Oléoduc au coucher du soleil.
bjdlzx / iStock

La capture du président vénézuélien Nicolas Maduro par l’armée américaine a suscité de vives réactions à travers le monde, l’impact sur les marchés financiers semble toutefois nettement plus limité. Les investisseurs semblent détachés face à cet événement dont les conséquences économiques immédiates, notamment sur le pétrole, demeurent limitées.

Une nouvelle absorbée sans heurt

Les marchés mondiaux ont bien absorbé la montée des tensions géopolitiques suivant la nouvelle de l’attaque des États-Unis contre le Venezuela et l’arrestation du président Nicolas Maduro, selon les perspectives du marché de Corpay.

On observe un léger regain d’intérêt pour les valeurs refuges comme le dollar américain, le yen japonais et le franc suisse au détriment des devises plus exposées au risque. Les rendements des bons du Trésor américain ont enregistré un léger recul, signifiant une plus grande demande pour les actifs sûrs.

Le peso mexicain a quant à lui enregistré une baisse d’environ 0,7 % alors que le président américain disait vouloir « faire quelque chose » face aux expéditions de drogue en provenance du Mexique.

Une nouvelle importante pour le marché du pétrole

Étant donné que le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole prouvées au monde, comme le souligne Boursorama, la dernière manœuvre du président Trump a placé les sociétés énergétiques et le marché du pétrole au centre de l’attention.

Toutefois, malgré l’ampleur de ses ressources, la production vénézuélienne représente aujourd’hui moins de 1 % de l’offre mondiale, en raison notamment du vieillissement des infrastructures et d’années de sous-investissement. Et si le président américain promet d’investir pour remédier à la situation, cela prendrait au moins une décennie d’engagement des grandes sociétés pétrolières occidentales dans le pays, selon les dires de Peter McNally, responsable mondial de l’analyse sectorielle chez la firme de recherche Third Bridge, rapportés par Business Insider.

Sur le marché de l’énergie, les deux principales références du pétrole brut, le Brent et le WTI, évoluent en légère baisse. Le brut de référence américain, le West Texas Intermediate (WTI), a reculé jusqu’à 1,4 % en début de séance avant d’évoluer à l’horizontale. Le Brent, référence internationale, affichait également une baisse de 0,8 %, à 60,24 $ US le baril, après avoir cédé jusqu’à 1,2 % plus tôt.

En résumé, malgré l’importance symbolique du Venezuela, le marché pétrolier mondial reste dominé par un excès d’offre.

Pour rappel, le marché pétrolier connaît des pressions depuis déjà plusieurs mois, en raison d’une surabondance de l’offre mondiale.

À long terme, les analystes de Goldman Sachs prédisent un environnement politique plus favorable à l’investissement pétrolier. Toutefois, ces développements sont négatifs pour les prix du pétrole, car toute augmentation soutenue de la production vénézuélienne viendrait s’ajouter à une offre déjà abondante, précisent les experts.

Pour cette raison, le contexte macroéconomique mondial reste largement inchangé, selon Corpay.

Une bonne nouvelle pour les raffineurs américains

Les raffineries américaines spécialisées dans le brut lourd accueillent à bras ouvert la nouvelle de l’arrestation du président vénézuélien, car cela pourrait signifier un redémarrage des exportations vénézuéliennes vers les États-Unis, au détriment de la Chine.

En effet, si le Vénézuéla passait à un régime favorable aux États-Unis, cela devrait conduire à l’abrogation des sanctions imposées par Washington et offrir ainsi un répit au secteur pétrolier vénézuélien. Boursorama rappelle ainsi que les exportations de brut vénézuélien vers les États-Unis en 1997 représentaient 44 % de la production vénézuélienne, selon l’Administration de l’information sur l’énergie.

Entre 2020 et 2022, les exportations vénézuéliennes ont dégringolé à zéro en raison des sanctions pétrolières directes à l’entreprise énergétique publique Petróleos de Venezuela, S.A (PDVSA) imposées par Trump avant de se redresser légèrement par suite de la dérogation accordée à Chevron pour continuer à exploiter ses coentreprises au Venezuela.

Un changement dans les exportations du Venezuela se ferait en grande partie au détriment de la Chine, le principal importateur du pétrole vénézuélien après les sanctions imposées par le président Trump. Si ce dernier a promis que la Chine continuerait de recevoir du pétrole vénézuélien sous un gouvernement dirigé par les États-Unis à Caracas, il a toutefois précisé que cette quantité serait certainement limitée.

Sans compter que selon Reuters, la majorité des importations chinoises de pétrole en provenance du Venezuela sont destinées à des raffineries indépendantes qui acceptent d’ignorer les sanctions à condition d’acheter le pétrole à des prix réduits. Mais si les sanctions sont levées, le pétrole sera vendu aux prix internationaux, ce qui pourrait tarir l’intérêt de ces raffineries.

Envolée des obligations vénézuéliennes

La nouvelle de l’arrestation de Nicolas Maduro a eu un impact particulièrement fort sur les obligations souveraines du Venezuela, en défaut de paiement. Les investisseurs ont ainsi espoir que la dette souveraine du pays connaîtra une grande restructuration.

Les obligations de l’État vénézuélien ont gagné près de 30 %. Les investisseurs espèrent ainsi qu’un nouveau président soit synonyme d’un rétablissement de relations diplomatiques formelles et l’élargissement des licences, notamment pour engager des négociations autour d’une restructuration de la dette, selon les experts rapportés par Reuters.

Pour la suite, l’attention des investisseurs se portera essentiellement sur les décisions de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) en matière de licences, la clarification d’un cadre juridique stable, le calendrier de transition politique au Venezuela et la capacité de PDVSA à améliorer sa gouvernance.