coût d’achat pour 10 000 $ d’un FNB à gestion passive, première année

Coûts / Type de compte Compte à honoraires / Type de compte Compte transactionnel

Frais de transaction (%)** / 1,00 / 2,50

Ratio des frais de gestion (RFG) (%)* / 0,40 / 0,40

Ratio des frais d’opération RFO (%)* / 0,04 / 0,04

Spread cost 1 (%)* / 0,23 / 0,23

Coût total / 1,67 / 3,17

* RFG, RFO et Spread cost: coût moyen calculé par iA Valeurs mobilières (voir le Tableau 2)

1 Spread cost: coût de l’écart cours acheteur-cours vendeur

**Hypothèses : honoraire annuel : 1 % / commission : 250 $ ou 2,5 %

Le concept du coût de l’écart cours acheteur-cours vendeur (spread cost) ne semble pas exister dans le cas des fonds communs de placement (FCP) puisque l’investisseur achète et vend ses parts à la valeur de l’actif net du fonds (NAV). Peut-on alors dire qu’il est à l’abri de cet écart de prix et des autres frais de transaction ? «Certainement pas, puisque les gestionnaires vont utiliser les nouveaux dépôts pour investir directement dans le marché en achetant des titres et ils vont à ce moment-là payer cet écart entre le cours acheteur et le cours vendeur. Ce coût sera dilué à l’interne du fonds parmi tous les détenteurs de parts et affectera la performance globale du fonds commun», précise Daniel Straus, vice-président et chef de la recherche et de la stratégie sur les FNB, chez Financière Banque Nationale.

Quand un investisseur acquiert ou vend un FNB, il est personnellement responsable de ses coûts de transaction (commission ou honoraire, écart cours acheteur-vendeur). «Lorsqu’une nouvelle unité d’un FNB est créée, il s’agit généralement de transactions en nature où les titres sont physiquement livrés en échange de nouvelles parts du FNB. Les transactions d’achat ou de vente des autres détenteurs ne touchent pas l’investisseur, alors que c’est le cas avec un fonds commun de placement. Pour un investisseur à long terme, cela peut faire une différence importante de savoir qu’il peut contrôler ces coûts», ajoute-t-il.

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