Jeune femme étreignant et réconfortant sa mère sur un canapé à la maison.
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Un client arrive à son rendez-vous semestriel, mais cette fois, ce n’est pas le rendement de son portefeuille qui le préoccupe. Sa mère vient d’être hospitalisée. Son conjoint ne peut plus vivre seul. Ou pire. En quelques heures, sa vie a basculé, et son plan financier avec elle.

Devenir soudainement responsable d’un parent vieillissant, d’un conjoint frappé par la maladie, ou encore d’un enfant mineur orphelin entraîne des répercussions financières considérables. Près du tiers des aidants naturels ont dû cesser d’épargner, puiser dans leurs économies ou renoncer à des promotions professionnelles, révèle une étude récente de Commonwealth, un organisme à but non lucratif américain spécialisé dans la sécurité financière. Plusieurs d’entre eux ont interrompu leur retraite, changé d’emploi, réduit leurs heures de travail, voire quitté leur poste.

Que faire et ne pas faire ?

Face à un client qui devient aidant naturel de manière inattendue, le réflexe du conseiller ne devrait pas être de revoir immédiatement les projections du plan de retraite. La priorité est ailleurs : aider le client à retrouver un sentiment de contrôle, selon des témoignages publiés dans Financial Planning.

Pour y parvenir, un expert suggère de recadrer la conversation autour de trois axes :

  • sécuriser le plancher financier,
  • maintenir une flexibilité maximale
  • et préserver les options disponibles.

Il s’agit aussi d’inviter le client à définir ce qui compte le plus pour lui dans ce nouveau contexte, de façon à préserver son autonomie décisionnelle à un moment où il risque de se sentir dépassé par les événements.

Deux questions concrètes peuvent aider à ancrer la planification dans la réalité :

  • Qui le client appellerait-il à trois heures du matin si quelque chose tournait mal ?
  • Quel aspect de son plan de soins l’inquiète le plus ?

Ces questions suscitent souvent une participation plus efficace que n’importe quel scénario abstrait de projection financière.

Ce qui surprend le plus les nouveaux aidants, c’est rarement l’ampleur des coûts, mais leur soudaineté. Dès les premières semaines, les dépenses peuvent s’emballer, avant même que le client ait eu le temps de revoir son budget :

  • aide à domicile,
  • hébergement en résidence,
  • aménagement du logement,
  • transport,
  • honoraires juridiques pour mandats de protection ou ententes de garde,
  • ajout de personnes à charge à une couverture d’assurance collective.

La liste s’allonge vite.

Dans les situations de soins au conjoint, les coûts indirects sont souvent difficiles à anticiper :

  • perte de productivité au travail,
  • temps consacré à la coordination des soins,
  • répercussions sur une retraite que l’on croyait imminente.

Même les ménages bien nantis sous-estiment fréquemment la vitesse à laquelle la facture monte.

Revoir le plan financier en profondeur

Une fois la situation immédiate stabilisée, le conseiller peut entreprendre une révision structurée du plan. Cela implique de recalculer les projections de retraite à partir d’un budget révisé, de réévaluer la pertinence de retraits imposables dans le nouveau contexte fiscal, de privilégier la liquidité à court terme sur la croissance à long terme, et de passer en revue la couverture d’assurance pour identifier les lacunes, signale un conseiller.

Le volet successoral mérite une attention rigoureuse. Désignations de tuteurs ou de mandataires, fiducies, testaments, procurations : ces documents doivent être mis à jour pour refléter la nouvelle réalité familiale.

Le travail le plus précieux, toutefois, commence avant qu’une situation d’urgence ne survienne. Le conseiller a tout avantage à aborder ce risque en amont, comme il le fait pour la longévité ou l’invalidité :

  • Qui coordonnera les soins ?
  • Qui prendra les décisions financières ?
  • Qui gérera la logistique au quotidien ?

Cette réflexion permet de clarifier les responsabilités à l’avance, de réduire les conflits familiaux et d’accélérer la prise de décision.

Dans cette perspective, documenter les valeurs, les souhaits et les intentions des clients est tout aussi important que de répertorier leurs actifs, signale un gestionnaire de patrimoine. Ces informations deviennent une référence précieuse des années plus tard.