«S’il est impossible de les déclarer ou de les contrôler de manière à faire passer l’intérêt du client avant celui de la société et du représentant, il faut les éviter», peut-on lire dans le document de consultation des ACVM.

Certes, la divulgation est un très bon début. Il est difficile d’éliminer tous les conflits d’intérêts, mais on peut clairement agir sur ces derniers en étant d’abord plus transparents avec les clients.

Le principe qui soustend la divulgation est que le consommateur qui détient l’information est en mesure de faire ses propres choix et d’en assumer la responsabilité. Nous savons que la cigarette peut causer le cancer du poumon et que les gras trans sont nocifs pour les artères ; à nous de choisir. Le même principe s’applique à l’industrie financière. Une fois mis au courant de tous les risques et frais encourus, c’est au client de choisir le produit qui lui convient le mieux.

Or, des études ont montré que bien que les obligations de divulgation soient de plus en plus strictes, les personnes qui investissent dans des fonds communs ne remettent pas toujours en question les conseils reçus d’un intermédiaire, même en présence d’un conflit d’intérêts déclaré. Ce constat n’est pas étonnant, car bien d’autres facteurs ont une incidence sur la prise de décision. Le plus préoccupant cependant est le fait que les obligations de divulgation peuvent accroître la subjectivité des conseils.

Une étude intitulée «The Dirt on Coming Clean: Perverse Effects of Disclosing Conflicts of Interest» a montré qu’une fois l’information divulguée, il se peut que les représentants s’estiment en droit d’amplifier leurs recommandations, puisque le client est dès lors considéré comme bien informé des conflits d’intérêts potentiels.

Par exemple, si un médecin vous dit que votre vie est en danger et vous suggère un médicament en ajoutant que le fabricant de ce médicament commandite ses recherches, le prendrez-vous quand même ? Probablement, car vous ne retiendrez qu’une chose : que votre vie est en danger. De même, les représentants pourraient avoir tendance à exagérer les avantages d’un produit pour amoindrir l’impact d’une divulgation.

Dans ces cas, des obligations de divulgation rehaussées pourraient non seulement se révéler inutiles pour régler les problèmes de conflits d’intérêts, mais aussi les aggraver.

Trop comme pas assez

La réglementation qui force la divulgation est essentielle, mais encore faut-il aussi divulguer la bonne chose de la bonne façon, et surtout, ne pas noyer le poisson en divulguant trop de choses inutiles.

Une étude de l’Université d’Oxford, menée en 2011 sur l’information communiquée au sujet de la rémunération des courtiers hypothécaires aux États-Unis, a révélé que les décisions prises par certains consommateurs qui avaient reçu de l’information détaillée n’étaient pas meilleures, mais pires !

Pourquoi ? Ces consommateurs avaient porté leur attention principalement sur les frais présentés, au détriment d’autres facteurs utiles au calcul du coût du prêt hypothécaire. Il est par ailleurs possible que les investisseurs se retrouvent tout simplement submergés de renseignements, au point où la communication d’information supplémentaire pourrait carrément compromettre l’utilité de présenter de l’information en général.

Une question d’éthique

En tant que professionnel des services financiers, les conseillers ont aussi le devoir éthique de subordonner leurs intérêts à ceux de leurs clients. Ils ont aussi une certaine responsabilité d’éduquer ceux-ci tout en ayant une conduite qui respecte des normes élevées de déontologie.

Ce n’est pas parce que les clients ont signé tous les documents d’information exigés qu’ils ont nécessairement compris ce qu’ils contiennent. Bon nombre d’entre eux ne les lisent même pas. Sans déresponsabiliser le client pour autant, une information communiquée de manière plus proactive de la part des intermédiaires leur serait peut-être plus utile.

De même, l’encadrement des conflits d’intérêts ne doit pas devenir une excuse pour des pratiques qui n’ont plus lieu d’être. Recommander un fonds plus qu’un autre parce qu’on recevra une rémunération supérieure est-il plus acceptable parce que c’est dévoilé ? Certaines pratiques comme les concours de vente n’ont plus leur place dans une industrie qui doit renforcer sa crédibilité.

La transparence est fondamentale pour fixer des normes plus élevées dans le secteur financier, mais les représentants ne peuvent pas s’en contenter et se délester de leurs responsabilités sous prétexte que «le client savait».

L’équipe de Finance et Investissement