En novembre, Standard Life a émis une série pour conseillers à honoraires ainsi qu’un fonds à rendement absolu, alors qu’en décembre, BMO Assurance a étonné la galerie avec le lancement des premiers fonds distincts de son histoire, lesquels ont pour actif sous-jacent des fonds négociés en Bourse (FNB).

Les concepteurs de ce type de fonds – qui sont munis d’assurance pour protéger le capital – n’ont pas chômé. Et ils ne sont pas près de le faire, car ils veulent contrecarrer la récente tendance à la baisse des ventes.

Selon les statistiques de l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes (ACCAP), les dépôts en fonds distincts ont baissé de 7,3 % en 2012. Et 2013 pourrait se conclure avec des chiffres tout aussi faibles.

Industrie en transition

Le cas de l’Industrielle Alliance (IA) illustre bien l’importance du ralentissement actuel.

Dans son secteur de gestion de patrimoine destiné aux particuliers, IA a affiché des rachats nets en fonds distincts de 55,7 M$ pour les neuf premiers mois de 2013, par rapport à des ventes nettes de 287 M$ pour la même période de 2012. En comparant les périodes correspondantes, les ventes nettes de fonds communs de placement (FCP) s’élevaient à 563 M$ en 2013, en hausse de 98 %.

Attention aux conclusions hâtives. Ce ralentissement touche toute l’industrie des fonds distincts, une espèce qui n’est d’ailleurs pas en voie de disparition, mais plutôt en pleine redéfinition.

«La fin des produits à garantie de retrait à vie a eu un impact immense sur les ventes», constate Marie-Claude Poulin, directrice des produits d’épargne et de retraite chez IA.

Cette dernière évoque l’hécatombe de janvier 2012 et la disparition ou la transformation des fonds distincts à garantie de revenu viager comme Cinq à Vie de Transamerica, Revenu Idéal de Standard Life, Helios de Desjardins, SunWise Essentiel à la Sun Life, RevenuPlus de Manuvie, RGA II de SSQ et autres Ecoflextra (IA) de ce monde.

Depuis, l’industrie canadienne des fonds distincts traverse une mauvaise passe. Selon les statistiques d’Investor Economics citées par Marie-Claude Poulin, les sorties nettes en fonds distincts au Canada ont dépassé la somme impressionnante de 900 M$ entre septembre 2012 et septembre 2013.

«Voilà pourquoi l’industrie est retournée à la table à dessin, afin de créer des produits qui visent les besoins de sécurité tout en procurant des revenus garantis. Et tout en étant rentables pour les assureurs !» dit-elle.

Dans cet esprit, Marie-Claude Poulin dit souhaiter le lancement par IA en 2014 d’un produit qui fournira aux clients des revenus la vie durant.

Objectif : sécurité

Fort de près de 20 ans d’expérience au sein de l’agent général BBA Groupe Financier, René Belzile est bien placé pour observer l’évolution de l’offre et de la demande.

Or, malgré ces chiffres peu reluisants, le directeur, investissement et retraite, de BBA, est loin d’être pessimiste : il pense que l’époque n’a jamais été plus favorable aux fonds distincts. «La sécurité est devenue la préoccupation numéro un de nombreux épargnants, retraités et futurs retraités. Pour eux, les rendements prennent le second rang», affirme-t-il.

Comme le rappelle René Belzile, une première vague de baby-boomers a commencé à décaisser son avoir. Et ces clients craignent de manquer d’argent à cause des turbulences des marchés et de la hausse de l’espérance de vie. «C’est ce qui explique pourquoi les garanties des fonds distincts gagneront inévitablement en popularité», dit-il.

D’autres caractéristiques typiques des fonds distincts visent aussi des préoccupations fortes de ces clientèles, notamment la possibilité de réinitialisation qui permet d’ajuster à la hausse la valeur plancher d’un fonds une fois par an ou davantage. «Ces épargnants veulent participer à d’éventuelles hausses de marchés, tout en limitant le risque», dit René Belzile.

Ces clients tiennent également à ce que le capital, au décès, soit payable aux bénéficiaires au lieu d’être assujetti à la succession et au testament.

Cependant, ce sont les garanties à l’échéance et au décès qui sont le «Sésame, ouvre-toi !» du portefeuille de ces clients prudents. Elles couvrent généralement de 75 à 100 % des dépôts.

Toutefois, constate René Belzile, ces garanties ont eu tendance à diminuer au cours des dernières années. «Les garanties à 100 % sont plus rares que jamais», dit-il.

Coups sûrs

Au lendemain du lancement des Fonds de placement garanti BMO (FPG), Léon Garneau Jackson, vice-président, Est-du-Canada, BMO Gestion mondiale d’actifs, a résumé l’attrait du marché des fonds distincts à deux raisons majeures.

«C’est un secteur d’avenir, en raison du vieillissement de la population. Et nous voulons rejoindre les conseillers en sécurité financière», dit-il.

Comme la clientèle visée a peu d’appétit pour le risque, les publicités des FPG BMO mettent beaucoup l’accent sur des mécanismes internes de contrôle de la volatilité.

L’ensemble des protections a cependant un prix. La moyenne du ratio des frais de gestion des cinq FPG BMO – qui s’appuient sur des FNB – est de 3,13 %.

«Quand on achète des fonds distincts, on vise à frapper des simples et des doubles. Pas vraiment à faire des coups de circuit !» illustre Léon Garneau Jackson.

Le secteur des fonds distincts devrait continuer à fournir des occasions sûres, un de ses atouts étant la réglementation, qui est plus souple que celle qui régit les FCP. (Voir «Populaires pour de mauvaises raisons ?» ci-dessus.)

C’est l’avantage qu’a utilisé Standard Life en mettant en marché, dans sa série Idéal 75/75, le Fonds de stratégies mondiales à rendement absolu (SMRA), jusqu’alors destiné aux investisseurs accrédités (http://tinyurl.com/ofsk96e). Qui eût cru qu’un tel fonds, destiné aux individus fortunés, ferait un jour partie des choix d’investissements des retraités et des préretraités ?