Finance et investissement - RRQ : Diviser pour mieux régner ?
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RRQ : Diviser pour mieux régner ?

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la bonification du régime de rentes du Québec (RRQ) constitue un véritable eldorado pour la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ). En effet, les réserves du RRQ, gérées par la Caisse, franchiront le cap du 1 000 G$ d'ici 2065. Cependant, des voix s'élèvent pour dénoncer cette concentration de l'épargne. D'autres, dont le Conseil des gestionnaires en émergence (CGE), voudraient qu'un pourcentage de ces actifs soit confié à des gestionnaires émergents québécois.

D'entrée de jeu, précisons que la loi prévoit que ces réserves seront comptabilisées dans deux régimes distincts : le régime de base, soit le régime actuel mis en place en 1966, et le nouveau régime supplémentaire. «Les cotisations et les prestations de chacun des régimes feront l'objet d'une comptabilité distincte», peut-on lire dans le «Rapport modifiant l'évaluation actuarielle du Régime de rentes du Québec».

La difficulté provient du fait que les plus jeunes d'entre nous cotisent beaucoup plus qu'ils ne devraient le faire, en raison des largesses du RRQ à ses débuts. Ce dernier a versé de pleines rentes à des retraités qui n'avaient cotisé que quelques années et à des taux de cotisation très faibles de surcroît. D'où la double comptabilité afin de s'assurer que les nouvelles cotisations ne servent pas à renflouer le régime de base. Pourquoi ne pas pousser la réflexion plus loin ?

Trop grosse, la caisse ?

Un des premiers risques qui se posent est celui de l'ingérence politique. «Il est arrivé dans l'histoire qu'on ait utilisé la CDPQ à des fins plus interventionnistes que ne le veut le mandat actuel de cette dernière», souligne Thomas Dorval, président-directeur général du Conseil du patronat du Québec.

Il ne s'agit en aucun cas de remettre en question la direction de la CDPQ, insiste Thomas Dorval. «Concentrer autant d'épargne entre les mains d'une seule équipe, même si son travail est excellent, pose des risques», poursuit-il.

Il rappelle d'ailleurs qu'entre 2040 et 2045, selon les projections de Retraite Québec, les réserves du régime supplémentaire seront supérieures à celles du régime de base. En fait, les réserves du RRQ constitueront alors un des plus gros portefeuilles, en proportion du PIB du pays d'origine, géré par une seule équipe, selon Thomas Dorval.

Michel Nadeau, directeur général de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques (IGOPP), n'adhère pas à cette vision des choses. «Il y aura une comptabilité distincte entre les deux régimes, mais je suis convaincu que la Caisse conservera le mandat de gérer la totalité des cotisations, avance l'ancien vice-président de la CDPQ. On a besoin au Québec d'un acteur capable d'oeuvrer sur la scène internationale. Par exemple, si une société d'envergure internationale envisage de faire un road show, elle s'interrogera à savoir si elle s'arrêtera à Montréal. Or, il y a très peu d'institutions au Québec qui ont la taille requise pour attirer ces firmes internationales ici.»

Michel Nadeau rappelle que, parfois, la taille d'un gestionnaire lui permet de prendre des risques qu'un plus petit acteur ne pourrait pas se permettre de courir : «Prenons, par exemple, le Fondaction de la CSN. Il ne peut pas se permettre d'investir 100 M$ dans un projet un peu plus risqué. Souvent, pour être invité à participer à une offre d'achat ou un financement public, il faut être en mesure de contribuer un ticket d'entrée de 100 ou 200 M$, voire plus.»

Richard Guay, qui enseigne maintenant la finance à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM, abonde. «Prenez l'exemple du REM [projet de train électrique dans la région de Montréal]. On peut être pour ou contre, mais si l'on suppose pour les fins de notre discussion qu'il s'agit d'un bon projet, il est évident qu'une caisse qui n'aurait que 50 G$ d'actif ne pourrait pas investir 5 G$ ou 10 % de ses actifs dans ce projet», illustre-t-il.

Michel Nadeau fait un lien avec le fonds souverain norvégien, dont les actifs dépassent déjà les 1 200 G$. «Chaque famille norvégienne serait millionnaire si l'on redistribuait les actifs du fonds», avance-t-il. En comparaison, les actifs totaux sous gestion de la CDPQ (286,5 G$) représentent environ 35 500 $ par Québécois, soit environ 75 % du PIB québécois contre 270 % pour le fonds norvégien.

Richard Guay met quelques bémols. «Oui, les nouvelles entrées prévues constituent une somme colossale, mais à partir de quel seuil tranchera-t-on que la Caisse est trop grosse ?» Il préfère souligner les avantages et les inconvénients des diverses options.

Richard Guay rappelle d'ailleurs que le gouvernement fédéral a fait le choix d'avoir deux institutions plutôt qu'une seule. Le Régime de pensions du Canada (l'équivalent du RRQ) est géré par l'Office d'investissement du RPC, établi à Toronto (317 G$ d'actifs, soit plus que la Caisse) ; quant aux caisses de retraite des fonctionnaires fédéraux, des Forces armées canadiennes et de la Gendarmerie royale (136 G$, équivalent du RREGOP au Québec), elles sont gérées par l'Office d'investissement des régimes de pensions du secteur public (Investissements PSP), installé à Montréal.

Quelle option choisir pour le Québec ? «Si la Caisse dispose d'une bonne équipe de gestion avec des mécanismes de gouvernance adéquats en place, sa taille ne pose pas de problèmes», dit Richard Guay. Quels seraient alors les avantages de diviser les actifs entre plusieurs institutions ?

«Une grosse institution permet d'avoir accès à de nombreux outils de placement et d'investir partout sur la planète. Si l'on a des gestionnaires bien formés soumis à des règles de gouvernance adéquates, le risque de dérapage est faible. Or, cela ne se passe pas toujours comme cela en réalité, relativise Richard Guay. Si l'on n'a qu'une seule caisse, il est plus difficile d'évaluer sa performance. Avec deux ou plusieurs institutions, il peut s'installer une forme de concurrence entre elles. Les gens pourraient se demander pourquoi l'une a de meilleurs résultats que l'autre.»

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