En 1979, la Banque Canadienne Nationale et la Banque Provinciale fusionnent pour former la Banque Nationale. Il était temps. Selon les auteurs d'une note de recherche de la Chaire ESG de l'UQAM, ces deux banques avaient des coûts d'exploitation trop élevés et des marges bénéficiaires trop faibles. Le défi était gigantesque, car les synergies possibles étaient à peu près nulles : la Banque Canadienne Nationale et la Banque Provinciale partageaient les mêmes marchés et la structure de leurs portefeuilles de prêts était semblable. Rien n'était moins certain qu'une fusion réussie, que les auteurs comparent à l'achat d'un billet de loterie. Toutefois, l'achat des firmes de courtage Lévesque Beaubien et Geoffrion Leclerc, à la fin des années 1980, sera déterminant. Les revenus autres que les intérêts exploseront, donnant à la banque la marge de manoeuvre financière dont elle avait désespérément besoin. La Financière Banque Nationale (où ont été intégrées les activités de courtage) a sauvé l'institution ! Par ailleurs, les auteurs rappellent que la crise du papier commercial des années 2007-2008 a fait fléchir la banque. La Banque Nationale s'est ressaisie depuis, et affiche un niveau de profitabilité satisfaisant (http : //tinyurl.com/hzxbzed).
L'abolition en 2013 des commissions de suivi en Grande-Bretagne a suscité beaucoup d'interrogations en Amérique. Quelle est maintenant la rémunération moyenne des conseillers britanniques ? Il existe trois types de rémunérations possibles : taux horaire, pourcentage de l'actif investi, rémunération fixe. Selon le bilan «Lifting the Lid on the Cost of Financial Advice» réalisé par une firme-conseil indépendante, les taux horaires varient de 125 à 250 livres sterling (environ de 200 $ à 400 $ CA l'heure). L'honoraire sur le pourcentage de l'actif investi pourrait atteindre 3 % la première année et redescendre entre 0,5 % et 1 % les années subséquentes. La rémunération fixe varierait énormément, de quelques centaines à quelques milliers de livres sterling. Ces grandes variations ont été confirmées par une enquête du magazine Money Marketing (http://tiny.cc/fpvxiy). Selon ses auteurs, les plus grandes firmes de conseil britanniques manquent de transparence à l'égard de la rémunération de leurs conseillers. Ce qui donnerait prise à une future intervention des autorités de réglementation, au premier chef la Financial Conduct Authority (FCA). La rémunération des conseillers britanniques n'a pas fini de faire parler d'elle !
Le guide pratique annuel Succession de la revue Protégez-vous a fait peau neuve. Rédigé avec la participation de la Chambre des notaires et d'Éducaloi, l'édition 2016 démystifie avec clarté et brio les différentes étapes de la planification successorale, de la rédaction testamentaire à la liquidation en passant par les pré-arrangements, le bilan patrimonial et les démarches à accomplir après le décès. À l'heure d'Internet et de la mentalité du «faites-le vous-même», il est frappant de constater à quel point il est préférable de confier ce genre d'affaires à des professionnels. D'une part, c'est beaucoup moins cher. Un testament avec formulaire Internet comportera des déboursés de plus de 1 000 $ en frais juridiques pour sa vérification après-décès, alors qu'un testament notarié standard coûtera environ 300 $ ! Et c'est beaucoup moins risqué, notamment en ce qui touche le bilan patrimonial. «Évitez à vos proches d'avoir à jouer au détective», préviennent les auteurs du guide. Les conseillers y trouveront beaucoup d'informations à partager, ainsi qu'un solide aide-mémoire (par exemple, les indemnités de la SAAQ à la suite d'un décès ; la liquidation étape par étape, etc.).
Cette histoire est celle de la démocratisation de l'investissement et de l'augmentation continue de ses bienfaits dans la société. Les auteurs font remonter les origines de l'investissement mille ans avant Jésus-Christ. À l'époque, la prospérité des grandes familles de Mésopotamie dépend de la gestion, par des esclaves instruits, de leurs grandes propriétés terriennes. On saute dans le temps avec la création des premières Bourses de valeurs au 13e siècle, qui révolutionnent la création de richesse par la mise en commun de capitaux anonymes, dont bénéficient les marchands. La participation aux investissements n'atteint son potentiel qu'après la Deuxième Guerre mondiale avec l'expansion phénoménale des fonds communs de placement (FCP). Et là, les auteurs (Norton Reamer, ex-PDG de Putnam Investments, et Jesse Downing, analyste) donnent leur pleine mesure. Ils montrent que les FCP sont la colonne vertébrale du rêve millénaire des retraites confortables du plus grand nombre. Beaucoup de gestionnaires américains de FCP sont devenus millionnaires et milliardaires. En abaissant les coûts, la haute technologie et l'intelligence artificielle pourraient cependant mettre en péril la richesse de cette nouvelle élite financière.
Comme dit Warren Buffett, des personnes bien intentionnées communiquent mal à cause du jargon et de phrases mal construites. «Lorsque j'écris le rapport annuel de Berkshire Hathaway, je le fais en m'imaginant parler à mes soeurs. Elles sont très intelligentes, mais ne sont pas expertes en comptabilité ou en finances. Elles comprennent l'anglais de tous les jours, mais le jargon les désarçonne. Je veux leur donner l'information que j'aimerais recevoir si les rôles étaient inversés» (http://tiny.cc/pouxiy). Cette leçon est universelle. Elle vaut tant pour les Berkshire Hathaway de ce monde que pour les professionnels du conseil et de la finance. La firme-conseil mondiale VisibleThread a passé au peigne fin les sites Web (anglophones) de 85 gestionnaires d'actif afin de mesurer leur lisibilité. Les résultats sont significatifs. Première surprise : le site de la Caisse de dépôt et placement est l'un des plus lisibles en raison de l'usage répandu des phrases courtes, alors que celui de Manuvie arrive au bas du classement. Selon VisibleThread, les ingrédients d'une bonne communication sont les phrases courtes, la forme active («nous bâtissons vos portefeuilles») et non passive («les portefeuilles sont construits par nos spécialistes»), et la rareté des mots difficiles. Cela vaut pour toutes les langues (http://tiny.cc/59txiy).
La comptabilité créatrice pourrait réserver des réveils difficiles aux amateurs de titres boursiers américains. Grâce à des méthodes de calcul audacieuses, des pertes de sociétés américaines inscrites en Bourse se transforment en profits. Une étude récente du site The Analyst's Accounting Observer semble le démontrer. Les chercheurs ont examiné les états financiers des sociétés de l'indice S&P 500. Parmi cet ensemble, ils ont retenu les 380 sociétés qui étaient en activité en 2009. Il se trouve qu'en 2015, ces 380 entreprises ont revendiqué une hausse moyenne des revenus nets de 6,6 % par rapport à 2014. Or, si elles avaient utilisé la méthode des principes comptables généralement reconnus (PCGR), leurs revenus nets auraient plutôt diminué de près de 11 % ! Explication : les coûts d'acquisition, la compensation en actions des dirigeants et la dépréciation de certains actifs ne sont pas considérés comme des dépenses, contrairement à ce que prescrivent les PCGR. Le problème irait en s'aggravant puisqu'en 2015, près de 90 % de sociétés du S&P 500 n'utilisaient pas les PCGR, par rapport à 72 % en 2009.
Aux États-Unis, les plaintes, les poursuites, les sanctions disciplinaires et les décisions d'arbitres qui impliquent les courtiers en valeurs mobilières sont consignées dans une base de données publique appelée BrokerCheck. Certaines plaintes sont retirées de BrokerCheck lorsqu'un arbitre en prend la décision, mais d'autres, non, ou seulement après un long délai. Le courtier en subit alors les conséquences. «On ne peut pas être un producteur important pendant 35 ans et n'avoir jamais eu de difficultés avec aucun de ses clients», dit l'un de ces courtiers. Ce dernier déplore l'absence de mise en contexte touchant les plaintes inscrites dans la base de données (http : //tinyurl.com/hx2x7o9). BrokerCheck va-t-il trop loin ? Le débat est intéressant, car il soulève la question de la promotion du devoir fiduciaire. Plusieurs chercheurs examinent l'impact de ce type de divulgation des fautes et inconduites présumées de l'industrie du courtage. Ainsi, une étude récente d'un ancien économiste de la Securities and Exchange Commission (SEC) montre que les informations de BrokerCheck cachent les probabilités de récidive de courtiers qui ont déjà lésé leurs clients (http : //tinyurl.com/h9567d2).
Un économiste suédois remet sur les rails l'idée du progrès. Une cascade de statistiques tirées de l'Organisation des Nations Unies, de la Banque mondiale et de l'Organisation mondiale de la santé illustre l'indéniable progression du bien-être économique et humain dans le monde depuis un siècle. Par exemple, 40 % des enfants mouraient avant l'âge de cinq ans en 1900. En 2015, ce pourcentage s'établissait à 4,5 %. Le quotient intellectuel moyen a même augmenté d'environ 30 points entre 1900 et 2013, probablement en raison d'une meilleure nutrition. La pauvreté a reculé et continue de reculer, alors que le progrès collectif s'accélère. En 256 pages, Johan Norberg nous fait quitter le terrain de la peur et du doute pour nous entraîner sur celui de l'optimisme raisonné. Succès international, ce livre sera publié en français, aux éditions Plon, d'ici l'été. Dans un autre registre, mentionnons que l'auteur a produit un documentaire amusant et instructif sur le manque de contrôle des dépenses publiques, intitulé Quelqu'un d'autre paiera. On peut le visionner sur YouTube avec sous-titres anglais (http : //tiny.cc/wxp5iy).
Ce livre au titre provocateur veut montrer que les fortes inégalités aux États-Unis sont le résultat de la réussite d'entrepreneurs très innovateurs qui ont pris de grands risques. Leur récompense est immense, car chez nos voisins du Sud, le gagnant emporte toute la mise. Toutefois, poursuit l'auteur, l'opulence inouïe du 1 % de la population n'enlève rien aux gens de la classe moyenne : leurs revenus augmentent plus rapidement qu'en Europe. Ex-directeur général de Bain Capital, le fonds d'investissement privé de Mitt Romney, Edward Conard est parti à la retraite à 51 ans après être devenu milliardaire. Il est maintenant auteur de type contre-courant et présente des idées opposées à celles véhiculées par Thomas Piketty dans son (illisible) Le capital au XXIe siècle (Éditions du Seuil, 2013). Thomas Piketty préconise d'imposer les grandes fortunes à l'extrême. Edward Conard défend, au contraire, l'idéal de l'État non interventionniste et des baisses permanentes d'impôts, la potion magique de la plupart des gestionnaires américains de fonds d'investissement privés et de fonds de couverture (hedge funds). Mais contrairement à ses anciens collègues, il veut mettre un frein à l'immigration hispanophone, qui est responsable, selon lui, de la baisse de salaire des travailleurs moyens.
La Grande-Bretagne ne plaisante pas avec l'évasion fiscale. Les conseillers fiscaux britanniques qui «soupçonnent des stratagèmes d'évasion fiscale et d'évitement fiscal agressifs sont tenus de le signaler à l'agence du revenu et de ne pas en informer le client. Autrement, ils encourent une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à 14 ans». C'est ce qu'a fait remarquer l'Association canadienne des agents financiers lors d'une intervention à la Chambre des communes (http://tiny.cc/3uhzhy). Le Canada n'a pas emprunté cette voie. Toutefois, les conseillers en matière de fiscalité - principalement les comptables et les avocats - ont la vie de moins en moins facile au Canada. Depuis octobre 2016, l'Agence du revenu du Canada (ACR) est en mesure de repérer les conseillers ayant des méthodes «agressives» en les reliant aux dossiers d'individus soupçonnés d'évasion fiscale. Certains de ces conseillers pourraient être poursuivis en vertu du Code criminel. De plus, les personnes qui divulguent volontairement un acte d'évasion fiscale pourraient éventuellement être tenues de révéler le nom des conseillers qui les ont aidées. Telle est la récente recommandation du Comité consultatif sur l'observation à l'étranger (http://tiny.cc/1xhzhy). La ministre responsable de l'ARC, Diane Lebouthillier, s'est montrée réceptive à cette suggestion (http://tiny.cc/7lizhy).