Perspectives ESG | Finance et Investissement https://www.finance-investissement.com/edition-papier/perspectives-esg/ Source de nouvelles du Canada pour les professionnels financiers Fri, 21 Mar 2025 14:36:48 +0000 fr-CA hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://www.finance-investissement.com/wp-content/uploads/sites/2/2018/02/cropped-fav-icon-fi-1-32x32.png Perspectives ESG | Finance et Investissement https://www.finance-investissement.com/edition-papier/perspectives-esg/ 32 32 ESG : vers de nouvelles obligations de formation pour les conseillers ? https://www.finance-investissement.com/edition-papier/perspectives-esg/esg-vers-de-nouvelles-obligations-de-formation-pour-les-conseillers-2/ Mon, 15 Apr 2024 04:06:00 +0000 https://www.finance-investissement.com/?p=100103 Le chef de l'OCRI l'envisage.

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Afin de répondre aux besoins des clients en matière d’investissement portant sur les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), les conseillers pourraient devoir poser certaines questions ou obtenir de la formation continue sur ce plan. 

Ce sont les mesures qui sont actuellement envisagées par l’Organisme canadien de réglementation des investissements (OCRI), dont Andrew J. Kriegler, président et chef de la direction du régulateur, a évoqué lors du Rendez-vous de l’Autorité des marchés financiers (AMF) à Montréal, le 12 février. 

Le dirigeant participait à un panel sur les enjeux de l’industrie, dont l’effet des changements climatiques sur le secteur financier. « Nos règles exigent des courtiers qu’ils donnent à leurs clients les possibilités d’exprimer leurs besoins et leurs objectifs, c’est-à-dire ce qui compte réellement pour eux. Mais durant nos inspections de conformité chez nos membres, nous ne voyons pas beaucoup de notes de conversation sur ces sujets ce qui semble aller à l’encontre de ce que nous nous attendons pour les investisseurs », a-t-il expliqué.

Le régulateur envisage donc d’obliger les représentants à poser des questions précises aux clients sur leurs préférences en matière d’ESG. « C’est toutefois un chantier qui devrait envisager plusieurs règles et des échanges entre le client et son représentant », a-t-il soutenu.

Par ailleurs, l’OCRI se demande également s’il y aurait lieu d’imposer aux conseillers des formations en matière d’investissement ESG, à la lumière des connaissances lacunaires en la matière par des intermédiaires du secteur qui ont été dévoilées par Protégez-vous. Le média a réalisé une enquête auprès de sept institutions financières qui révèle que les clients qui souhaitent investir dans des fonds ESG « trouvent rarement réponse à leurs réponses auprès des conseillers ».

« Les intermédiaires qui les assistent et les conseillers doivent leur permettre d’atteindre leurs objectifs financiers en tenant compte de leurs valeurs », a indiqué Andrew J. Kriegler. 

Le dirigeant a également souligné le rôle de l’AMF ainsi que de ses homologues provinciaux, dans l’établissement de normes d’informations en matière d’ESG que doivent respecter les entreprises publiques et les fonds d’investissement.

« Les gens ne peuvent pas prendre des décisions éclairées s’ils ne disposent pas d’une bonne information. Cela signifie des règles qui combattent efficacement l’écoblanchiment, mais qui en même temps n’imposent pas une charge de divulgation irréaliste aux PME », a dit le chef de l’OCRI.

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Davantage d’IR dans les portefeuilles des conseillers https://www.finance-investissement.com/edition-papier/perspectives-esg/davantage-dir-dans-les-portefeuilles-des-conseillers/ Mon, 15 Apr 2024 04:05:00 +0000 https://www.finance-investissement.com/?p=100102 Malgré les allégations d’écoblanchiment et le manque de normes.

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« ­Comme conseiller, l’investissement responsable (IR) te permet de mieux faire ton travail parce que tu poses plus de questions aux clients. Cela te permet de mieux les connaître, de connaître leurs valeurs et de mieux répondre à leurs besoins », résume ­Ann-Rebecca ­Savard, représentante de courtier en épargne collective et sur le marché dispensé rattachée à ­MICA ­Capital.

Si cette conseillère est particulièrement enthousiaste ­vis-à-vis de l’IR, elle est loin d’être la seule. Les résultats de l’édition 2023 du ­Pointage des courtiers québécois et du ­Pointage des courtiers multidisciplinaires montrent que l’intérêt pour les facteurs ­ESG (environnement, social et gouvernance) est en croissance.

Pour voir ce graphique en grance, cliquez ici

Alors qu’en 2020, la proportion de représentants qui ne géraient aucun actif orienté vers les stratégies ESG était de 42 % chez les conseillers liés à des courtiers de plein exercice et de 34 % chez les conseillers liés à des courtiers multidisciplinaires en 2023, ces proportions s’établissaient respectivement à 29 % et 15 %, selon les données recueillies lors des deux pointages menés par Finance et Investissement.

En 2023, la part moyenne pondérée de l’actif géré qui cible l’ESG s’élevait à 23,4 % pour les conseillers liés à un courtier de plein exercice et à 14,2 % pour les conseillers liés à un courtier multidisciplinaire. En 2022, ces proportions étaient respectivement de 34,9 % et de 13,5 %, en 2021, de 20,8 % et de 9,6 %, et en 2020, de 15,6 % et de 5,7 %.

Même si on constate que les conseillers liés à des courtiers multidisciplinaires demeurent encore à la traîne par rapport aux conseillers en placement, l’ESG dans le portefeuille de leurs clients affiche, lui, une progression importante.

Cette hausse témoigne d’une adoption grandissante de l’ESG par les conseillers. Et ce, malgré les défis du secteur de l’investissement ­ESG, qui a fait l’objet d’al­légations d’écoblanchiment, soit de peindre en vert des activités ou des entreprises qui ne le sont pas. De plus, les régulateurs encadrent davantage les émetteurs de produits financiers afin qu’ils améliorent la divulgation en lien avec l’ESG.

Malgré ces défis, l’intérêt est là. « C’est l’avenir. C’est ce que la majorité des gens demandent », témoignait ainsi un répondant du ­Groupe ­Cloutier. « ­Pour les jeunes, c’est de plus en plus important. J’ai beaucoup de clients qui me le demandent », disait un autre.

De nombreux défis doivent toutefois encore être affrontés pour que le secteur puisse s’épanouir pleinement. Le premier étant le manque de normes.

« Ça ne veut rien dire. Quelle est la définition d’ESG ? Elle varie d’une personne à l’autre », reprochait ainsi un répondant de ­Valeurs mobilières ­Desjardins. « ­Pour le moment, c’est vrai. Malheureusement, la définition est très subjective », admet ­Ann-Rebecca ­Savard.

Et ce flou fait que nombre de conseillers sont réticents à se lancer dans le domaine, notamment par crainte qu’on les taxe de faire de l’écoblanchiment ou de la publicité trompeuse. De plus, il faut que les noms des produits axés sur l’ESG soient clairs pour qu’investisseurs et conseillers comprennent leur mandat.

Toutefois, il y a plus de discussions sur le besoin de réglementer le domaine, notamment concernant la divulgation. « ­On voit qu’il y a des organismes professionnels qui commencent à se poser des questions et qui disent comment ça devrait être divulgué ou déclaré dans les rapports annuels », rapporte ­Jean Morissette, consultant spécialiste de l’industrie du courtage de plein exercice.

« C’est là où on s’en va, cette année, assure Ann-Rebecca Savard. Il faut juste qu’il y ait un meilleur système qui permette aux conseillers de distribuer ces produits avec confiance. »

Selon elle, les conseillers peuvent déjà se lancer, car l’important avant tout est de comprendre le client et de cibler la façon dont il veut investir ses avoirs. « ­Les enjeux sont plus derrière que devant nous », ajoute-t-elle.

« ­Selon moi, c’est très arbitraire. C’est du marketing, on veut aller chercher de l’argent avec ça », déplorait un conseiller de BMO Nesbitt Burns.

On entend encore souvent ce commentaire, mais Ann-Rebecca Savard estime que ce reproche n’a pas lieu d’être. « Ça a été un peu du marketing pour certains, surtout quand c’était publicisé de la mauvaise façon », ­admet-elle. Toutefois, ­elle-même estime que l’écoblanchiment, puisque c’était cela selon elle, est devenu très complexe depuis que les autorités de réglementation des valeurs mobilières surveillent cela de près.

Aujourd’hui, « ce qui est un coup de marketing est que si tu connais bien ça, tu peux sortir du lot, car encore beaucoup de conseillers ne connaissent pas vraiment ça », ­affirme-t-elle. Elle réitère que l’analyse ESG permet de connaître son client davantage et donc de mieux faire son travail de conseiller.

Intérêt accru des clients

Certaines catégories de clients semblent plus enclines à demander des produits en IR que d’autres. Ainsi, les jeunes et les femmes semblent être particulièrement attirés vers ce type d’investissement.

« ­Pour les jeunes, c’est de plus en plus important. J’ai beaucoup de clients qui me le demandent », rapportait un répondant d’iA Gestion privée de patrimoine.

Les personnes âgées semblent être aussi particulièrement sensibles. « ­De façon générale, lorsque tu es plus âgé, tu es moins préoc­cupé par l’accumulation et le rendement », analyse Jean Morissette.

« ­Ma mère estimait que rendue là où elle en était dans sa vie, c’était comme un devoir de bien faire de ce ­côté-là », continue-t-il.

« ­Les clients âgés, qui ont des enfants et des ­petits-enfants, sont très intéressés, car ils veulent que ceux-ci vivent sur une belle planète. Ils désirent laisser un bel héritage à leur famille », nuance Ann-Rebecca Savard.

L’âge semble aussi être un facteur déterminant dans l’utilisation de produits ­ESG chez les professionnels, particulièrement chez les conseillers liés à des courtiers multidisciplinaires. Parmi eux, l’âge moyen des conseillers dont 20 % ou plus des actifs sont orientés vers l’ESG est de 43,8 ans. En comparaison, ceux dont entre 0 et 19 % des actifs sont en ­ESG ont en moyenne 48,6 ans. Ainsi, les
conseillers plus jeunes sont légèrement plus susceptibles d’investir les actifs de leurs clients selon les stratégies ESG.

Les résultats de nos pointages montrent qu’il est davantage probable qu’une partie importante des actifs des clients fortunés et de leurs représentants cible l’ESG. Par exemple, les 20 % des répondants qui affichent l’actif moyen par ménage le plus élevé sont plus enclins à avoir une plus grande proportion de leur actif en ­ESG que leurs pairs (80 % restants).

« ­Il y a ­peut-être une perception que les fonds ­ESG sont moins rentables, mais ils sont aussi considérés comme moins risqués. Les gens fortunés, leur préoccupation, ce n’est pas d’en accumuler plus, mais de ne pas en perdre », analyse ­Jean ­Morissette.

De moins bons rendements ?

Parmi les conseillers et dans la population, l’idée que l’investis­sement responsable est synonyme de moins bons rendements est encore forte, bien que plusieurs études aient démontré le contraire.

­Ann-Rebecca ­Savard cite ainsi la ­méta-étude « ­ESG and Financial Performance : ­Uncovering the Relationship by Aggregating Evidence from 1,000 ­Plus ­Studies ­Published between 2015 – 2020 » de Rockefeller ­Capital Management, qui prouve que ces fonds ne performent pas moins bien que les autres, au contraire.

L’étude conclut toutefois que certaines stratégies ­ESG sont plus efficaces que d’autres. Par exemple, l’intégration de facteurs d’analyse ­ESG performe mieux que l’approche d’exclusion, les entreprises qui s’améliorent sur le plan de l’ESG étant susceptibles de déclasser les leaders en matière d’ESG.

La conseillère rappelle également que la performance n’est pas nécessairement le but de tels produits. Certains clients affirment même qu’ils préfèrent que leurs actifs concordent avec leurs valeurs plutôt qu’ils fassent de hauts rendements.

« ­Ce qui est intéressant est qu’un conseiller va moins justifier ses rendements à un client, mais il va justifier les mandats en arrière. C’est la meilleure façon selon moi de parler à ses clients. Car si tu leur dis : “J’ai eu un rendement de 10 % l’an passé”, que ­va-t-il se passer l’année où ça va mal aller ? ­Tes clients vont aller ailleurs », ­dit-elle.

Pour éviter ce genre de préjugé et de dire n’importe quoi au sujet de l’ESG, la conseillère recommande à tous les professionnels de s’informer sur le sujet et ­peut-être de suivre une formation. Il est ainsi possible de devenir spécialiste en ­IR avec la formation de l’Association pour l’investissement responsable ou de suivre le cours de l’Institut ­PRI et d’obtenir le titre de ­RIAC. Certaines universités offrent maintenant des cours sur le sujet.

Elle suggère également de consulter le site du ­Canadian Investment ­Funds ­Standards ­Committee, qui classe près de 500 fonds en ­IR selon six critères.

« L’IR est la saveur du mois », se moquait un conseiller en placement du ­Pointage des courtiers québécois.

Or, cette opinion est loin d’être partagée. Même les répondants qui n’ont presque pas d’actifs de ce type sont conscients que l’avenir se dirige dans cette direction. « J’ai commencé depuis peu à intégrer ces solutions aux options offertes ; mais ça augmentera beaucoup dans les années qui viennent », confiait un sondé du ­Groupe financier PEAK.

« ­La tendance va continuer. On ne peut plus retourner en arrière. Mais ça va s’ajuster et être fait de façon plus intelligente, ce qui va probablement faciliter le travail de ceux qui achètent ou conseillent les gens dans l’ESG, parce que ça va être plus clair », indique ­Jean ­Morissette.

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Énergie propre : un avenir prometteur et turbulent https://www.finance-investissement.com/edition-papier/perspectives-esg/energie-propre-un-avenir-prometteur-et-turbulent/ Tue, 11 Apr 2023 04:19:00 +0000 https://www.finance-investissement.com/?p=92973 Les investissements alimentent la croissance du secteur.

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Les signaux passent au vert pour le secteur de l’énergie propre, ce sous-secteur de l’investissement ESG (environnement, société, gouvernance). Celui-ci a connu des résultats mitigés au cours des dernières années, alors que s’amorce un cycle de développement et d’investissement d’une ampleur sans précédent dans les énergies renouvelables de la part des pays développés.

La loi sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act ou IRA) promulguée par le président Joe Biden le 16 août 2022 prévoit quelque 370 milliards de dollars (G$) US de dépenses liées au climat, apprend-on dans une note sur l’ESG de Banque Nationale Marchés financiers (BNMF). Le budget 2022 du gouvernement du Canada a introduit pour sa part des incitations fiscales et un fonds de croissance de 15 G$ pour les dépenses liées aux technologies propres, selon ce document coécrit par l’analyste Rupert Merer, de BNMF. À l’échelle planétaire, avec l’Accord de Paris, les pays développés se sont engagés à mobiliser 100 G$ US chaque année jusqu’en 2025 pour décarboniser les systèmes énergétiques.

Voilà qui représente une manne d’argent frais pour le secteur de l’énergie propre, qui est au coeur de la lutte aux changements climatiques. Les investissements prévus dans ce secteur devraient atteindre 25 000 G$ dans la production et 75 000 G$ dans la modernisation du réseau et l’efficacité énergétique d’ici 2050, selon le rapport ESG sur l’énergie renouvelable 2021 de Brookfield. L’atteinte de ces objectifs mettra à contribution le secteur de l’énergie et des technologies propres, concluent les auteurs.

Ces perspectives ne sont pas remises en question par l’éventualité d’une prochaine récession, estiment les analystes de BNMF. Ils sont d’avis que les entreprises de technologies propres et d’énergies renouvelables devraient bien se comporter en 2023.

Certes, l’an dernier, des difficultés dans la chaîne d’approvisionnement et la hausse des coûts d’emprunt ont retardé certains investissements dans les infrastructures d’énergie renouvelable. Toutefois, malgré un coût d’emprunt plus élevé, « les actions des technologies propres et de l’énergie renouvelable présentent des occasions de croissance qui résistent à la récession », estiment les analystes de BNMF.

De l’eau au moulin

Cette tendance bénéficie à l’ensemble des catégories d’actifs, selon les experts, en particulier à l’univers des fonds négociés en Bourse (FNB) ESG, notamment en ce qui concerne le E, qui touche à l’aspect environnemental des placements.

« On dénombre actuellement 140 FNB catégorisés ESG au Canada pour un actif total de plus de 12 G$. C’est une démultiplication de l’offre par rapport aux 300 M$enregistrés en 2016 », signale Laurent Boukobza, vice-président et stratège FNB pour l’Est du Canada à Placements Mackenzie.

La catégorie des FNB ESG canadiens compte 8 FNB d’énergie propre qui totalisent un actif de 330 M$ en date du 7 mars 2023, avec des entrées nettes de 4 M$ en février, représentant 3% du volume des FNB ESG canadiens, selon BNMF.

BMO possède les deux principaux FNB canadiens spécialisés dans l’énergie propre, dont la série FNB du Fonds mondial la série FNB du Fonds mondial d’infrastructures d’énergie renouvelable BMO Brookfield (GRNI), créée le 1er mars 2022, qui possède un actif net de 155 M$. En 2021, la banque a lancé le Fonds FNB actions du secteur énergie propre (ZLCN), un fonds indiciel qui a récolté des actifs de 89 M$.

« Malgré le fait que 2022 s’est révélée une année difficile pour les marchés boursiers et obligataires, alors que la plupart des indices ont eu des rendements négatifs, le secteur de l’énergie propre, qui a subi une correction importante en 2021, a moins souffert », signale Erika Toth, directrice, Ventes aux institutions et conseillers pour l’Est du Canada à FNB BMO. En 2022, ce secteur a connu une hausse de 2,14% par rapport à une baisse de 31% en 2021, précise-t-elle.

La spécialiste considère le secteur de l’énergie propre comme « un secteur de croissance à long terme, mais qui peut être assez volati l», notamment chez les entreprises technologiques, davantage soumises aux cycles du marché que les entreprises d’infrastructures. Aussi, les FNB d’énergie propre ne sont pas appelés à jouer un rôle de pierre d’assise dans les portefeuilles, mais ils font bien dans une exposition satellite ou sectorielle, mentionne-t-elle.

Semer des obligations vertes

L’environnement du revenu fixe offre également des perspectives aux investisseurs interpelés par les changements climatiques. « Les obligations vertes permettent d’appuyer et d’accélérer les efforts de transition des entreprises qui cherchent à faire évoluer leur modèle d’affaires pour le rendre plus durable, car elles ont une incidence sur les structures de crédit existantes », apprend-on dans un livre vert de Mackenzie présentant les perspectives environnementales de la firme pour 2023.

De toutes les occasions offertes, John A. Cook, qui codirige l’équipe Greenchip de Mackenzie, croit que la plus grande réside dans l’énergie solaire. C’est l’un des thèmes des six secteurs environnementaux que la firme considère comme des moteurs de croissance, soit l’énergie propre, les technologies d’assainissement, les solutions d’efficacité, l’eau, l’agriculture durable, et les transports.

« Presque tout dans le secteur, de la production d’hydrogène vert aux véhicules électriques, dépend de plus en plus de l’énergie solaire. C’est moins de 3 % de la production mondiale, il y a donc beaucoup de place pour la croissance », rapporte-t-il.

Les prévisions d’installations solaires dans le monde, qui devaient être d’environ 200 gigawatts (GW) l’année dernière, ont plutôt atteint 260 GW, soit la projection établie pour 2025. Les prévisions ont été révisées à 400 GW d’ici deux ans.

La production et le recyclage des batteries électriques ainsi que l’électrification des transports sont d’autres thèmes à surveiller, selon le gestionnaire de placements spécialisé dans les technologies vertes.

Un feu vert s’allume aussi du côté du capital de risque. Après avoir déçu les investisseurs de la première vague des technologies propres (Clean Tech 1.0) de 2006 à 2011, le secteur des technologies climatiques (Climate Tech 2.0) regagne les faveurs de l’écosystème.

« Il y a eu 70 G$ investis dans le secteur des Climate Tech en 2022 à l’échelle mondiale, ce qui représente une hausse de 89 % par rapport à 2021, alors que les investissements totaux en capital de risque étaient en baisse de 42 % au cours de la même période. Cela démontre qu’on est dans un point d’inflexion pour ce marché », estime Meir Rabkin, fondateur de Blue Vision Capital, un fonds d’investissement en capital de risque consacré aux technologies pour le climat.

Selon Holon IQ, les investissements les plus importants en 2022 ont été réalisés aux États-Unis, en Europe et en Chine. En janvier 2023, on dénombrait 83 start-ups dans les technologies propres possédant une valorisation de plus d’un milliard de dollars, du jamais vu dans ce secteur, selon le financier, qui a des participations dans trois jeunes pousses québécoises pour un actif total de 40 M$. Ses secteurs de prédilection : l’efficacité énergétique des bâtiments, les solutions de mobilité, l’économie circulaire, la transition énergétique, les systèmes alimentaires et la gestion du climat.

Craintes d’écoblanchiment

Certaines entreprises pourraient être tentées de « verdir »leur bilan pour s’afficher sur le radar des investisseurs et de verser dans l’écoblanchiment pour profiter de la manne.

L’un des moyens d’éviter ce risque consiste à soumettre les données ESG des entreprises sélectionnées à une vérification rigoureuse, signale Laurent Boukobza. Or, le manque de précision, voire l’absence de réglementation dans certains cas pour définir les critères ESG, suscite des inquiétudes face à cette catégorie d’investissement.

De nouvelles règles sont venues récemment consolider l’approche en la matière. En novembre, lors de la 27e conférence sur les changements climatiques, l’ONU a présenté un rapport visant à encadrer les promesses « zéro émission nette » des entreprises. Son objectif : freiner le phénomène d’écoblanchiment qui nuit à la lutte contre la crise climatique.

Le 7 mars, le Bureau du surintendant des institutions financières a émis de nouvelles règles de divulgation pour les institutions fédérales qui les obligera, d’ici la fin de l’année prochaine, à divulguer les risques climatiques associés aux investissements.

De plus, les deux premières normes de l’International Sustainability Standards Board touchant à la divulgation de l’information financière liée au développement durable devraient être publiées d’ici la fin du deuxième trimestre 2023. L’une de ces normes, IS2, se concentre sur les informations concernant les risques et les opportunités liés au climat.

Éviter les écueils

Le fait de raffiner les critères de sélection des titres ESG contribuera à minimiser les risques que les fonds d’énergie propre soient utilisés d’une manière qui ne corresponde pas aux volontés de l’investisseur, estime Laurent Boukobza.

« Nous avons besoin de plus de transparence dans notre secteur d’investissement et d’un standard de mesure plus développé, opine Meir Rabkin. Quand nous investissons dans une start-up, en plus d’effectuer une vérification diligente complète sur la technologie développée, nous préparons également un rapport d’impact annuellement afin de permettre aux investisseurs de suivre la réduction de dioxyde de carbone que leur dollar a permis de générer. Avec cette approche, le positionnement ESG du portefeuille est beaucoup plus transparent. »

Enfin, Erika Toth souligne que pour profiter des occasions d’investissement dans la transition énergétique, les conseillers doivent avant tout bien comprendre la tolérance au risque des clients ainsi que le niveau de volatilité des fonds d’énergie propre avant de les intégrer aux solutions qu’ils proposent.

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Les produits ESG amorcent une nouvelle phase https://www.finance-investissement.com/edition-papier/perspectives-esg/les-produits-esg-amorcent-une-nouvelle-phase/ Tue, 11 Apr 2023 04:17:00 +0000 https://www.finance-investissement.com/?p=92971 Vers de nouveaux types de fonds.

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De nouvelles règles, des marchés difficiles et des impératifs stratégiques mènent les produits ESG vers une autre phase, alors que les manufacturiers se tournent vers des thèmes précis et privilégient les produits axés sur les rendements ou la réduction du risque.

Les lancements de produits ESG se sont multipliés ces dernières années, mais ils ont ralenti à la fin de 2022. Selon Morningstar, un seul fonds durable a fait son entrée sur le marché canadien au quatrième trimestre, le plus faible total en près de quatre ans.

Ce ralentissement a contrasté avec un premier trimestre record, pendant lequel 28 fonds durables ont été lancés.

Ces fluctuations qui ont ponctué l’année reflétaient la situation générale des marchés, alors que la hausse des taux et la guerre en Ukraine ont nui aux rendements, selon Fate Saghir, cheffe du développement durable à Placements Mackenzie.

« Beaucoup d’entre nous essayaient de prendre du recul et de vérifier s’ils avaient mis en place les bonnes stratégies, dit Fate Saghir. Cela reflète le marché au sens large et pas seulement celui de l’investissement durable. »

Toutefois, la baisse des titres de croissance, qui avaient généré des rendements exceptionnels pendant la pandémie et la réémergence du secteur de l’énergie comme leader du marché ont compliqué encore plus la situation pour les manufacturiers de fonds ESG.

Le moment n’était pas idéal pour lancer des produits durables, d’après Ian Tam, directeur de la recherche sur les placements pour le Canada à Morningstar. De nouvelles règles pour les gestionnaires de fonds peuvent également avoir contribué au ralentissement, selon lui. En janvier 2022, les Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM) ont publié , à l’intention des gestionnaires de fonds, des indications quant à l’information sur les fonds d’investissement en matière d’ESG afin de lutter contre l’écoblanchiment dans ce secteur.

« Avant 2022, au Canada, il n’y avait pas vraiment de directives réglementaires sur ce qui devait être mentionné dans un prospectus, mais maintenant oui, affirme Ian Tam. Cela hausse immédiatement la barre pour les sociétés de fonds. »

Ian Tam ajoute que les exigences en matière de rapports aussi ont probablement eu une répercussion sur les types de fonds durables lancés l’an dernier. Se fondant sur les six catégories du cadre d’identification de l’investissement responsable du Comité de normalisation des fonds d’investissement du Canada (CIFSC), il a noté que beaucoup plus de nouveaux fonds ont été lancés l’an dernier en utilisant les exclusions ESG (64), l’intégration et l’évaluation ESG (55), et les meilleurs de la catégorie ESG (52) qu’en se référant aux activités d’engagement et de gestion ESG (41), à l’investissement thématique ESG (33) et à l’investissement d’impact (32). (Soixante-huit fonds durables ont été lancés l’an dernier, mais de nombreux fonds peuvent appartenir à plus d’une catégorie.)

Les trois premières catégories sont axées sur la réduction du risque ou la hausse des rendements, indique Ian Tam. Les trois autres sont censées avoir des retombées positives sur la planète ou sur la société, et exigent des rapports plus rigoureux.

Les fonds « meilleurs de la catégorie ESG » s’appuient généralement sur un indice, dit Ian Tam, tandis que les fonds d’exclusion peuvent utiliser des données provenant de manufacturiers indépendants dans leurs divulgations. Ils sont donc un peu plus faciles à émettre.

D’autre part, les manufacturiers de fonds d’engagement ESG sont tenus de déclarer leurs votes par procuration et leur engagement auprès des émetteurs, souligne Ian Tam. Les fonds d’impact doivent démontrer leur action – par exemple, en réduisant leur empreinte carbone et en expliquant le processus d’obtention de la réduction.

« C’est beaucoup de travail pour le gestionnaire de portefeuille, juge-t-il. Selon moi, il y en a moins parce que la barre est plus haute. »

Après le lancement d’un si grand nombre de fonds ces dernières années, le secteur a peut-être aussi atteint un point de saturation, du moins sur le plan des types de fonds ESG existants.

« La plupart d’entre nous ont maintenant sur leurs tablettes un fonds de marché large de type meilleur de sa catégorie, fait remarquer Fate Saghir. Ce qui sera vraiment intéressant – à mesure que les classifications et les normes de divulgation émergent –, c’est ce que nous pourrons faire avec ces données en matière d’investissements plus thématiques. »

Les ACVM réexaminent maintenant leurs propositions de normes de divulgation sur le climat pour les émetteurs après que la Securities and Exchange Commission et l’International Sustainability Standards Board ont publié leurs propres propositions. Quand des règles définitives seront établies, les sociétés de fonds surveilleront la manière dont les informations peuvent être utilisées dans les produits, observe Fate Saghir.

Considérant tous ces éléments, les produits ESG pourraient entrer dans une nouvelle phase.

Selon Tiffany Zhang, analyste en FNB à la Financière Banque Nationale, de nombreux produits ESG ressemblaient traditionnellement aux produits indiciels larges, avec une faible part active. Mais maintenant, estime-t-elle, « le concept d’ESG devient plus concret et plus tangible. » Cela signifie que les investisseurs peuvent maintenant sélectionner des thèmes comme l’énergie renouvelable, les équipes de gestion de fonds exclusivement féminines ou l’or exploité de manière responsable.

« Les investisseurs peuvent vraiment choisir ce qu’ils croient être ESG », précise Tiffany Zhang.

Au moment de mettre sous presse, les seuls FNB ESG lancés au Canada cette année étaient une série de produits à dividendes d’Invesco Canada.

Fate Saghir s’attend à ce que davantage de produits soient lancés avec un objectif précis.

« J’ignore si nous avons actuellement les composantes nécessaires à la construction d’un portefeuille [ESG] réellement diversifié. J’imagine que des lancements combleront certaines de ces failles. »

Entre-temps, la classification CIFSC peut aider les conseillers à faire un tri parmi les centaines de produits offerts, mais les conversations avec vos clients sur l’importance de l’ESG à leurs yeux resteront importantes.

Charles Provost, conseiller en gestion de patrimoine au Groupe de gestion de patrimoine Vo-Dignard Provost de la Financière Banque Nationale, à Montréal, explique que son équipe ne se limite pas aux fonds identifiés ESG lorsqu’elle bâtit des portefeuilles durables pour les clients.

« Nous avons remarqué que certains fonds sont étiquetés ESG, mais quand on creuse, on constate qu’ils ne sont peut-être pas parfaits, dit-il. À l’inverse, des fonds qui ne sont pas étiquetés ESG répondent à nos critères. Nous ne nous limitons pas aux produits étiquetés ESG. »

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Intérêt accru des conseillers pour l’ESG https://www.finance-investissement.com/edition-papier/perspectives-esg/interet-accru-des-conseillers-pour-lesg/ Tue, 11 Apr 2023 04:09:00 +0000 https://www.finance-investissement.com/?p=92963 Leur actif géré le reflète.

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Image au goût du jour : dans une vidéo qu’il tourne en forêt, le conseiller en placement Richard Nickerson, de Gestion de capital Assante, à Halifax, déambule sur un sentier en faisant part de ses valeurs durables et des investissements axés sur les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) qu’il offre à ses clients.

La plupart des conseillers n’en sont certainement pas là, mais la vidéo de Richard Nickerson est symptomatique d’un virage qui marque de plus en plus le monde du conseil financier. Ce virage est loin d’être accompli, selon Jean Morissette, spécialiste de l’industrie du courtage de plein exercice : «Ce n’est pas à maturité encore, bien qu’on en parle depuis un certain temps déjà. C’est une tendance lourde du côté des investisseurs institutionnels, mais pas encore du côté privé. »

L’édition 2022 du Pointage des courtiers québécois révèle que la part moyenne pondérée de l’actif géré par les conseillers en placement sondés ciblant les facteurs ESG s’élève à 34,9 %. C’est plus du double de la proportion de 15,6 % qu’on observait lors du Pointage de 2020.

Les conseillers liés à des courtiers multidisciplinaires (courtiers en placement et en épargne collective) demeurent à la traîne, mais l’ESG dans le portefeuille de leurs clients affiche une progression tout aussi importante. La part moyenne pondérée de l’actif administré par ces conseillers ciblant les facteurs ESG s’élevait à 13,5 % pour le Pointage des courtiers multidisciplinaires de 2022, par rapport à 5,7 % pour le même sondage en 2020.

L’ESG laisse de moins en moins indifférent, phénomène plus marqué du côté du courtage de plein exercice. En 2020, 42 % des conseillers de ce secteur n’intégraient aucun investissement orienté vers les facteurs ESG dans leurs portefeuilles. En 2022, ils n’étaient plus que 15 %. Sur le plan des conseillers liés à des courtiers multidisciplinaires, alors que 34 % des conseillers n’avaient aucune position en ESG en 2020, leur proportion est passée à 16,3 % en 2022, amenant à égalité les « résistants » dans chaque secteur.

On pourrait croire que les conseillères sont plus réceptives à l’ESG. C’est le cas, mais de peu. Les femmes conseillères sont légèrement plus susceptibles d’avoir une proportion de leur actif orienté vers l’ESG de 20 % ou plus comparativement aux conseillers masculins.

Les conseillers plus jeunes sont aussi légèrement plus enclins à favoriser les portefeuilles ESG. L’âge moyen des conseillers dont 20 % ou plus de l’actif est orienté vers des stratégies ESG est de 46,8 ans pour les conseillers de plein exercice et de 48,2 ans pour les conseillers liés à des courtiers multidisciplinaires. En comparaison, ceux dont entre 0 et 19 % de l’actif est en ESG ont respectivement 48,1 ans et 49,2 ans.

Pour voir le tableau en grand format, cliquez ici.

Le virage ESG est davantage accentué du côté des conseillers au service de clients plus fortunés, plus précisément dans le segment des 20 % des conseillers qui affichent le ratio d’actif géré par ménage le plus élevé. En 2022, la part moyenne pondérée de l’actif géré par les conseillers en placement faisant partie des 20 % ciblant le plus les facteurs ESG était de 36,7 %, par rapport à 19 % pour les autres 80 %. Chez les conseillers liés à un courtier multidisciplinaire, ces proportions étaient de 14,8 % et de 12,6 % respectivement.

Résistance

Dans les pointages de 2022, les commentaires réfractaires à l’endroit de l’ESG continuent d’abonder, même s’ils sont moins nombreux qu’en 2020. « C’est du brainwashing ! », tranche un conseiller de plein exercice. Un autre ajoute : « C’est de la bullshit. » Par contre, le reste de son commentaire est plus nuancé : « Ce n’est pas que je ne crois pas à la durabilité, mais je trouve que la façon dont MSCI le structure est sans valeur, car des pipelines ont une cote ESG. Ça n’a pas de sens. » Les avis de ce genre ne manquent pas chez les courtiers multidisciplinaires. « C’est une cochonnerie marketing ridicule », juge un conseiller, alors qu’un autre affirme : « Je trouve que l’approche ESG tient plus à du marketing sans plus-value réelle. »

« Je suis réaliste et je n’y crois pas », affirme un autre, lui aussi nuançant sa réflexion d’un commentaire qui n’est pas sans fondement : « Vous pensez vraiment que des entreprises comme Suncor, Amazon et Walmart ont leur place dans des fonds ESG ? Elles y paraissent pourtant presque partout. Et il y a surpondération du secteur technologique, ce qui augmente le risque pour mes clients. »

De manière générale, les fonds ESG sont généralement plus concentrés et plus chers qu’un fonds de marché large à faibles frais.

En outre, une majorité de conseillers sondés notent le manque d’intérêt de la part de leurs clients. « Mes clients ne s’en soucient pas », affirme l’un. Un autre dit de même, mais laisse poindre une lueur d’espoir : « Pour le moment, pas de demande, mais on voit venir le demande, mais on voit venir le changement. »

Faut-il souligner que les intervenants précédents n’ont aucune part ESG en portefeuille ? Par contre, dès que les portefeuilles des conseillers commencent à avoir une composante ESG, les commentaires se font plus accueillants et on voit une foule de notes du genre : « On commence. » « J’augmente progressivement. » « Je suis en train de l’inclure graduellement dans mes recommandations et portefeuilles. »

La demande croissante des clients semble être le moteur de changement le plus important. C’est ce que manifeste un grand nombre de commentaires, peut-être même une majorité, chez les conseillers qui ont encore une faible proportion d’actifs ESG en portefeuille. « C’est récent comme stratégie de placement, dit un conseiller. Maintenant, les clients en veulent et il y a une rentabilité. » Un autre confirme : « Mes clients me le demandent de plus en plus; c’est un pourcentage qui est appelé à augmenter dans les prochaines années. »

Évidemment, l’orientation ESG n’est pas chose fortuite. Plus on trouve une part ESG importante dans un portefeuille, plus l’engagement est affiché et systématique. Un conseiller de plein exercice dont le portefeuille détient une part ESG de 20% affirme que « c’est un choix personnel:j’ai une clientèle de femmes, c’est moi qui le recommande ». Un autre dont la part ESG se chiffre à 80 % est convaincu : « Tout ce que je propose est ESG », dit-il.

Les échos sont similaires du côté multidisciplinaire. « C’est un pourcentage qui grandit de plus en plus; les gens veulent être informés à ce sujet », affirme un conseiller dont la pondération du portefeuille en ESG s’établit à 11,5 %. Évidemment, avec une pondération à hauteur de 95 %, un autre ne cache pas son engagement : « Toute notre approche est basée là-dessus », tranche-t-il.

Outils carancés

Malgré une avancée notable, il reste que l’ESG est encore loin d’avoir remporté la mise. Chez les conseillers qui s’y sont à peine engagés, les commentaires manifestent encore beaucoup d’interrogations et de scepticisme. Par exemple, « difficile de s’assurer que le fonds est vraiment ESG. Tout le monde se prétend ESG ! », soumet un conseiller lié à un courtier multidisciplinaire. Un autre, de plein exercice, regrette « un manque de cohésion dans les offres de produits », alors qu’un autre juge que, dans une perspective à long terme, « on ne peut pas facilement structurer un portefeuille ESG ».

Jean Morissette confirme les difficultés auxquelles sont confrontés les conseillers. Alors que les investisseurs institutionnels disposent de grilles et de systèmes formels d’évaluation bien organisés, « je ne suis pas sûr que tous les courtiers aient les outils pour évaluer l’offre ESG », dit l’analyste. Certes, il reconnaît l’intérêt accru pour l’ESG chez les conseillers, mais « doute que plusieurs le fassent avec une approche et un processus structuré et discipliné ». Déjà, les conseillers sondés y faisaient référence en 2020.

Selon le spécialiste, l’ESG pose un défi de mesure. La grande majorité des conseillers ont organisé leurs portefeuilles pour servir des groupes d’investisseurs selon des critères bien connus de tolérance au risque, pas pour intégrer des cibles précises comme l’ESG. « On trouve plein de bonnes intentions, mais ça va demeurer des intentions pieuses tant qu’on n’aura pas des outils réels pour mesurer ce que l’ESG contribue à la performance d’un portefeuille. »

De plus, la question de la performance ESG a été à nouveau mise à l’épreuve en 2022. « Si tu t’es coupé du pétrole l’an dernier, tu as sous-performé », lance le spécialiste.

Éric Lauzon, vice-président, développement des affaires et recrutement à Gestion de patrimoine Assante, reconnaît le bien-fondé des affirmations de Jean Morissette. Par contre, il souligne combien une orientation ESG peut favoriser la carrière d’un conseiller. « Quand les conseillers alignent leurs croyances et leurs pratiques, dit-il, c’est souvent là qu’ils ont le plus de succès. » Évidemment, cela est valable si un conseiller a acquis une ferme conviction ESG. Les pointages de Finance et Investissement montrent que ce n’est pas encore le cas pour une majorité.

La thématique ESG est surtout un impératif concurrentiel, selon Éric Lauzon. « Pour les conseillers indépendants, il importe d’être à l’affût de ces développements parce que les banques le font. Elles sont tellement dominantes dans le marché, ça crée un effet et il faut en tenir compte. »

Par ailleurs, pour atténuer les difficultés d’analyse, de sélection et de mesure que fait ressortir Jean Morissette, Éric Lauzon propose le recours à ce qu’il appelle des produits tout-en-un. « Les fonds de fonds ESG ont tellement gagné en popularité : un conseiller devrait avoir recours à un tel produit qu’un fournisseur a déjà certifié, fait-il ressortir. S’il faut qu’un conseiller fasse tout de façon artisanale, alors il s’embarque dans un travail bien ardu. »

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ESG : bien choisir son produit https://www.finance-investissement.com/edition-papier/perspectives-esg/esg-bien-choisir-son-produit/ Tue, 11 Apr 2023 04:07:00 +0000 https://www.finance-investissement.com/?p=92960 Experts et observateurs donnent leur avis.

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Conseiller adéquatement un fonds d’investissement axé sur les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) n’est pas simple. L’offre de fonds de ce genre est vaste et peut engendrer de la confusion chez les clients et les conseillers, d’où l’importance de faire une vérification diligente. Voici certains éléments à évaluer, selon des experts qui se sont exprimés lors de la conférence Inside ETFs Canada, à Toronto, en octobre 2022.

Avec l’ESG, un conseiller vise à aider son client à atteindre ses objectifs financiers tout en l’alignant sur ses valeurs éthiques. Ce mariage signifie faire des compromis, notamment par rapport aux frais de gestion des fonds, à la diversification du portefeuille et aux écarts de performance par rapport à un fonds de marché large à faibles frais. Non seulement un fonds ESG facture généralement des frais plus élevés par rapport à ce dernier, mais il peut subir des périodes de sous-performance, notamment en raison du risque de concentration.

Sur le plan des fonds d’actions, on doit séparer en deux camps les fonds ESG, soit les fonds sectoriels ou thématiques, qui investissent par exemple dans les énergies renouvelables, et les fonds qui suivent des indices de marché large avec une composante ESG, selon Tim Nash, président de Good Investing. Les premiers sont généralement plus concentrés, plus chers et sont conçus pour être dans la partie satellite du portefeuille d’un client. Les seconds sont davantage conçus pour prendre une place centrale du portefeuille, mais sont plus chers que ceux à faibles frais qui reproduisent le même indice de référence.

Tim Nash désigne ces derniers comme « faisant moins de mal ». « Ils permettent de se débarrasser des pires entreprises, mais les produits sont créés pour suivre un indice de marché large. Ils sont sans parti pris par rapport au produit vendu et tentent d’avoir les mêmes allocations sectorielles et géographiques (que celles de l’indice de référence). »

Les fonds thématiques visent souvent l’atteinte des objectifs de développement durable de l’Organisation des Nations unies et sont du type « faire davantage de bien ». Avant d’y investir, Tim Nash montre graphiquement à ses clients l’écart de suivi par rapport à un indice traditionnel et leur parle entre autres des frais et des risques de concentration.

Regarder sous le capot

Il est important de comprendre la méthodologie d’un fonds avant d’y investir afin de s’assurer qu’il correspond aux valeurs du client. Certains fonds excluent des secteurs particuliers, comme le tabac et l’armement, ce qui vient hausser le coût de capital de ces entreprises. Certains fonds vont surpondérer les leaders d’un secteur sur le plan de l’ESG et sous-pondérer les cancres, mais sans pour autant se désinvestir des combustibles fossiles.

« Il ne faut pas oublier que les systèmes de notations ESG sont composés d’une note pour le E, pour le S et pour le G. Une entreprise peut scorer différemment selon les diverses catégories. C’est l’agrégation des notes des trois catégories qui donne le score final », soulignait Sucheta Rajagopal, conseillère en placement et gestionnaire de portefeuille à Corporation Recherche Capital.

Considérant qu’un client peut être plus sensible à l’un ou l’autre des facteurs, il est important de comprendre la pondération des facteurs et les indicateurs qui peuvent influencer le score final. C’est le cas entre autres pour le filtre visant à exclure les entreprises faisant l’objet de controverses.

Par exemple, l’indice MSCI Canada ESG Leaders rejette les titres des banques RBC et CIBC car elles en ont suscité selon MSCI, bien que les scores ESG de ces institutions ne soient pas pires que celui de leurs pairs, d’après une analyse de Banque Nationale Marchés financiers (BNMF). Par contre, le filtre de S&P découlant d’une analyse des médias et des intérêts des parties prenantes n’entraîne pas l’exclusion de RBC, mais plutôt le rejet de CIBC et de la Banque Nationale de l’indice S&P/TSX Composite ESG. Sustainalytics n’exclut aucune banque, si bien que seules trois des six plus grandes banques canadiennes figurent dans les trois principaux fonds ESG, indique BNMF.

« Il y a tant d’influence qui provient du système de notation », résume Tim Nash. Selon lui, le conseiller peut ajouter beaucoup de valeur en enseignant à son client les différentes méthodologies afin de lui permettre de trouver le bon produit.

Avant de choisir un produit pour un client, un conseiller a l’obligation de bien le connaître. Pour y parvenir, on devrait notamment cibler différents éléments, selon Linda Ma, analyste, FNB et produits financiers à BNMF.

D’abord, il devrait déterminer sa tolérance au risque et la répartition d’actif cible, disons 60 % actions, 40 % titre à revenu fixe. Durant cette étape, le représentant devrait évaluer le degré de tolérance à afficher un écart de performance par rapport à un indice de marché large traditionnel. Si cette tolérance est faible, il devrait trouver un produit qui a plus tendance à le suivre.

Un conseiller devrait également comprendre quel type d’entreprises il souhaite exclure de son portefeuille, sachant que la plupart des fonds ESG appliquent un filtre d’exclusion. « Prenons l’exemple des fonds qui disent qu’ils excluent les énergies fossiles. Ils peuvent par exemple exclure les entreprises des sables bitumineux, mais inclure les pipelines, explique Linda Ma. Il y a beaucoup de nuances que les gens devraient comprendre par rapport à l’exclusion. »

On doit également considérer le style d’investissement du client. Par exemple, sont arrivés sur le marché des FNB ESG d’options d’achat couvertes et d’autres fonds d’investissement socialement responsable qui ont une composante factorielle comme le type « valeur », selon Linda Ma.

« Après avoir répondu aux questions de l’investisseur sur ces éléments, on peut passer au choix de produit et alors en évaluer les frais, la performance, la liquidité, sa part active (active share) et ses biais sectoriels », ajoute-t-elle.

La part active mesure la différence entre un portefeuille et son indice de référence. Lorsque celle-ci est de 0 %, le portefeuille est identique à son indice. Dans l’univers canadien des FNB ESG, celle-ci varie de 18% à 100 %, selon une analyse de BNMF.

L’écoblanchiment (greenwashing) et le faux marketing vert demeurent un enjeu auquel les conseillers et l’industrie financière continueront d’être confrontés dans les années à venir. Pour s’en prémunir et éviter les accusations en provenance des clients, la transparence, tant des données que dans la manière de bâtir un portefeuille reste primordiale, selon Margaret Dorn, directrice principale, chef des indices ESG pour l’Amérique du Nord à S&P Dow Jones Indices.

« L’écoblanchiment est un problème, mais il y a beaucoup de plaintes par rapport à cela qui ne sont que le résultat d’une divergence entre le produit et la façon entre le produit et la façon dont une personne définit l’ESG », ajoute-t-elle. Selon elle, cette subjectivité est variable et propre à chacun, si bien qu’une moitié de clients pourraient juger un indice comme trop vert alors que l’autre, pas assez.

David P. O’Leary, fondateur et directeur de Kind Wealth, abonde dans le même sens, considérant que bon nombre d’accusations d’écoblanchiment découlent d’une méconnaissance de la conception des indices ESG. Selon lui, les conseillers doivent également évaluer leurs processus d’affaires en utilisant le filtre ESG, car les clients peuvent y être sensibles.

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Vers un meilleur encadrement des fonds ESG https://www.finance-investissement.com/edition-papier/perspectives-esg/vers-un-meilleur-encadrement-des-fonds-esg/ Tue, 11 Apr 2023 04:06:00 +0000 https://www.finance-investissement.com/?p=92954 On a dressé une liste de ceux-ci.

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Divers organismes du Canada ont entrepris de mieux encadrer les fonds d’investissement axés sur les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), notamment en publiant une première liste des fonds d’investissement qu’on peut désigner ainsi.

Le Comité de normalisation des fonds d’investissement du Canada (CIFSC) a annoncé à la fin de janvier 2023 la mise en place d’un cadre de désignation des fonds ESG s’appuyant sur des normes internationales et nationales. « En Europe, les régulateurs ont créé en quelque sorte des règles plus rigides basées sur ce qu’ils ont appelé leur Sustainable Finance Disclosure Regulation. Au Canada, nous avons adopté une approche différente plus volontaire avec comme guide, par exemple, le CFA Institute, qui a jeté les bases d’un certain encadrement avec les Global ESG Disclosure Standards », indique Danielle LeClair, directrice de la recherche sur les gestionnaires à Morningstar Canada et actuellement présidente du CIFSC.

Le cadre de désignation des fonds ESG a aussi été conçu en collaboration avec des acteurs de l’industrie, des firmes de recherche et des gestionnaires d’actifs. L’approche telle que définie par le CIFSC est aussi complémentaire aux «indications»mises de l’avant par les Autorités canadiennes des valeurs mobilières (ACVM) au début de 2022.

Devant l’intérêt croissant pour l’investissement responsable (IR) et afin de prévenir le risque grandissant d’écoblanchiment, les gendarmes financiers avaient communiqué un ensemble d’indications destinées aux fonds d’investissement et à la publication d’information sur les critères ESG. « Nous avons pris connaissance et tenu compte de l’ensemble des lignes directrices énoncées, y compris celles des organismes de régulation (ACVM), et à partir de cela avons créé un cadre de désignation des fonds ESG », explique Danielle LeClair.

En plus du cadre d’identification des fonds d’IR, le CIFSC a dressé une liste de fonds identifiés comme produits d’IR. « Nous avons recherché des entreprises de fonds qui étaient très précis dans leur façon d’aborder les thèmes ESG, leur traitement et leur intégration dans leurs produits financiers de manière que nous puissions en faire l’évaluation. À la base, nous avons regardé plus de 400 fonds. »

« L’idée est de fournir de l’aide non seulement aux investisseurs intéressés par l’investissement responsable, mais aussi aux conseillers qui doivent pouvoir aider ces mêmes personnes avec des outils qui utilisent la même terminologie et répondent aux mêmes attentes. Ça aide aussi les manufacturiers de fonds à mieux répondre aux besoins. Au bout du compte, ça facilite la conversation. »

La liste permet d’en apprendre davantage sur la méthodologie du fonds. On y apprend entre autres si un fonds utilise ou pas un filtre d’exclusion de certains secteurs controversés, comme les produits du tabac ou d’armement, ou s’il investit ou non dans les leaders sectoriels en matière d’IR. On peut aussi savoir si un fonds peut être considéré comme un investissement d’impact, par exemple s’il vise à avoir des retombées positives sur l’environnement via une technologie de captation et stockage du carbone dans l’air. La liste comprend plus de 380 fonds.

Cet outil est un pas dans la bonne direction, d’après Thomas Estinès, codirecteur général du Groupe investissement responsable (GIR). Selon lui, le Canada traînait un peu de la patte à ce chapitre. « En Amérique du Nord, il y a peut-être eu ce réflexe plus pragmatique de laisser le marché agir seul, mais la multiplication des fonds ces dernières années a changé la donne et forcé une réflexion. La question de l’écoblanchiment a sûrement joué un rôle aussi. »

Selon lui, ce cadre – et les diverses catégories identifiées – va aider à établir des définitions et un vocabulaire communs. « Pour l’instant, il s’agit plutôt de recommandations. C’est assez soft. Il faudrait à terme songer à imposer quelque chose de plus contraignant. » Il pense, par exemple, à des interdictions d’investir dans certains projets ou secteurs (charbon thermique, exploration de gisements) et, en même temps, à des incitatifs pour financer et stimuler des solutions sobres en carbone.

Danielle LeClair convient qu’il s’agit d’une initiative appelée à évoluer dans le temps. « Nous allons réviser la liste sur une base mensuelle. En définitive, les gens qui vont en bénéficier le plus sont les investisseurs. Jusqu’à maintenant notre initiative a été très bien reçue par les gens de l’industrie – et même ceux de l’extérieur. »

Elle ne sait pas si les autorités réglementaires chercheront à renforcer le cadre actuel, mais assure qu’ils resteront prêts à adopter des changements le cas échéant. « C’est quelque chose qu’on a vu dans d’autres marchés, je m’attends à ce qu’il y ait [davantage de réglementation], mais sous quelle forme, nous ne le savons pas encore. »

Cette clarification du CIFSC arrive à point nommé alors que la demande de fonds d’investissement ESG ne semble pas près de s’essouffler. Selon le dernier rapport 2022 sur les fonds d’investissement de l’Institut des fonds d’investissement du Canada (IFIC), les ventes nettes des fonds communs et des fonds négociés en Bourse axés sur les facteurs ESG ont « considérablement augmenté ces trois dernières années ».

« À la fin de 2022, l’actif des fonds communs de placement axés sur l’investissement responsable totalisait 34,5 milliards de dollars et celui des FNB axés sur l’investissement responsable, 10,2 milliards de dollar », peut-on lire dans le plus récent rapport.

Au cours de la dernière année, les fonds communs axés sur l’investissement responsable ont été « l’un des rares segments du secteur des fonds communs de placement à afficher une croissance ». L’IFIC précise que pour identifier les fonds ESG, elle utilisera à l’avenir le cadre des fonds d’investissement responsable élaboré par le CIFSC.

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Attentes face à l’ESG en redéfinition https://www.finance-investissement.com/edition-papier/perspectives-esg/attentes-face-a-lesg-en-redefinition/ Tue, 11 Apr 2023 04:05:00 +0000 https://www.finance-investissement.com/?p=92959 Zoom sur les tendances du secteur.

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« L’ESG n’est pas une tendance passagère dans les marchés financiers, mais une trame de fond qui ne fait que commencer à s’installer pour des décennies à venir », affirme Grégoire Baillargeon, président de BMO Groupe financier pour le Québec.

L’année 2022 confirme les propos du banquier, mais apporte également plusieurs bémols. Malgré un recul marqué sur les marchés financiers, la vague de l’investissement axé sur les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ne s’est pas brisée pour autant. Aux États-Unis et au Canada, les créations nettes de fonds négociés en Bourse (FNB) de type ESG ont chuté de 90 % et de 32 % respectivement, selon une étude de Banque Nationale Marchés financiers (BNMF) de janvier 2023.

Le secteur a été malmené par les Bourses, rapporte BNMF. Les dix principaux FNB ESG canadiens au chapitre de l’actif géré ont subi une déconfiture de -12 % comparativement à -9 % pour l’indice S&P/TSX, le recul étant de 20 % pour les dix principaux FNB ESG américains, par rapport à une baisse de 19 % du S&P 500.

La mauvaise performance tient en grande partie à la forte présence de titres technologiques dans les fonds, la corrélation entre l’indice MSCI World ESG Leaders et le NASDAQ étant de 0,95. Les piètres résultats des FNB ESG tiennent aussi à l’absence de titres énergétiques, « le seul secteur, cela adonne, qui a connu des gains notables en 2022 », note l’analyste Baltej Sidhu, auteur du rapport de BNMF.

Malgré cela, les investisseurs n’ont pas abandonné le secteur. Pour 2022, 2,8 G$ ont été versés dans des FNB ESG, un montant élevé quand on le compare aux 4,7 G$ US qui ont fait leur chemin dans les FNB ESG américains.

Remous américains

Différents facteurs expliquent ce renversement de tendance, dont une politisation de l’ESG ainsi qu’une hausse de son encadrement réglementaire aux États-Unis, relate BNMF. Ainsi, une supervision intensifiée provenant surtout de la Securities and Exchange Commission (SEC) et des accusations d’écoblanchiment suscitent une hausse marquée de poursuites légales. Au cabinet Norton Rose Fulbright, le quart des avocats en litige s’attendent à une augmentation de litiges liés à l’ESG.

La SEC demande que les fonds, pour bénéficier d’une étiquette ESG, alignent au moins 80 % de leurs fonds avec des investissements appareillés. Cela entraîne une réorientation importante des fonds et des changements de noms, les gestionnaires s’inquiétant de poursuites potentielles. Déjà, dans l’Union européenne (UE), on a vu des fonds affichant 72 milliards d’euros affectés à des fonds « vert foncé » (selon l’article 9) se déclasser volontairement vers un statut « vert pâle » (article 8). Après la tendance à l’éco-blanchiment, on assiste à de « l’éco-amenuisement » (green-hushing).

L’analyse de BNMF rend compte également de la contestation provenant de plusieurs États américains qui, par exemple, imposent à leurs fonds de pension de se retirer de fonds d’investissement ESG parce que ceux-ci interdisent les placements dans le secteur pétrolier.

De plus, 2022 s’est terminée par un coup de tonnerre lorsque Tim Buckley, président de Vanguard, le deuxième plus important gestionnaire de fonds au monde, a annoncé son retrait de la Net Zero Managers Initiative, représentant des actifs sous gestion d’une valeur de 59 G$ US, affiliée à la Glasgow Financial Alliance for Net Zero. Tim Buckley affirme que l’engagement ESG ne lui permet pas d’honorer son devoir fiduciaire d’assurer les meilleurs rendements aux investisseurs. « Il serait irresponsable de parier l’argent de ses clients sur le fait que les politiciens et les régulateurs font toujours ce qu’il faut, juge un chroniqueur du Wall Street Journal. Il y a de moins en moins de possibilités que la planète soit carboneutre d’ici 2050. Personne ne devrait promettre de fonder toute sa stratégie d’investissement sur de telles probabilités. »

La surveillance accentuée de la SEC, la contestation politique visant la thématique ESG dans différents États américains et la réévaluation générale des actifs ESG par les firmes d’investissement ont mené à une chute marquée des actifs ESG sous gestion aux États-Unis, « qui ont plongé à une part de 13 % d’un marché total de 67 G$US en 2021 comparativement à 33 % d’un marché total de 52 G$ US en 2019 », écrit Baltej Sidhu.

Il ne faut pas trop s’émouvoir de ces difficultés, selon l’analyste de BNMF, qui estime qu’un scepticisme plus grand à l’endroit de l’ESG est bienvenu et représente simplement une crise de croissance nécessaire et saine. « La surveillance accrue est largement nécessaire et démontre que la thématique mûrit », écrit-il.

Aux yeux de Baltej Sidhu, ce grand remaniement constitue la tendance majeure de 2022. En 2023, « nous devrions assister à la même chose, écrit-il, les investisseurs faisant preuve de prudence (et de scepticisme) dans le cadre d’un plus grand nettoyage et d’une plus grande concentration ».

Au sein de ce remaniement, d’autres tendances se dessinent ou se poursuivent. Celle qui est peut-être la plus importante tient aux efforts de réglementation et de taxonomie en cours. Au Canada, une étape majeure a été atteinte au début de mars avec la publication du Rapport sur la feuille de route de la taxonomie par le Conseil d’action en matière de finance durable, rapport que Grégoire Baillargeon qualifie de « plus important développement de 2023 ». Notons qu’il ne traite que d’une taxonomie climatique, consacrée uniquement au « E » de l’acronyme ESG.

L’International Sustainable Standard Board, division de l’IFRS qui détermine les normes comptables mondiales, a publié en juin ses normes de standardisation liées aux questions climatiques. « Les normes sont volontaires, mais plusieurs pays ont dit appuyer l’initiative et la rendront obligatoire », prévoit Rosalie Vendette, directrice chez Quinn et associés. « Les entreprises leaders vont endosser ces standards, ce qui va forcer la main des retardataires », ajoute-t-elle.

Au chapitre réglementaire, une seule initiative capitale a abouti à ce jour:la Corporate Sustainability Reporting Directive, publiée par l’Union européenne en décembre 2022 et visant les entreprises y étant actives dont le chiffre d’affaires dépasse 150 millions d’euros. Ces directives de l’UE visent les trois secteurs de l’ESG:environnement, société, gouvernance.

Par ailleurs, Rosalie Vendette note plusieurs travaux en cours tant à la SEC qu’à l’Autorité des marchés financiers, mais elle ne peut déterminer encore l’avènement d’un cadre réglementaire précis, quoique les « réflexions » de la SEC ont déjà suscité plusieurs ajustements.

Finance durable bancaire

L’activité de prêt durable constitue une tendance importante, selon Rosalie Vendette, ce que confirme Grégoire Baillargeon. « Les prêts sont liés à l’atteinte d’objectifs durables et leur taux d’intérêt est ajusté en fonction, dit celui-ci. Ça fait partie du rôle des banques comme courroies d’engrenage entre les capitaux et l’économie; on propose d’agir comme arbitres pour vérifier l’atteinte d’objectifs durables. »

Cette activité de prêt demeure modeste encore, mais connaît une croissance importante. De 6 G$ US en janvier 2016, elle est passée à 322 G$ US en septembre 2021, selon les Principles for Responsible Investment (PRI).

C’est sans compter la multiplication des émissions obligataires « vertes » de la part des entreprises, développement où le Canada se distingue comme chef de file dans le domaine nucléaire. En 2021, Bruce Power a été la première entreprise énergétique à émettre des obligations vertes pour un projet nucléaire au montant de 500 M$, une initiative suivie par une autre émission de 300 M$ de l’Ontario Power Generation au cours de 2022.

« Lorsque les gens reconnaîtront que le nucléaire est un nouveau vert, 10 % des obligations énergétiques pourraient étre liées au nucléaire à l’avenir », affirme Tom Li, vice-président, énergie, services publics et ressources naturelles à DBRS Morningstar.

Baltej Sidhu repère deux autres tendances destinées à s’amplifier au cours des prochaines années. La première tient aux crédits de carbone, qui devraient connaître « une croissance explosive au cours des prochaines années ». L’analyste les associe à un type de «commodité»ou de denrée de base, une caractérisation qui n’étonne pas Rosalie Vendette. « Ça m’apparaît assez naturel dans les développements », dit-elle.

Comme d’autres denrées de base, les crédits de carbone « sont appelés à toucher toutes les industries, avance Baltej Sidhu, offrant la possibilité de voir le carbone comme un actif plutôt que comme une dette. Un investisseur pourra y recourir en tant que stratégie de couverture dans son portefeuille. »

Dans la foulée de la COP15 de Montréal, on assistera à un accent renforcé sur la biodiversité, prévoit Baltej Sidhu. « Nous croyons que l’année en cours, écrit-il, devrait voir une hausse dans les propositions d’actionnaires et les pressions associées sur les conseils d’administration relatives aux engagements en biodiversité. »

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