Dans un rapport de janvier 2026, Marchés des capitaux CIBC explore comment les investisseurs individuels ont recours à la couverture de change avec les fonds négociés en Bourse (FNB). L’analyse constate que la demande pour les FNB couverts contre le risque de change lié au dollar canadien dépend des fluctuations du taux de change $ US/$ CA, que les participants aux FNB se couvrent de manière opportuniste et que les FNB couverts contre le risque de change ont généralement été préférés aux FNB non couverts depuis 2024.
Environ 15 % de l’actif total en FNB canadiens, que CIBC évalue à 782 milliards de dollars (G$), est investi dans des FNB couverts contre la fluctuation du dollar canadien, soit environ 450 fonds. Les autres actifs en FNB sont investis soit dans des versions non couvertes ou dans des FNB libellés en dollars américains.
Pour étudier les pratiques de couverture, CIBC a retenu 100 fonds qui ont à la fois une version couverte et une version non couverte et a suivi dans chacune des versions le nombre de parts en circulation et leurs fluctuations. CIBC les a par la suite additionnés afin de crée des paniers.
Le raisonnement de CIBC est le suivant : si la demande pour le FNB couvert dépasse celle pour son homologue non couvert, il devrait y avoir davantage de parts créées pour le panier du FNB couvert que pour celui non couvert.
Suivre les aléas du taux de change
On pourrait croire spontanément que la couverture de change est une pratique quasi automatique : certains investisseurs y recourent systématiquement, d’autres non. Il n’en est rien. La pratique est très sensible aux fluctuations des taux de change, et cela tombe sous le sens. Les investisseurs couvrent leurs actifs quand le change $ US/$ CA est en hausse, et atténuent la couverture ou la retirent quand cette paire est en baisse, rapporte Marchés des capitaux CIBC.
C’est ce qu’on a constaté durant la crise de COVID-19 de janvier 2020 à décembre 2021 : quand le taux de change est tombé de 1,45 à 1,28, la demande pour les FNB non couverts a augmenté par un multiple de 2,1, alors que la demande pour leurs équivalents couverts a crû par un multiple de 1,6. En comparaison, depuis le début de 2024, alors que le taux $ US/$ CA a grimpé de 1,32 à un sommet de 1,45 autour des incertitudes tarifaires, la demande pour les FNB couverts a grimpé par un multiple de 1,9, pour les FNB non couverts, de 1,4, constate l’étude de CIBC.
« En règle générale sur des périodes étendues, puisque le taux $ US/$ CA tend à remonter en période d’aversion au risque, les participants ont tendance à recourir à la couverture de change lorsque les actions connaissent un marché baissier et à ne pas couvrir le risque de change lorsqu’elles connaissent un marché haussier », lit-on dans l’étude menée notamment Jennifer Li, directrice des ventes, Marchés institutionnels, chez CIBC Marchés des capitaux.
Les appétits de couverture sont asymétriques
L’année 2025 affiche un parcours représentatif. Dans le premier trimestre de l’année, alors que le taux de change oscillait entre 1,42 et 1,44, la demande pour les FNB couverts a monté sensiblement plus que la demande pour leurs équivalents non couverts. Puis au « jour de la libération » décrété par le président américain, en avril, quand le taux est passé sous le seuil d’environ 1,37, c’est la demande pour les fonds non couverts qui a pris le dessus.
CIBC observe une importante asymétrie : la demande pour les FNB couverts tend à être plus sensible aux fortes hausses du taux de change $ US/$ CA qu’aux baisses. « Lorsque le taux $ US/$ CA remonte, écrit CIBC, la demande pour les FNB couverts augmente considérablement ; lorsque le taux $ US/$ CA baisse, cette demande ne diminue que légèrement. La sensibilité lors des fortes hausses du taux $ US/$ CA est environ quatre fois plus élevée que lors des baisses de même ampleur. Cependant, nous constatons que lorsque les variations du taux $ US/$ CA sont faibles (au cours des mois où le taux $ US/$ CA reste dans une fourchette étroite), les acheteurs de FNB sont plus enclins à ne pas se couvrir contre les fluctuations de changes. »
Enfin, Marchés des capitaux CIBC fait ressortir que, contrairement à une idée répandue, la demande de couverture de la part des investisseurs en FNB n’a aucun effet sur les mouvements du taux de change. Les participants du marché de détail sont des preneurs de prix et ne sont pas suffisamment importants pour influencer les cours de change. La relation est inverse, c’est le prix « spot » des devises qui détermine la demande de couverture.