Lorsque nous examinons nos données sur les évaluations des actions, qui sont basées entièrement sur notre étude de chaque compagnie que nous couvrons, peu de choses ont changé : le marché est toujours raisonnablement proche de sa valeur juste, les valeurs américaines sont toujours les plus sous-évaluées, et nous voyons toujours les évaluations les moins chères dans les secteurs de l’énergie et des matériaux de base.

Toutefois, l’examen du panorama macroéconomique mondial et du marché obligataire révèle des changements potentiellement profonds sous la surface. Le Japon, un favori du marché il y a seulement un trimestre, s’est effondré. La volatilité des obligations du Trésor américain a augmenté en flèche, et les obligations du Trésor ont connu une augmentation notable de leurs rendements (qui étaient très bas). Et le paysage économique semble empirer à la marge avec l’indice des directeurs d’achats chutant au-dessous de 50 dans les marchés du monde entier.

Selon moi, il y a plusieurs faits saillants principaux qui peuvent être glanés de cette collecte de points de données. D’abord, il est devenu de plus en plus clair que le marché obligataire comporte un énorme risque de perte, et que nous voyons très peu de potentiel à la hausse pour compenser ce risque. Nous commentons sur le déséquilibre entre le risque et le rendement des obligations depuis plusieurs trimestres, mais heureusement pour les investisseurs obligataires, les taux sont restés très bas et les écarts de crédit ont continué à diminuer. Nous pensons que le panorama est changeant. Comme l’a dit mon collègue Dave Sekera dans sa perspective sur le crédit, « nous pensons que la période de prépondérance d’un resserrement de l’écart du crédit tire probablement à sa fin. » Si l’on y ajoute l’analyse de Dave selon laquelle les obligations du Trésor se négocient généralement à 245 points de base au-dessus de l’inflation (ce qui, aux niveaux d’inflation d’aujourd’hui, signifierait que les obligations du Trésor seraient à 3,25 % ou 3,5 %), et nous pourrions aisément voir le marché obligataire touché par des écarts stagnants ou grandissant et une autre augmentation de 100 points de base dans les obligations du Trésor, ce qui n’est pas de très bon augure. Cela se passera-t-il au cours du prochain trimestre? Personne ne le sait. Mais je pense que l’équation risque/rendement n’est pas en faveur du marché obligataire à l’heure actuelle.

Deuxièmement, les évaluations des actions ne sont pas aussi extrêmes qu’il y paraît à première vue. Bien que de nombreux participants des marchés se fient au ratio cours/bénéfice de Shiller pour faire valoir que les marchés sont extrêmement surévalués, cette mesure fait la moyenne des bénéfices de ces dix dernières années, et par conséquent inclut une période de très faibles bénéfices durant la crise financière. Cela ne veut pas dire que ce ratio soit faux; c’est exactement ce qu’il prétend être : une moyenne historique mobile sur 10 ans. Je ne prétends pas que le marché boursier soit bas; selon notre analyse ascendante utilisant des prévisions de bénéfices, le marché se trouve quelque part entre une sous-évaluation de 6 % (d’après un ratio du cours moyen pondéré selon la capitalisation boursière par rapport à la juste valeur) et une surévaluation de 1 % (d’après le ratio cours médian/juste valeur de l’univers que nous couvrons). Mais nous ne voyons pas le marché comme étant très surévalué à ces niveaux non plus.

Dans un marché se négociant à un niveau proche de sa juste valeur, il est important de choisir judicieusement les occasions. Nous voyons toujours les matériaux de base et l’énergie comme les secteurs les plus sous-évalués, se négociant respectivement à 82 % et 86 % de leur juste valeur (de nouveau d’après la moyenne pondérée selon la capitalisation boursière). Il s’agit clairement de deux secteurs très sensibles à l’économie, et étant donné que nous sommes plus optimistes sur les perspectives de l’économie américaine que sur celle de l’Europe — bien qu’un peu moins optimistes que nous ne l’étions le trimestre dernier — nos meilleures idées dans ces secteurs se concentrent sur des occasions relativement plus exposées aux États-Unis ou qui s’appuient sur l’expérience d’une compagnie donnée. Devon Energy en est un exemple, car nos estimations des flux de trésorerie futurs de la société montrent que son action se négocie à un rabais de 45 % par rapport à notre estimation de sa juste valeur. Vous pouvez lire les renseignements sur ce cas spécifique dans notre Rapport d’analyste sur l’action, mais en un mot, nous pensons que la compagnie s’orientera vers des actifs pétroliers plus importants, et le fera mieux que le marché s’y attend actuellement. Nous anticipons que cette société connaîtra de bons résultats même avec une croissance économique américaine léthargique, selon les décisions stratégiques qu’elle a prises à l’interne pour les trimestres à venir de façon à recentrer l’entreprise là où elle peut retirer le plus de valeur.

Bien que nous ayons des occasions de rester investis dans les marchés boursiers, nous pensons que la volatilité du marché obligataire continuera à se répercuter sur le marché des actions, ce qui augure de quelques trimestres agités. Certains facteurs qui pourraient être bénéfiques au marché des actions sur une plus longue période, comme l’amélioration des flux de trésorerie dans les secteurs cycliques, l’appréciation des évaluations et la réaffectation d’actifs aux actions, n’interviennent pas toujours sur des périodes plus courtes. Toutefois, nous savourons la volatilité pour la possibilité qu’elle nous offre d’investir au rabais dans d’excellentes compagnies. À ces niveaux boursiers justement évalués, au 19 juin, nous n’avons pas une seule action à forte bastille économique se négociant à un cours de 5 étoiles. Cependant, nous avons plus de 40 actions à forte bastille économique se négociant dans la fourchette des 4 étoiles qui augure d’une une excellente liste de suivi de candidats dans cette conjoncture. Personnellement, j’espère que le marché nous offrira l’occasion d’ajouter certaines de ces grandes entreprises à nos portefeuilles.