La segmentation d’un portefeuille de retraite — ou son échelonnement selon les horizons de placement — ne produira pas nécessairement les meilleurs résultats de placement. (Voici un modèle de portefeuille qui utilise la stratégie de segmentation)
La plupart des systèmes de segmentation recommandent de garder à portée de la main l’argent liquide requis pour répondre aux besoins à court terme. Mais si la composante liquide du portefeuille — qui est le segment no 1 dans la plupart des systèmes de segmentation — est trop importante, cela peut vraiment nuire au rendement du portefeuille. Le coût de substitution quand on a trop d’argent liquide est particulièrement élevé à l’heure actuelle, étant donné les faibles rendements des certificats de dépôt et du marché monétaire.
Conserver tout simplement un portefeuille axé sur le rendement total et composé d’obligations et d’actions, puis retirer périodiquement l’argent nécessaire pour couvrir ses dépenses courantes à partir de l’une des catégories d’actifs lors du rééquilibrage tendra à générer un rendement plus élevé qu’un portefeuille détenant un segment affecté aux liquidités. Le sous-classement par rapport à un portefeuille d’actions ou d’obligations pur est un problème qui affecte particulièrement les retraités qui désirent conserver un gros coussin — de quoi faire face à plus d’un ou deux ans de dépenses courantes.
Utiliser une stratégie de segmentation ne garantit pas non plus un plan de retraite réussi. Si le taux de retraits est trop élevé, que le client choisir des investissements médiocres pour alimenter le portefeuille, ou qu’il vit jusqu’à 110 ans et son votre bas de laine n’est adéquat que pour lui durer jusqu’à ses 90 ans, une stratégie de segmentation ne le sauvera pas.
Les principaux avantages de la stratégie de segmentation sont plutôt psychologiques. Bien que la retraite apporte de nombreuses joies — notamment, avoir le temps de s’adonner à des loisirs qui sont inaccessibles quand on travaille — la composante financière peut causer une certaine angoisse. Il est effrayant se songer à l’ajustement mental requis pour passer d’un salaire régulier à l’exploitation d’un portefeuille afin de régler ses dépenses courantes. Et le processus consistant à créer un portefeuille qui équilibre ses besoins de revenus à court terme avec une croissance à long terme pour ses vieux jours — et à déterminer combien on peut retirer sans crainte tout en s’assurant que l’on ne sera pas à court d’argent trop tôt — est pour le moins écrasant.
Le concept de segmentation a été popularisé par le planificateur financier Harold Evensky, et j’en ai beaucoup parlé ces dernières années. Durant cette période, j’ai entendu de nombreux retraités dire que ce système les avait aidés à résoudre leurs préoccupations essentielles d’une manière simple et évidente.
Voici quelques-uns des principaux avantages psychologiques que procure le recours à un portefeuille segmenté.
Avantage no 1 : cela simule la sécurité d’un salaire régulier
Une des raisons pour lesquelles les retraités adorent tant le régime de pension du gouvernement est qu’il fournit un chèque régulier, mois après mois, tout comme c’était le cas lorsqu’ils travaillaient. Il en va de même pour les pensions versées par les employeurs. Savoir que l’on va recevoir régulièrement un revenu, quoi qu’il arrive, peut apporter une grande tranquillité d’esprit.
Le problème est que les prestations gouvernementales ne couvriront pas tous les besoins en revenu de nombreux retraités, et une part de plus en plus petite de la population reçoit une pension. Un portefeuille segmenté bien exécuté peut toutefois prendre la relève de ces deux sources de revenu. L’intention principale de la segmentation est de réserver un segment en argent liquide — le segment no 1 — dans lequel on peut puiser régulièrement pour régler ses dépenses courantes. On peut même mettre ces retraits du segment no 1 sur pilote automatique, en demandant à sa banque ou à sa firme de courtage de verser une somme fixe chaque mois. Si l’on combine cela avec l’assurance sociale et d’autres sources de revenu assuré, le paiement du segment no 1 peut fournir une trésorerie stable pour couvrir les dépenses courantes.
Au contraire, se fier aux distributions de revenu versées par ses actifs — que ce soient des liquidités, des obligations ou des actions — signifie que le revenu du client pourrait fluctuer sévèrement en fonction des taux d’intérêt. Lorsque les rendements sont élevés, le client pourra dépenser plus, et lorsqu’ils sont dérisoires, comme en ce moment, il devra se contenter de moins.
Il y a toutefois quelques recettes pour permettre à ce système de fonctionner. L’une d’entre elles est de réaliser qu’un segment liquide, c’est bien ce que ça veut dire : il n’est pas investi dans des titres volatils requérant une vente forcée aux périodes baissières. De plus, le montant que le client retirera du segment no 1 chaque année doit être viable selon le seuil empirique des 4 % ou une autre méthode de calcul du taux de retrait.
Avantage no 2 : cela permet de surmonter la volatilité d’actifs plus risqués
Au cours des dernières décennies, la durée de la retraite au Canada a augmenté pour passer à une moyenne de 22 ans, et dure beaucoup plus longtemps pour de nombreux retraités, et ce pour deux raisons : la longévité a augmenté, et les gens prennent leur retraite plus tôt. Que de bonnes nouvelles! Mais les retraites plus longues nécessitent un bas de laine plus gros que dans le passé. De plus, un horizon temporel plus lointain demande que l’on investisse dans un portefeuille bien diversifié qui comprend des actifs plus dynamiques comme les actions et les obligations à plus haut risque offrant un potentiel de croissance à long terme.
La présence de ces actifs peut stimuler le rendement potentiel d’un portefeuille et lui donner une meilleure chance de battre l’inflation dans le temps, mais il peut aussi faire augmenter la volatilité, motif possible d’angoisse pour les retraités lorsque les choses ont l’air de mal tourner. Si le marché s’effondre alors que le client travaille toujours, il saura qu’il ne puisera pas tout de suite dans son portefeuille, et un repli boursier ne va donc pas nuire à son train de vie. S’il est lucide, garder le cap semblera logique.
En revanche, les retraités faisant face à des marchés baissiers pensent souvent à réduire leurs voyages et à emménager avec leurs enfants. Cela peut les inciter à prendre une position défensive au pire moment, nuisant ainsi au potentiel de rendement de leur portefeuille à long terme.
Mais là aussi, détenir une composante liquide dans un portefeuille de retraite — comme l’exige le système de la segmentation — peut aider à surmonter les marchés baissiers périodiques sans paniquer, dans le cadre d’un portefeuille à long terme. Si le client sait que ses besoins de revenu à court terme sont couverts par le segment liquide et, dans le pire des cas de figure possibles, par son segment obligataire qui constitue sa seconde source de réserves, il paniquera probablement moins la prochaine fois que les actions chuteront.
Avantage no 3 : Cela détourne d’une comptabilité mentale malsaine
De nombreux investisseurs à la retraite font une stricte distinction entre leur capital et les intérêts qu’il génère. Le premier est sacro-saint, il ne faut jamais y toucher et, dans l’idéal, on le laisse à ses héritiers. Quant au second, c’est sur lui qu’on doit compter pour faire face aux dépenses courantes.
Cependant, une telle stratégie, que l’on classe souvent comme un piège de finance comportementale appelé : « comptabilité mentale », peut être problématique sous plusieurs angles. D’abord, ne jamais toucher au capital peut faire qu’un retraité dépense moins qu’il ne pourrait se le permettre, renonce à une certaine qualité de vie et laisse davantage à ses héritiers qu’il ne serait souhaitable.
De manière peut-être encore plus significative, comme les rendements provenant des titres de placement sûrs ont rétréci à moins de 2 % ces dernières années, les investisseurs dépendant exclusivement de ce type de revenu se sont trouvés face à un choix difficile : soit s’en tenir à leurs liquidités et leurs obligations de qualité supérieure en réduisant leur train de vie, soit s’aventurer dans des titres boursiers qui promettant un rendement plus élevé, avec à la clé une volatilité plus grande.
La stratégie de segmentation est aussi une forme de comptabilité mentale, mais d’une certaine façon plus saine qu’une segmentation revenu/capital. Au lieu de compter sur des dividendes et des revenus obligataires pour pourvoir aux dépenses courantes, un retraité utilisant une approche de segmentation peut être oecuménique sur la manière de réapprovisionner en liquidités le segment no 1 quand il s’épuise. Ce retraité pourrait compter sur un revenu provenant des obligations et des dividendes de son portefeuille pour subvenir à ses dépenses courantes, mais utiliser aussi le produit des rééquilibrages et des ventes à perte fiscale, et ainsi de suite.
Par exemple, ces dernières années, les revenus obligataires ont fortement diminué bien que le marché boursier se soit bien comporté. Un investisseur appliquant une stratégie de segmentation remplirait le segment no 1 principalement en rééquilibrant ses participations boursières, répondant ainsi à ses besoins de revenu et utilisant une stratégie saine de gestion de portefeuille en même temps.