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C'est le temps de baisser les impôts au Québec, disent trois économistes

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Quel conseil donneraient les économistes Stéfane Marion, François Dupuis et Pierre Cléroux à leur ancien collègue Carlos Leitão? La réponse est unanime : baisser les impôts, ont-ils suggéré lors d’une conférence organisée par le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), jeudi à Montréal.


«C'est clair qu'il faut qu'il baisse les impôts, affirme François Dupuis, économiste en chef du Mouvement Desjardins. Ça aiderait l'économie à poursuivre sur son élan. On doit composer avec un choc démographique et on va se battre longtemps contre ça.»

Le commentaire a été fait dans le cadre d'une séance de question-réponse animée par Clément Gignac, économiste en chef de l'Industrielle Alliance. Le thème portait sur les perspectives économiques mondiales pour 2018, mais la discussion s'est souvent déplacée sur le terrain politique. Stéfane Marion, stratège en chef de la Banque Nationale, et Pierre Cléroux, économiste en chef de la Banque de développement du Canada (BDC), participaient également aux échanges.

L'argent est là

Québec bénéficie d'une marge de manœuvre financière qu'elle n'a pas eue depuis longtemps. Au cours du précédent exercice, le gouvernement a réalisé un surplus de 2,5 G$ en plus d'avoir effectué un versement de 2 G$ au Fonds des générations. Si la gestion serrée des finances publiques et la santé économique se maintiennent, le gouvernement devrait continuer d'engranger des surplus, selon un rapport de l'Institut du Québec.

Avec cette marge de manœuvre, les trois économistes invités par le CORIM pensent que la priorité du gouvernement devrait être de baisser les impôts. En point de presse après la conférence, M. Dupuis précise qu'il voudrait que le gouvernement procède graduellement. «Je préférerais qu'on n'y ait pas d'un coup, ajoute-t-il. On pourrait le faire en deux ou trois fois. Ça permettrait de faire durer l'élan économique au Québec.»

Le gouvernement pourrait se permettre une première baisse de 1 G$ avant les élections, estime M. Dupuis. «Il ne faut pas que le montant soit trop petit pour qu'il y ait un effet, mais il ne faut pas qu'il soit trop gros, non plus».

Avant de choisir s'il fait un cadeau fiscal aux entreprises ou aux citoyens, il serait plus sage de regarder quelles seront les modalités de la réforme fiscale aux États-Unis, suggère M. Marion. «On ne sait pas quel sera le taux d'imposition aux États-Unis, prévient-il en entrevue après la conférence. Il y a également de l'incertitude en ce qui concerne l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA). Je veux qu'on incite les entreprises à investir, car elles sont le moteur de la création d'emploi. On devra regarder ce que font les Américains et s'adapter. »

L'impact de la baisse

Le consensus des trois experts sur l'effet d'une baisse d'impôt n'est pas partagé par tous les économistes. Une étude du Congrès du travail du Canada (CTC), près du milieu syndical, a démontré que les investissements des entreprises canadiennes n'avaient pas progressé entre 2000 et 2010, malgré la diminution du taux d'imposition des entreprises. Au contraire, les investissements avaient même diminué durant cette période.

Dans le milieu patronal, on avait répondu que l'impôt des entreprises reculait en même temps dans d'autres juridictions à travers le monde. Bref, si la diminution de l'impôt n'avait pas donné les investissements attendus, elle permettait de rester concurrentiel par rapport à nos concurrents commerciaux.

L'économie devra s'ajuster d'une façon ou d'une autre si la fiscalité des entreprises américaines devient plus concurrentielle, prévient M. Marion. Si on ne baisse pas les impôts, ce serait au dollar canadien de prendre le relais. «Est-ce que les ménages veulent vraiment un huard aux alentours de 0,66$, qui réduirait leur pouvoir d'achat? Je pense qu'un ajustement par la devise serait plus brutal.»

Séduire les immigrants

Une baisse d'impôt au Québec pourrait aussi contribuer à freiner l'exode des immigrants vers les autres provinces canadiennes, plaide M. Marion. « Il faut trouver des solutions pour changer cette tendance, ça nuit à notre compétitivité. »

Pierre Cléroux abonde dans le même sens. « La population active au Québec diminue alors qu'elle stagne dans le reste du Canada, renchérit-il. On garde moins nos immigrants. À Toronto, 50% des travailleurs ne sont pas nés au Canada, c'est seulement 20% à Montréal. Le taux de chômage au Québec est de 6,8%, mais il est de 15% pour les immigrants. Il y a beaucoup d'efforts à faire pour les garder. »

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